Non DubitoEssays in the Self-as-an-End Tradition
EN | 中文 | 繁體 | 日本語 | Français | Deutsch | Español | 한국어
← Commentaire Dazhi du Daodejing
Commentaire Dazhi du Daodejing
Chapitre 79 · sur 81

Ce qui demeure après l'accord

Qin Han (Dazhi) · Han Qin

Texte chinois du chapitre

Manuscrits sur soie · texte chinois établi pour ce commentaire

和大怨,必有余怨,焉可以为善?是以圣人右介而不以责于人。故有德司介,无德司彻。夫天道无亲,恒与善人。

À propos du texte et de la ponctuation

Le texte chinois suit le Dao De Jing annoté de l’auteur (《道德经注·君子不器》). Il s’appuie sur les deux manuscrits sur soie, A et B, avec des corrections et des restitutions éditoriales ; ce n’est pas la transcription lettre à lettre de l’un d’eux. La numérotation des chapitres suit le texte reçu, et la ponctuation celle du commentaire. Les caractères chinois restent inchangés lorsque vous changez de langue de lecture.

Lire l’article source de ce chapitre (en anglais ou en chinois)

I. L'affaire est réglée, les regards s'évitent

Le conflit a été réglé. Les responsabilités sont précisées, une perte sera compensée, les deux parties ont accepté le résultat. La personne qui a conduit la médiation respire. Enfin, le travail peut reprendre.

Quelques jours plus tard, elle remarque pourtant que les deux protagonistes s'évitent toujours. Les messages nécessaires sont échangés correctement, rien de plus. L'un, malgré l'indemnisation, estime avoir été présenté comme mesquin. L'autre a cédé et ne comprend pas pourquoi ce geste ne suffirait pas enfin.

« 和大怨,必有余怨,焉可以为善 » interroge ce qui reste d'une grande rancœur après son apaisement. La question ne concerne pas seulement la procédure terminée. Elle vise l'écart entre une affaire mise en ordre et une relation à nouveau habitable.

Une décision peut mettre fin au litige sans dissoudre en même temps l'humiliation, la peur ou la déception vécues pendant celui-ci. C'est précisément parce que la justice et la médiation sont précieuses qu'il faut reconnaître leur portée. Sinon, une seconde exigence vient s'ajouter à la première blessure : puisque tout a été réglé, pourquoi ne passes-tu pas à autre chose ?

II. Tout ne se répare pas au même rythme

Les quatre caractères « 必有余怨 » parlent avec insistance. Ils avertissent de ne pas ignorer le reste. Il n'est pas nécessaire d'en faire une condamnation selon laquelle les personnes ne pourraient jamais se retrouver. Certaines relations se reconstruisent lentement, d'autres prennent fin. Le pardon est possible ; la distance l'est aussi, et peut être nécessaire.

Une somme rembourse une perte économique. Elle n'efface pas automatiquement le souvenir d'avoir été rabaissé devant les autres. Reconnaître qu'une phrase était fausse peut empêcher sa répétition. Cela ne permet pas de faire qu'elle n'ait jamais été entendue. Les faits, les moyens, la dignité et la confiance suivent des chemins de réparation différents.

Une partie de la rancœur peut également être produite par la solution elle-même. Pour retrouver le calme, on demande encore une concession à la partie la moins bruyante. Celui qui a subi davantage doit penser à l'ensemble. Le silence final est compté comme de la paix, alors qu'il signifie que la parole n'est plus souhaitée.

Le chapitre nous invite donc à regarder en amont. Quels premiers signes ont été négligés ? À quel moment une difficulté encore explicable a-t-elle été traitée comme une sensibilité excessive ? La prévention ne supprimera pas tout conflit. Elle peut faire que les personnes n'aient pas à être profondément blessées avant que leurs mots comptent.

La valeur d'un règlement n'est pas annulée par sa limite. Elle devient plus précise : il peut accomplir quelque chose d'important sans accomplir tout.

III. Détenir un droit n'est pas notre seule capacité

La version adoptée porte « 圣人右介而不以责于人 », la version courante « 圣人执左契,而不责于人 ». Les rapports entre « 介 » et « 契 », ainsi que l'interprétation des pièces d'un contrat partagé, font partie des pistes d'interprétation à prendre au sérieux. On ne peut les éliminer comme une erreur sur la foi d'un seul caractère différent.

