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Cycle de la brèche et de la construction · Présidents des États-Unis
Essai 02 sur 26

John Adams — Première pulsion de clôture, première alternance pacifique

Han Qin (秦汉)

Sous Washington, la construction avait commencé par reconnaître le conflit partisan qu’elle ne pouvait supprimer. Sous John Adams, elle rencontra pour la première fois une pression extérieure et intérieure assez forte pour tenter l’opération inverse : expulser l’opposition du champ légitime. Le reste ne fut plus seulement ce que l’ordre accueillait ; il devint ce que le gouvernement voulait punir.

Adams héritait d’une place impossible. Premier successeur du père fondateur, il dirigeait un Parti fédéraliste dont Alexander Hamilton contrôlait une grande partie des réseaux. Plusieurs membres de son propre cabinet lui étaient moins fidèles qu’à Hamilton, et le désaccord devint public lorsqu’Adams décida en 1799 de rouvrir la négociation avec la France. En 1800, Hamilton attaqua même par brochure le président de son propre parti.

Il ne s’agit donc ni de réhabiliter un président méconnu, ni de le réduire à la répression. La question est structurelle : un régime encore fragile pouvait-il supporter en même temps guerre maritime, peur de l’étranger et haine partisane ? Sa première réponse fut une pulsion de clôture. La seconde, plus durable, fut d’en laisser corriger les effets par les États, l’élection et l’alternance.

1. Une crise réelle

La panique de 1798 ne sortait pas de rien. La France considérait le traité de Jay avec la Grande-Bretagne comme un rapprochement hostile et, à partir de 1796, intensifia la saisie des navires américains. Plus de trois cents bâtiments furent capturés. Le Directoire cherchait des ressources pour la guerre européenne et punissait ce qu’il voyait comme une défection américaine.

En 1797, Adams envoya Charles Cotesworth Pinckney, John Marshall et Elbridge Gerry à Paris. Des intermédiaires exigèrent un prêt à la France et des versements avant toute ouverture sérieuse des négociations avec Talleyrand. Lorsque le président transmit les documents au Congrès en 1798, il remplaça leurs noms par X, Y et Z. La publication retourna une opinion encore largement francophile et porta Adams au sommet de sa popularité.

Le Congrès créa le Département de la Marine le 30 avril 1798. La « quasi-guerre » fut un conflit naval non déclaré dans les Caraïbes et l’Atlantique, non une guerre générale. Elle prouva que le gouvernement fédéral pouvait armer des navires, protéger le commerce et négocier. Mais elle offrit aussi la matrice d’un mécanisme récurrent : une menace extérieure authentique se transforme en peur intérieure ; le parti au pouvoir finit par superposer l’adversaire politique à l’ennemi étranger.

La fermeture n’exige donc pas toujours une conspiration malveillante. Une crise réelle suffit, à condition qu’un gouvernement cède à la tentation de traiter la dissidence comme un prolongement de l’agression. L’affaire XYZ fournit l’angoisse ; la loi sur la sédition lui donna une forme pénale.

2. Mettre la dissidence hors de la construction

Les quatre lois de 1798 ne formaient pas un texte unique. La Naturalization Act porta de cinq à quatorze ans la durée de résidence nécessaire à la naturalisation, éloignant du vote des immigrés souvent proches des républicains. L’Alien Friends Act autorisait le président à expulser en temps de paix des étrangers jugés dangereux. L’Alien Enemies Act concernait les sujets d’une puissance ennemie en cas de guerre ou d’invasion et, sans clause d’extinction, survécut à la crise.

La Sedition Act pénétrait plus directement le cœur du régime. Une première section punissait les complots ou associations illégales visant à empêcher l’exécution des lois ou à intimider les agents fédéraux. La seconde frappait les écrits « faux, scandaleux et malveillants » contre le gouvernement, une chambre du Congrès ou le président, lorsqu’ils visaient à les exposer au mépris ou à susciter l’opposition aux lois.

Le texte autorisait la vérité comme défense et laissait au jury les questions de droit et de fait. Il expirait le 3 mars 1801. Ces garanties ne suffisaient pas. La loi protégeait le président mais non le vice-président — Thomas Jefferson, chef de l’opposition. Et la critique politique est souvent jugement, satire ou opinion, non fait susceptible d’être prouvé vrai au tribunal. Des juges fédéralistes interprétèrent étroitement les protections formelles.

