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Cycle de la brèche et de la construction · Présidents des États-Unis
Essai 05 sur 26

John Quincy Adams et Andrew Jackson — Le peuple entre dans la présidence

Han Qin (秦汉)

L’élection de 1824 marque la fin de l’unité sans opposition. Quatre candidats issus du même parti prétendirent incarner l’héritage républicain. Aucun n’obtint la majorité du collège électoral ; la Chambre choisit John Quincy Adams malgré l’avance d’Andrew Jackson. Quatre ans plus tard, Jackson transforma ce revers en accusation contre les élites et entra à la Maison-Blanche porté par une mobilisation populaire inédite.

Cette séquence ne fut pas seulement le passage d’un président à un autre. Elle déplaça la source symbolique de la présidence. Adams concevait l’État national comme instrument d’éducation, de science et d’infrastructure ; Jackson se présenta comme représentant direct du peuple contre les intérêts privilégiés. Mais le peuple ainsi invoqué était racialement délimité. L’élargissement de la participation des hommes blancs accompagna l’expulsion des nations autochtones et le recul des droits politiques des Noirs libres.

La construction absorbait donc une démocratisation réelle tout en produisant une exclusion plus dure. Elle augmentait simultanément le nombre de ceux qui choisissaient le président et la capacité de celui-ci à parler en leur nom. Dans cette combinaison se trouve la force du moment jacksonien autant que son danger.

1. 1824 : une élection conforme aux règles, suspecte aux yeux du public

Jackson obtint 99 voix électorales, Adams 84, William Crawford 41 et Henry Clay 37 ; la majorité requise était de 131 sur 261. Jackson arriva également en tête du vote populaire enregistré, avec environ 153 000 voix contre 114 000 à Adams. Mais cette comparaison doit être maniée avec prudence : dix-huit États seulement faisaient choisir leurs électeurs par les votants, tandis que six les désignaient encore par leur législature, et il n’existait pas de scrutin populaire national uniforme.

Le douzième amendement envoya la décision à la Chambre, votant par délégation d’État parmi les trois premiers. Clay, éliminé mais président de la Chambre, soutint Adams. Le 9 février 1825, celui-ci l’emporta dès le premier tour avec treize délégations, contre sept à Jackson et quatre à Crawford.

Adams nomma ensuite Clay secrétaire d’État, poste alors considéré comme une voie vers la présidence. Les jacksoniens dénoncèrent un « marché corrompu ». Aucun élément ne prouve juridiquement un accord explicite échangeant soutien et fonction ; l’enchaînement était néanmoins assez plausible pour produire une vérité politique. Une procédure constitutionnelle peut être valide et perdre sa légitimité publique si ses résultats paraissent contredire l’élan électoral.

2. Deux conceptions de la représentation

Adams proposa un programme national ambitieux : routes, canaux, université nationale, observatoire astronomique, encouragement des sciences et des arts. Il estimait que la puissance publique devait préparer les capacités futures du pays, non simplement refléter ses préférences immédiates. Son projet dépassait cependant sa coalition fragile et heurtait une culture attachée aux compétences limitées.

Son style renforça son isolement. Travailleur austère, peu disposé au patronage et aux gestes de séduction populaire, il gouvernait comme si la qualité d’un programme devait suffire à créer son soutien. Ses adversaires construisaient pendant ce temps journaux, comités et réseaux locaux. L’administration avait un dessein ; elle n’avait pas un parti de masse capable de le défendre.

En 1828, Jackson remporta 178 voix électorales contre 83 et environ 640 000 suffrages populaires contre 500 000. La campagne fut féroce : les deux camps diffusèrent accusations sexuelles, religieuses et morales, et les attaques contre Rachel Jackson blessèrent durablement le vainqueur. La mobilisation populaire ne naquit pas dans une conversation civique apaisée, mais dans un appareil partisan efficace et souvent brutal.