La lecture contractuelle possède sa propre force : celui qui détient la preuve d'un droit n'a pas à pousser la relation, en toute occasion, jusqu'au dernier degré de l'exigence. L'étude sur laquelle repose cette série propose aussi une lecture de « 右介 » tournée vers l'estime accordée à la médiation. Nous conservons cette voie philosophique sans la présenter comme le seul sens lexical enfin restauré.

Dans la pratique actuelle, les deux chemins peuvent se rencontrer. Être fondé à demander des comptes ne signifie pas que ce soit la seule activité utile. Après un incident technique, il faut établir qui a fait quoi. Il faut aussi demander pourquoi l'erreur d'une personne a pu entraîner un dommage grave. Manquait-il une seconde vérification ? La transmission avait-elle été précipitée ? La première personne qui aurait signalé le risque craignait-elle d'être punie ?

Si l'enquête ne découvre finalement qu'un individu insuffisamment attentif, les mêmes conditions peuvent produire le prochain incident après son remplacement. Chercher les conditions n'excuse pas une dissimulation volontaire, un abus ou une faute dommageable. Une responsabilité proportionnée reste nécessaire. Elle ne devrait simplement pas devenir le bouton qui arrête toute pensée supplémentaire.

La médiation peut commencer plus tôt : clarifier une répartition floue, renégocier une promesse devenue impossible, laisser parler quelqu'un qui n'a pas été entendu. Cela demande du consentement et du tact. Surveiller toutes les relations pour éviter les conflits ne serait pas un progrès. Une bonne prévention rend la parole possible ; elle ne l'interdit pas au nom du calme.

IV. La personne qui fait médiation a elle aussi des limites

« 有德司介,无德司彻 » poursuit la question des pratiques différentes. L'étude de départ pense à ceux qui peuvent déjà assumer une médiation et à ceux qui développent d'abord leurs capacités dans un travail concret. Une application actuelle peut en tirer quelque chose. Il faut auparavant séparer la proposition de lecture de ses conséquences éthiques.

« 彻 » possède des liens avec les champs et leur mise en culture, mais aussi une tradition sérieuse d'interprétation concernant le prélèvement et l'impôt. Un exemple agricole dans un autre ouvrage n'élimine pas ces possibilités. De même, comprendre « 无德 » comme le fait de ne pas encore avoir acquis cette capacité est une lecture constructive, non la traduction obligatoire d'un « pas encore » caché.

Surtout, le travail agricole n'est ni moralement inférieur ni dépourvu de jugement et de responsabilité. Le passage ne doit pas devenir un programme de répartition des métiers selon une hiérarchie de valeur humaine. Ne pas savoir conduire une médiation n'enlève pas sa valeur à quelqu'un et ne le destine pas automatiquement à une activité prétendument inférieure.

Il reste une question féconde d'apprentissage : quelle tâche une personne peut-elle assumer maintenant, avec un soutien suffisant ? Les capacités se développent dans des tâches réelles, sans que l'individu doive d'abord réussir un examen moral d'entrée. Cela vaut pour la médiation comme pour la culture d'un sol ou l'apprentissage d'un métier.

La médiation est exigeante. Il faut entendre des récits différents sans être entièrement absorbé par l'un d'eux ; reconnaître un tort sans figer son auteur pour toujours ; savoir quand le dialogue reste possible et quand il faut d'abord mettre fin au danger. La gentillesse seule ne remplace pas ces capacités.

Il faut donc compétence, accord et limites. Personne ne devrait avaler toutes les insultes parce qu'il sait rester calme. Une victime ne doit pas être contrainte à une rencontre ou au pardon. Certaines affaires demandent une décision nette ; certaines relations doivent finir. Reconnaître ces limites appartient à la responsabilité du médiateur, non à son échec.