Les fédéralistes soutenaient que le premier amendement interdisait surtout la censure préalable, non une sanction ultérieure pour diffamation. Les républicains répondaient que cette distinction vidait la liberté de la presse de sa substance. Dans le vocabulaire de la série, le gouvernement redéfinissait un reste qu’il devait tolérer — la critique partisane — comme un ennemi à éliminer par le droit fédéral.

3. Des textes aux personnes

Le nombre des poursuites a longtemps été résumé par une quinzaine d’inculpations et environ dix condamnations. Les recherches archivistiques de Wendell Bird ont sensiblement élargi le tableau : il identifie cinquante et une poursuites et trente-trois accusés. La différence doit rester visible. Elle montre à la fois l’incertitude documentaire et une répression probablement plus large que les seuls cas célèbres.

Matthew Lyon donne à la loi son visage concret. Ce représentant du Vermont fut inculpé en octobre 1798 pour ses attaques contre Adams, condamné à quatre mois de prison et mille dollars d’amende. Le propos poursuivi était une satire acerbe du style présidentiel, non une insurrection. Depuis sa cellule, Lyon fut réélu au Congrès.

Cette réélection résumait l’impasse. Le pouvoir pouvait emprisonner un opposant sans supprimer le canal électoral qui le ramenait au centre de l’institution. Pour fermer vraiment le reste, il aurait fallu abolir aussi l’élection ; mais cela aurait détruit la construction que les fédéralistes prétendaient défendre. Les électeurs opposèrent leur bulletin au verdict.

La Cour suprême ne jugea pas la constitutionnalité de la loi pendant sa brève existence. Bien plus tard, dans la mémoire constitutionnelle, elle devint pourtant un précédent négatif. Dans New York Times v. Sullivan, la Cour observa que l’attaque contre sa validité avait remporté la victoire devant le tribunal de l’histoire. La correction américaine procède parfois ainsi : non par une décision immédiate, mais par la formation lente d’une mémoire du « plus jamais cela ».

4. Le reste se déplace vers les États

Jefferson et Madison rédigèrent secrètement les résolutions du Kentucky et de Virginie. Les assemblées de ces États dénoncèrent l’inconstitutionnalité des lois fédérales en décrivant la Constitution comme un pacte entre États. Lorsqu’une autorité centrale commettait un empiètement délibéré, manifeste et dangereux, les parties au pacte possédaient, selon la résolution de Virginie, le droit et le devoir d’« intervenir ».

Le projet de Jefferson pour le Kentucky allait plus loin et parlait de nullification comme remède légitime ; le mot fut retiré du texte finalement adopté en 1798. Aucun des quatorze autres États ne soutint les résolutions : quatre ne répondirent pas, dix les rejetèrent. À court terme, la stratégie ne fit pas reculer le Congrès.

Elle laissa cependant une langue durable. Les défenseurs ultérieurs des droits des États, de la nullification et même de la sécession y puisèrent des formules. Cela ne signifie pas que les textes de 1798 contenaient déjà la doctrine de la nullification unilatérale des décennies suivantes. Ils n’en furent ni la source unique ni l’équivalent exact ; ils constituèrent une réserve de syntaxe constitutionnelle réutilisable.

La dissidence expulsée du niveau fédéral avait changé de lieu. Elle réapparut dans la relation entre fédération et États, toujours à l’intérieur du champ institutionnel. Le reste n’avait pas disparu. La tentative de le fermer avait produit une autre contestation, porteuse de possibilités défensives et de futurs dangers.

5. La stratégie de paix d’Adams

Le 18 février 1799, alors que la quasi-guerre continuait et que l’ardeur belliqueuse demeurait forte, Adams annonça au Sénat qu’il saisirait toute occasion honorable de restaurer la paix et nomma William Vans Murray ministre plénipotentiaire. Une semaine plus tard, il élargit la mission à Oliver Ellsworth et William Richardson Davie. Il rouvrait une issue diplomatique que les faucons de son parti voulaient fermer.

