Non DubitoEssays in the Self-as-an-End Tradition
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Commentaire Dazhi du Daodejing
Chapitre 47 · sur 81

Plus on va loin, moins on sait

Qin Han (Dazhi) · Han Qin

Le monde n’est pas ailleurs

« Sans sortir de la porte, connaître le monde ; sans regarder par la fenêtre, voir la voie du ciel. » Ce n’est pas l’éloge d’une ignorance recluse. Le Dao n’est pas une chose différente dans chaque lieu, qu’il faudrait poursuivre en accumulant les kilomètres. Sa logique — coupe, construct, reste — se donne aussi dans la relation ou la tâche immédiatement présente.

Sortir, rencontrer et apprendre ont une valeur réelle. Ils deviennent fuite lorsque chaque difficulté déclenche la recherche d’un nouveau modèle extérieur, avant que l’on ait regardé ce que la situation actuelle enseigne. L’abondance d’informations peut éviter la profondeur aussi efficacement que l’ignorance.

La distance multiplie les filtres

« Plus on va loin, moins on sait » paraît contraire à l’expérience. Mais le savoir visé n’est pas la quantité de faits. À mesure que l’on court, on dépend de davantage de catégories préfabriquées, de récits et d’intermédiaires pour absorber ce que l’on rencontre. Le voyage peut agrandir le construct au lieu de le mettre en question.

Rester à sa place signifie donner à une expérience assez de temps pour qu’elle déploie ses contradictions. Celui qui connaît intimement un métier n’est pas toujours celui qui a assisté au plus grand nombre de conférences ; c’est souvent celui qui a longuement regardé comment une décision traverse la matière, les collègues et les conséquences.

Connaître sans courir, éclairer sans épier

Le sage connaît sans parcourir, comprend sans regarder au-dehors, accomplit sans forcer. Ces négations retirent la compulsion, non l’action. La clarté naît lorsque l’attention n’est plus obscurcie par la prochaine saisie ; l’accomplissement devient possible lorsque l’on cesse de pousser la chose contre son mouvement propre.

Le chapitre demande donc : suis-je en train d’apprendre ou de retarder le moment de penser ? Est-ce que je collecte des réponses ou que je demeure avec la question ? Revenir à sa position ne rétrécit pas le monde. C’est y trouver un point suffisamment réel pour que ce que l’on apprend ailleurs ne soit plus une fuite, mais une rencontre.