V. Un Ciel impartial ne nous doit pas le succès

« 夫天道无亲,恒与善人 » rapproche l'absence de favoritisme et la proximité du bien. Comme orientation éthique, on peut y entendre que l'origine, le camp ou les relations personnelles ne devraient pas décider du critère. C'est la pratique juste qui mérite l'attention, non la seule appartenance aux nôtres.

Cela n'assure pas une bonne issue aux personnes sincères. Quelqu'un peut travailler sérieusement à une relation qui se défait malgré tout. Une personne protège les autres et ne reçoit aucun remerciement. L'absence de récompense ne prouve pas une insuffisance morale cachée.

Même l'image de celui qui rame avec le courant plutôt que contre lui doit rester limitée. Certaines manières de faire conviennent mieux à une situation et évitent des résistances inutiles. On ne peut en déduire un courant de l'histoire qui conduirait sûrement chaque bonne action à un port abrité.

Nous pouvons conserver l'orientation éthique sans connaître une comptabilité cosmique complète. En lien avec le chapitre 27, cela signifie aussi, pour cette série, ne pas réduire quelqu'un à une erreur, un conflit ou une étiquette. Le lien est notre interprétation, pas une promesse de l'univers.

La valeur ne dépend pas davantage de ce qu'une personne peut actuellement apporter. Celui qui ne peut pas travailler, ne prend pas en charge une médiation ou se remet d'une blessure demeure digne d'attention. Même une parole bienveillante sur le bien ne doit pas le réduire à son utilité.

VI. Laisser un temps après la solution

Dans le prochain conflit, on peut séparer deux questions. Qu'est-ce qui doit être réglé maintenant ? Et qu'est-ce qui demande davantage de temps ? Arrêter le dommage, fournir la réparation nécessaire et préciser les responsabilités ne devraient pas être reportés indéfiniment. La confiance, elle, ne se rétablit pas sur le même calendrier.

Celui qui a fait du tort peut continuer discrètement après les excuses : changer de façon stable le comportement en cause, sans exiger un éloge pour chaque progrès. Celui qui a été blessé n'a pas à représenter une personne déjà réconciliée pour que les autres retrouvent leur confort.

Le médiateur doit aussi remarquer son désir de réussir. Si l'histoire doit absolument bien finir, les parties risquent de devenir les interprètes de sa propre médiation exemplaire. Une coopération limitée, où le désaccord peut demeurer, est parfois plus honnête qu'une poignée de main imposée.

Tout reste de rancœur n'appelle pas non plus un investissement sans fin. Les anciens comptes peuvent servir à contrôler ; une limite nécessaire peut être présentée comme une nouvelle offense. On peut alors reconnaître qu'un problème subsiste tout en mettant un terme à sa propre participation.

Laisser de la place ne signifie pas demeurer disponible sans limite. Renoncer à la perfection, c'est aussi ne pas devoir réparer personnellement chaque être humain et chaque relation.

VII. Une vie qui ne demande pas d'être arbitrée sans cesse

Le chapitre 78 demandait de ne pas simplement transférer les difficultés. Celui-ci demande si, après les avoir prises en charge, nous réclamons trop vite une réparation totale. L'attention aux conséquences du chapitre 73 et le refus de s'approprier tous les résultats au chapitre 77 se rencontrent : la relation d'autrui n'est pas non plus notre ouvrage, destiné à prouver notre talent.

Une bonne vie commune n'est pas nécessairement celle où de grands conflits apparaissent continuellement, puis sont brillamment résolus. Des promesses claires, des moyens suffisants et de vraies issues peuvent permettre aux gens de vivre sans devoir sans cesse défendre les conditions élémentaires de leur dignité.

Le chapitre 80 portera le regard vers de telles journées : un repas, un lieu où habiter, des voisins proches, sans implication permanente dans la lutte des autres. L'image ne résout pas automatiquement toutes les questions politiques.

Elle rappelle cependant le but qui devrait demeurer derrière notre activité de gouvernement et de médiation. Les personnes ne doivent pas seulement être mieux administrées. Elles doivent avoir une vie qui contienne davantage que le prochain traitement de ce qui leur est arrivé.


Pour l'argumentation et les comparaisons textuelles : étude IX, également archivée sur Zenodo. Études précédentes : I, II, III, IV, V, VI, VII, VIII.