La décision approfondit son isolement. Cabinet et chefs fédéralistes l’accusèrent de désarmer politiquement le pays ; Adams persista sans disposer d’un appareil partisan docile. Son indépendance contribua à sa défaite de 1800. Il ne se situait pas hors du conflit de partis, mais choisit à son point extrême une politique qui lui retirait le soutien du sien.

La Convention de 1800 mit fin à la quasi-guerre et aux traités franco-américains de 1778 — qui constituaient, à cette date, la seule alliance formellement ratifiée par les États-Unis. Adams considéra plus tard cette paix comme son acte le plus désintéressé et souhaita que son épitaphe rappelle qu’il avait assumé la responsabilité de faire la paix avec la France.

Ce choix corrige une image sans en effacer une autre. Le même président signa une loi criminalisant la dissidence et ramena son pays du bord d’une guerre générale au prix de sa propre carrière. L’analyse structurelle refuse de sélectionner l’un de ces deux faits pour annuler l’autre.

6. L’élection de 1800 et le transfert de 1801

La campagne de 1800 fut haineuse. Hamilton attaqua Adams ; les fédéralistes présentèrent Jefferson comme un athée menaçant, héritier des violences françaises. La grandeur de l’alternance ne vient donc pas d’une civilité idéale, mais du fait qu’une hostilité extrême ne fit pas éclater le cadre.

Jefferson et Aaron Burr reçurent chacun soixante-treize voix électorales. L’ancienne règle ne séparait pas les bulletins pour la présidence et la vice-présidence ; la décision passa à la Chambre sortante, dominée par les fédéralistes. Après trente-cinq tours en cinq jours, Jefferson fut choisi au trente-sixième scrutin, le 17 février 1801.

Le douzième amendement répondit directement à cette défaillance en imposant des votes distincts pour les deux fonctions et, en l’absence de majorité présidentielle, un choix de la Chambre parmi les trois premiers. Ratifié à temps pour 1804, il reconnut que les partis existaient. La crise ne fut pas résolue en exigeant leur disparition, mais en adaptant la règle à leur présence.

Le transfert de mars 1801 fut le premier passage pacifique du pouvoir d’un parti à son adversaire. Il suivait pourtant lois répressives, résolutions d’États, scission fédéraliste et blocage électoral. La construction prouva qu’un reste pouvait se déplacer par bulletin plutôt que par balle.

La sortie ne fut pas pure. Le Judiciary Act de 1801 réorganisa les circuits, créa seize postes de juges et chercha à inscrire le fédéralisme dans le judiciaire après la perte des branches élues. Les républicains parlèrent de « juges de minuit ». Les vaincus ne refusèrent pas la remise du pouvoir ; ils occupèrent les positions encore accessibles par la loi et la nomination.

Voilà le sens exact de l’alternance : la lutte ne s’arrête pas, elle est contrainte d’emprunter des formes. L’ordre ne rend pas les acteurs vertueux ; il canalise leur désir de conserver un avantage. Même l’incrustation partisane passe par des procédures contestables mais révisables, non par la guerre civile.

7. Conclusion

La présidence Adams offre le premier modèle complet d’une pulsion de clôture. Une menace extérieure authentique fut convertie en droit pénal contre l’opposition. Le dispositif atteignit des journalistes, des élus et des citoyens ; il ne fit pas disparaître la contestation. Il la déplaça vers les États, les urnes et la mémoire constitutionnelle.

Dans le même temps, Adams choisit la paix contre les faucons de son camp, perdit une élection et céda le pouvoir. La construction sortit de la crise modifiée : la loi sur la sédition expira, les règles électorales furent réécrites, les partis furent intégrés à la pratique et l’alternance devint imaginable.

Rien n’était définitivement acquis. Les résolutions des États avaient ouvert un vocabulaire qui pourrait protéger une minorité ou nourrir une doctrine de rupture. Les nominations de minuit transférèrent le conflit vers les tribunaux. Le président suivant allait vouloir apaiser le pays tout en découvrant qu’une construction déjà dotée de crédit, d’administration et de puissance possède sa propre gravité.

Note éditoriale. Cette édition française est une réécriture indépendante fondée sur le texte chinois de l’essai. Elle ne constitue pas une traduction phrase à phrase.