La foule venue à l’investiture de 1829 devint l’emblème de l’époque. Pour les partisans, le peuple entrait enfin dans sa maison ; pour les critiques, la foule envahissait un ordre qu’elle ne respectait pas. Les deux images saisissent le déplacement : la présidence ne se contenterait plus d’administrer au-dessus des partis, elle revendiquait une relation directe avec les électeurs mobilisés.

3. Une démocratie blanche

Dans de nombreux États, les conditions de propriété imposées aux électeurs blancs furent supprimées pendant les premières décennies du siècle. Le choix populaire des grands électeurs se généralisa et la participation augmenta fortement. Conventions, presse partisane, réunions et patronage transformèrent l’élection en activité régulière de masse.

Cette ouverture ne fut pas universelle. Plusieurs États qui élargissaient le suffrage blanc retirèrent ou limitèrent parallèlement le vote des hommes noirs libres. Des estimations historiques indiquent qu’autour de 1840, l’immense majorité d’entre eux — près de 93 % selon un calcul souvent cité — vivait dans des États où elle ne pouvait voter. Le suffrage cessait d’être autant une fonction de la propriété pour devenir plus explicitement un privilège racial.

La démocratie jacksonienne inclut donc davantage et exclut plus nettement. Le mot « peuple » gagna une puissance électorale en se resserrant autour de l’homme blanc. Le reste ne se situait pas hors de la démocratisation : il était produit par sa définition même.

4. L’Indian Removal : la souveraineté écartée par la force

L’Indian Removal Act fut adopté en 1830 par 28 voix contre 19 au Sénat et 102 contre 97 à la Chambre, puis signé le 28 mai. Le texte autorisait des échanges de terres et présentait le départ vers l’ouest comme négocié. Dans la pratique, pression militaire, fraude, dépossession et refus de reconnaître les autorités autochtones rendirent largement fictive cette liberté de choix.

Pendant les deux mandats de Jackson, près de soixante-dix traités furent conclus et environ cinquante mille Autochtones furent déplacés ; sur l’ensemble des années 1830 à 1850, le nombre approcha cent mille. La déportation de quelque seize mille Cherokees en 1838-1839 causa des milliers de morts, souvent estimés à environ quatre mille. Cette « Piste des larmes » fut exécutée sous Martin Van Buren, mais rendue possible par la politique et les accords imposés sous Jackson.

Dans Worcester v. Georgia en 1832, la Cour suprême reconnut que la Géorgie ne pouvait imposer ses lois sur le territoire cherokee. L’État résista et l’exécutif fédéral n’assura pas l’exécution effective du jugement. La phrase selon laquelle Jackson aurait défié Marshall de faire appliquer sa décision est probablement apocryphe ; le fait institutionnel suffit : le droit judiciaire ne protège pas ceux que l’exécutif refuse matériellement de protéger.

La construction avait prévu des pouvoirs séparés, mais aucune séparation abstraite ne garantit à elle seule l’égalité d’appartenance. La démocratie électorale, l’expansion territoriale et la force fédérale pouvaient converger contre une minorité située hors du corps politique dominant.

5. Le président, voix du peuple et centre de l’Union

Jackson utilisa douze veto, contre dix pour tous ses prédécesseurs réunis. Surtout, il ne limita pas le veto à une objection constitutionnelle étroite. Il jugea l’opportunité, l’équité et l’intérêt public d’une loi, transformant un frein défensif en instrument de programme présidentiel.

La crise de la nullification révèle sa conception du pouvoir. La Caroline du Sud déclara les tarifs fédéraux nuls sur son territoire. Dans sa proclamation du 10 décembre 1832, Jackson rejeta la nullification comme incompatible avec l’existence de l’Union et avertit contre la désunion. Le Force Bill de 1833 autorisa la contrainte, tandis que le tarif de compromis élaboré par Clay ménagea une sortie.

Jackson n’était donc pas simplement le président du « petit gouvernement » ou des droits des États. Il combattait certaines institutions nationales lorsqu’il les voyait comme privilèges, mais défendait avec vigueur l’autorité de l’Union et la prééminence présidentielle. Son principe le plus constant était moins la réduction de l’État que la légitimité d’un centre exécutif prétendant parler au nom de la majorité.

