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La deuxième critique SAE · Troisième lecture · Avec Kant

La différence n'est pas dans l'intériorité

Opposer une loi universelle chez Kant à une loi intérieure chez SAE n'est pas exact : Kant refuse lui aussi une législation éthique venue de l'extérieur. La différence porte sur l'épreuve de la loi universelle et sur les devoirs de droit. Les devoirs de vertu envers autrui offrent un rapprochement limité. Au départ, ce livre ne pose ni fait de la raison ni postulat kantien de l'immortalité.

Han Qin ·

Une formule trop facile

La deuxième critique emprunte à Kant son nom et son geste. La comparaison exige donc une prudence particulière. On pourrait facilement dire : la loi morale de Kant est universelle, celle de SAE est intérieure. Ce n'est pas exact. Kant lui-même estime que la législation éthique ne peut venir de l'extérieur. L'intériorité n'est pas la ligne de partage.

Le livre situe deux véritables divergences et un rapprochement partiel. Il ajoute deux mises en regard, qu'il vaut mieux appeler comparaisons que divergences : ce que chaque pensée place à son commencement et sa manière d'aborder l'écart entre ce qui est et ce qui doit être.

Cette précision compte, car un lecteur qui apporte à SAE les mots kantiens d'autonomie, de devoir ou d'universel les entendra d'abord au sens de Kant. Chaque fois qu'un même mot change de fonction, le livre le signale sur place. Il ne prétend ni que SAE corrige Kant ni que Kant annonçait SAE.

Première différence : le passage à la loi universelle

À la fin de Sa propre loi, Kant est critiqué en ces termes : l'autonomie est bien chez lui le fait de se donner sa loi, « mais après l'avoir établie, il l'universalise… L'autonomie retombe dans l'hétéronomie ». La première critique a ensuite précisé : chez Kant, « la forme de la loi universelle n'est pas une épreuve ajoutée à la législation de soi ; c'est une condition constitutive de l'autonomie ». Une maxime qui ne passe pas cette épreuve n'est donc pas autonome.

C'est là que SAE change de voie : « Retirer à cette épreuve son pouvoir d'exclusion redéfinit l'autonomie ; ce n'est pas seulement en élargir les contenus. Des lois que l'on se donne et dont les contenus diffèrent – ne pas construire est aussi une loi – ne sont pas déclarées fausses, mais enregistrées comme branches distinctes, avec leurs conditions et leurs coûts. » La première critique prend Laozi pour exemple : « Laozi atteint lui aussi cette position formelle : il se donne une loi et peut rencontrer les autres fins comme telles ; sa loi est pourtant de ne pas construire. » Le registre des branches lui attribue cette phrase : « Sur la voie du Dao, diminuer chaque jour ; pratiquer le non-agir et ne pas tailler. » La législation universelle de Kant reçoit le même traitement : une branche, pas un cas à diagnostiquer.

La théorie de l'action a elle-même énuméré ses écarts avec Kant. Trois sont essentiels. La source : « La loi propre de cette série ne régit que celui qui la tient » ; « Identifier la loi propre à l'autonomie kantienne serait une erreur. » La forme : son « ne peut pas ne pas » « n'est pas un impératif hypothétique », « ni un impératif catégorique ». Le jugement : on ne lui fournit pas de règle et on ne valide pas les maximes par une épreuve d'universalisation.

Deuxième et troisième points : le droit et autrui

La deuxième divergence concerne les devoirs de droit. Kant lie le droit à une autorisation de contraindre. SAE ne reprend pas ces devoirs. La théorie des droits a retiré l'ancienne règle « à tout droit correspond un devoir » et ne conserve qu'une phrase : « L'unique devoir de SAE est tourné vers l'intérieur. » Elle ne pose aucun devoir qu'une personne aurait envers une autre.

Le troisième point, les devoirs de vertu envers autrui, permet un rapprochement partiel. Kant fait du bonheur d'autrui une fin qui est en même temps un devoir. La théorie des droits dit : « Ce qui oblige est tourné vers l'intérieur, et cet intérieur comprend autrui. » Le rapprochement s'arrête là : l'obligation vient de ma propre législation, son contenu comprend les autres, mais ils ne peuvent me contraindre.

