Non DubitoEssays in the Self-as-an-End Tradition
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Commentaire Dazhi du Daodejing
Chapitre 6 · sur 81

Le ravin et la mère

Qin Han (Dazhi) · Han Qin

Du ravin concret au symbole abstrait

Le premier caractère du manuscrit sur soie est yu, le ravin parcouru d’eau, et non le gu plus abstrait de la version reçue. Le détail maintient toute la chaîne d’images : un creux où l’eau circule, une femelle qui porte, une porte par laquelle la vie advient, une racine à partir de laquelle elle se déploie. Deux mille ans de lecture métaphysique ont souvent séparé ces termes de leur matérialité.

« La femelle obscure » n’est pas un principe féminin décoratif. Elle nomme le cycle au niveau de la génération. De même, la mère du chapitre 1 n’était pas un producteur souverain, mais la position qui rend une naissance possible. La racine n’est donc pas un objet enfoui sous l’univers : elle est la structure grâce à laquelle quelque chose peut recommencer à sourdre.

Une continuité presque imperceptible

Ce mouvement est « filant, presque existant ». Il n’éclate pas comme une révélation. Une grossesse, la reprise d’une rivière après la pluie, l’apprentissage d’un geste se poursuivent par changements minuscules. Le reste travaille ainsi : non dans le spectaculaire, mais dans une continuité que le regard fixé sur les objets achevés manque facilement.

Si l’on cherche cette continuité comme une chose, elle disparaît, car on la convertit en construct. Si l’on cesse de la saisir, elle n’en continue pas moins d’opérer. L’image du ravin donne au Dao un régime de présence précis : pas assez solide pour devenir un objet, assez constant pour rendre chaque objet transformable.

Inépuisable, et non « sans effort »

Le manuscrit conclut qu’on en use « sans l’épuiser » ; la version reçue a été comprise comme « sans effort ». Le déplacement paraît léger, mais il change de question. Laozi ne livre pas une technique pour agir à moindre coût. Il décrit une opération qui ne s’épuise pas, parce qu’elle n’exploite aucune réserve finie.

Un récipient, même immense, finit vide. Le Dao n’est pas un récipient : il est le processus par lequel toute coupe produit de nouveau du dehors, du possible et du reste. Tant que le cycle ciseau–construct se poursuit, la source ne peut être tarie. Le chapitre 6 redit le premier chapitre avec des images de vie : le ravin et la mère ne stockent pas le monde, ils lui laissent un passage.