6. La guerre de la Banque

La deuxième Banque des États-Unis stabilisait la monnaie et disciplinait les banques locales, mais concentrait un pouvoir considérable dans une corporation associant capitaux publics et privés. Son président Nicholas Biddle et Henry Clay demandèrent un renouvellement anticipé de sa charte en 1832, espérant contraindre Jackson à céder ou à perdre l’élection.

Jackson opposa son veto le 10 juillet. Son message ne niait pas seulement la constitutionnalité de la Banque malgré McCulloch ; il dénonçait des avantages exclusifs accordés aux riches, aux intérêts étrangers et aux actionnaires au détriment de la majorité. Le texte rendit l’égalité devant la puissance économique objet explicite de la rhétorique présidentielle.

Réélu, Jackson fit retirer les dépôts fédéraux à partir de 1833 et les plaça dans des banques d’États. Biddle répondit par une contraction du crédit destinée à démontrer la nécessité de son institution. Le Sénat censura Jackson en 1834 pour avoir assumé un pouvoir non conféré par la Constitution ; ses alliés firent effacer cette censure du registre en 1837.

Deux lectures demeurent nécessaires. La Banque représentait une concentration imparfaitement responsable et la critique du privilège avait une base réelle. Sa destruction affaiblit aussi la régulation du crédit, favorisa l’expansion des banques locales et contribua au contexte financier qui mena à la panique de 1837, sans en être l’unique cause. Une brèche contre un pouvoir concentré ne garantit pas que ce qui le remplace sera moins instable.

7. Le deuxième système partisan et « King Andrew »

Autour de Jackson se consolida le Parti démocrate ; ses adversaires — républicains nationaux, anti-maçons, défenseurs de la Banque et partisans de Clay — se rassemblèrent progressivement sous le nom de whigs. Le choix du mot rappelait les opposants à la prérogative royale britannique. Leurs caricatures représentaient « King Andrew » piétinant Constitution, banque et justice.

Ce deuxième système partisan donna au reste une organisation nationale. Les deux coalitions durent construire une présence dans plusieurs régions, mobiliser les électeurs et présenter une alternative régulière. Elles contribuèrent à stabiliser la compétition au moment même où elles intensifiaient le langage de l’affrontement.

La succession de 1836 confirma pour un temps cette stabilisation : Martin Van Buren, architecte de l’organisation démocrate, remporta l’élection et reçut le pouvoir d’un président encore populaire. Mais il hérita également des conséquences économiques de la guerre de la Banque. Les machines partisanes peuvent organiser la responsabilité ; elles ne transmettent pas seulement des victoires, elles transmettent aussi les restes accumulés.

8. Conclusion : l’ouverture et son envers

De 1824 à 1837, l’Amérique passa d’une sélection présidentielle filtrée par des notables à une compétition de masse. La participation des hommes blancs s’élargit, le vote populaire gagna en poids et des partis nationaux rendirent l’alternance plus intelligible. Ce fut une transformation démocratique véritable.

Elle s’accompagna d’un exécutif plus personnel, capable d’utiliser le veto comme mandat politique et d’opposer sa légitimité populaire aux autres institutions. Elle associa surtout l’inclusion des électeurs blancs à la dépossession autochtone et à l’exclusion noire. La construction ouvrait une porte en en fermant d’autres.

Jackson fit de la présidence le siège d’une majorité mobilisée. Dès lors, la question ne serait plus seulement de limiter le pouvoir, mais de savoir qui entrait dans le peuple au nom duquel il s’exerçait. L’expansion vers l’ouest et l’ajout de nouveaux territoires allaient rendre cette question inséparable de l’esclavage, jusqu’à conduire l’Union au bord de la rupture.

Note éditoriale. Cette édition française est une réécriture indépendante fondée sur le texte chinois de l’essai. Elle ne constitue pas une traduction phrase à phrase.