Ensuite les chemins se séparent. La proposition kantienne vaut pour tous les êtres raisonnables. Le devoir de respect donne aussi à chacun une prétention légitime à demander le respect d'autrui. SAE ne reprend ni l'un ni l'autre. Il n'y a que le devoir envers sa propre loi. Son contenu peut déjà comprendre les autres, sans leur donner pour autant un titre à exiger quelque chose de moi.

Un fait ou un postulat ?

La première mise en regard porte sur le commencement. Dans la deuxième critique, Kant pose la conscience de la loi morale comme fait de la raison et n'en demande pas de déduction. Ce livre ne pose aucun fait au même endroit. « L'être humain est une fin en soi » est, dans l'article 4, un postulat ouvertement assumé. On peut le refuser et établir une autre branche. Il en découle, dans le domaine déjà délimité, qu'on « ne délivre pas de certificat de statut de fin aux personnes d'après leurs capacités ou les évaluations de leur reconnaissance ». L'article précise expressément qu'il décrit « sa propre façon de procéder, non une thèse sur l'attitude que les personnes devraient adopter ».

Mais « l'autre est une fin » apparaît sous six formes dans les textes du cadre : fait, dans la théorie de la valeur – l'autre l'est « avant ma reconnaissance » ; postulat, dans la première critique ; définition, dans l'exposé général qui définit 15DD par « Je ne suis pas le seul à être une fin » ; choix, dans la théorie de l'action, où le « ne peut pas ne pas » est « le choix propre d'une personne » ; impossibilité structurelle de ne pas faire, dans Méthodologie 00 ; direction qui se présente naturellement, dans l'introspection. Deux termes existent aussi chez Kant. Les Fondements présentent « ici comme postulat » le passage de moi à autrui, en renvoyant sa justification à la dernière section. La deuxième critique appelle fait la conscience de la loi morale. Les objets et les fonctions argumentatives de ces passages ne peuvent être confondus sur la seule foi des mots.

Ces formules répondent-elles à une seule question, ou parlent-elles respectivement d'objet, de fondement et d'adoption ? La première critique laissait ici un dossier ouvert : depuis la position 16DD, elle examinait l'argument de Méthodologie 00 allant de « ne peut absorber » à « doit reconnaître ». La deuxième critique reprend ce dossier et le transforme en deux questions : si l'autre est une fin en tant que fait, ce fait peut-il donner une raison d'entrer en 15DD ? S'il s'agit d'un postulat, qui l'assume ? La théorie de la validité y répondra dans la onzième lecture.

Ces postulats-là, nous ne les posons pas

La deuxième mise en regard concerne la distance entre l'être et le devoir-être. Kant lui répond par des postulats. L'accord complet de la volonté avec la loi morale est la sainteté ; une personne finie ne peut l'atteindre à aucun instant. Il faut donc un progrès sans fin pour s'en approcher, et postuler à cette fin l'immortalité de l'âme. La première critique s'arrête ici et explicite l'asymétrie : « Préserver le reste, c'est précisément refuser d'enregistrer une approche quelconque comme fermeture de l'écart. »

Sur le versant pratique, la deuxième critique dit : nul n'est à tout instant et en toute affaire conforme à 15DD. C'est une proposition sur la réalité, pas une déduction d'un postulat. Elle a un adversaire : celui qui se déclare constamment conforme à 15DD. Sa position a la même forme que celle du défenseur d'une connaissance complète : ni l'un ni l'autre ne peut confirmer son propre succès de l'intérieur. La première critique pose comme postulat l'impossibilité de supprimer le reste ; nous avons ici son correspondant pratique. Chacun requiert sa justification propre. Les postulats de Kant, ce livre ne les pose pas.

Les deux démarches paient des coûts différents. Le livre les place côte à côte sans les classer. La loi de Kant oblige celui qui la refuse ; il faut pour cela une loi capable d'obliger tout être raisonnable et un point de départ qui s'établisse sans déduction. La loi de la deuxième critique n'oblige pas celui qui la refuse ; en contrepartie, elle ne peut dire qu'il a tort. La douzième lecture reviendra sur ce point. « Les deux coûts restent chacun à son propre compte. »

Source et note de lecture

Réécriture indépendante de l'essai chinois complet, et non traduction de l'anglais. La version anglaise originale est également indépendante ; les deux versions chinoises donnent le texte intégral. Cette série propose douze lectures de l'ouvrage chinois SAE : La deuxième critique, non sa traduction technique exhaustive. Le développement complet et le texte de référence restent le même ouvrage original · DOI.

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