Non DubitoEssays in the Self-as-an-End Tradition
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Commentaire Dazhi du Daodejing
Chapitre 9 · sur 81

Se retirer une fois l’œuvre accomplie

Qin Han (Dazhi) · Han Qin

Quatre manières de retenir

Le premier groupe de neuf chapitres s’achève par quatre erreurs très concrètes. Tenir pour remplir, c’est continuer de soutenir quelqu’un ou quelque chose au point de lui retirer la possibilité de trouver sa propre plénitude. Aiguiser sans fin, c’est fabriquer une pointe qui dépend de la main qui l’a taillée et ne pourra se conserver seule. Remplir une salle d’or et de jade, c’est transformer ce qui avait surgi en possession à surveiller.

La quatrième erreur est plus subtile : devenir honoré et riche, puis s’enorgueillir. La soie place l’honneur avant la richesse. Un éducateur ou un penseur risque souvent davantage de s’attacher au rôle de personne respectée qu’à l’argent. La dignité acquise n’est pas le problème ; le danger commence lorsqu’elle devient le construct « je suis celui qui a réussi à former les autres ».

L’accompagnement meurt lorsqu’il devient garde

Le manuscrit répète le même caractère, « remplir », dans la première et la troisième image. Cette reprise montre le piège : en voulant conserver la plénitude, on empêche ce qui a été accompagné de poursuivre son propre cycle. Un professeur qui tient encore le guidon après que l’élève sait rouler ne protège plus ; il maintient une dépendance qui confirme son identité de professeur.

La pointe, le trésor et l’œuvre accomplie ne viennent pas d’une réserve que le maître posséderait. Ils émergent d’une relation et doivent pouvoir la dépasser. Dès que l’accompagnateur garde ce résultat comme preuve, l’espace libre disparaît. Ce qui devait vivre devient patrimoine, doctrine ou école chargée de reproduire la forme du fondateur.

« Suì », et non la pose du héros

La soie dit : « l’œuvre étant arrivée à son terme, la personne se retire ». La version reçue utilise le mot plus solennel d’« accomplissement ». Suì fait du retrait l’étape suivante du processus : lorsque la chose est arrivée où elle devait aller, rester n’ajoute rien. Se retirer n’est donc pas l’ultime geste théâtral du vainqueur ; c’est ne pas bloquer le mouvement après l’avoir servi.

C’est aussi pourquoi les maîtres et leurs disciples finissent souvent par s’affronter. Le disciple doit diverger pour devenir lui-même ; si le maître a lié son identité au résultat, cette divergence lui paraît une trahison. Un retrait plus précoce ne supprimerait pas la différence, mais la libérerait de la bataille. Laozi écrit, laisse cinq mille caractères au gardien de la passe et s’en va : l’acte est terminé, son reste commence à vivre ailleurs.