Vingt-quatrième essai : La fin des Qing — Quand le système d’exploitation rencontre un monde qu’il ne connaît pas
Du point de vue de la loi du cycle taille-construction, ce qui compte dans la guerre de l’Opium, ce n’est pas la défaite militaire elle-même. L’histoire chinoise ne manque pas de défaites militaires ; le désastre de…
- La guerre de l’Opium.
Du point de vue de la loi du cycle taille-construction, ce qui compte dans la guerre de l’Opium, ce n’est pas la défaite militaire elle-même. L’histoire chinoise ne manque pas de défaites militaires ; le désastre de Jingkang avait causé des pertes militaires bien plus lourdes. La véritable portée de la guerre de l’Opium est ailleurs : pour la première fois, le système d’exploitation version 3.5 se heurtait à un défi auquel rien, dans son cadre de connaissances, ne correspondait.
Pendant les deux millénaires précédents, tous les défis rencontrés par la version 3.5 avaient été des « variantes d’un même type de problèmes » : rébellions de généraux, soulèvements paysans, invasions étrangères, concentration foncière, corruption administrative. Le système disposait de l’expérience, des outils et du cadre conceptuel nécessaires pour y répondre. On savait de quel problème il s’agissait, on savait comment des problèmes similaires avaient été traités dans le passé, on pouvait s’appuyer sur les précédents.
La civilisation industrielle n’entrait pas dans ce cadre. Elle n’apportait pas seulement une puissance militaire supérieure : cela n’était que la partie visible. Elle apportait tout un paradigme de civilisation inédit : production industrielle, économie capitaliste, système d’États-nations, droit international, gouvernement représentatif, science moderne. Chacun de ces éléments dépassait l’horizon de compréhension de la version 3.5.
Face à un adversaire que vous ne connaissez pas, quel est votre premier réflexe ? L’expliquer à partir du cadre que vous connaissez. Les Qing ont ainsi mis environ soixante-dix ans, de 1840 à 1911, à découvrir progressivement que leur cadre ne suffisait plus. Cette découverte s’est faite à trois niveaux, des techniques aux institutions, puis à la culture. Chaque niveau était plus douloureux que le précédent, parce que chacun touchait d’un peu plus près à l’idée qu’ils se faisaient d’eux-mêmes.
I. Les Taiping : quand le reste intérieur de la version 3.5 et le choc extérieur éclatent ensemble
Avant d’examiner la réponse des Qing au défi extérieur, regardons ce qui se passait à l’intérieur.
En 1851, Hong Xiuquan se souleva à Jintian, dans le Guangxi, et fonda le Royaume céleste de la Grande Paix, celui des Taiping. Le mouvement dura quatorze ans, de 1851 à 1864, ravagea plus de la moitié de la Chine et fit peut-être plusieurs dizaines de millions de morts. Ce fut l’une des guerres civiles les plus meurtrières de l’histoire humaine.
Les Taiping sont particulièrement intéressants du point de vue de la taille et de la construction, car ils réunissent plusieurs thèmes déjà rencontrés.
La révolte des couches populaires sous une forme religieuse.
Le Royaume céleste de Hong Xiuquan reposait sur la Société des adorateurs de Dieu, un système de croyances mêlant des éléments chrétiens aux religions populaires chinoises. Le schéma était le même que celui de la Voie de la Grande Paix sous les Han orientaux, ou du Lotus blanc à la fin des Yuan et au début des Qing : lorsque toutes les issues profanes sont bouchées, le reste des couches populaires trouve à se libérer sous une forme religieuse.
Les Taiping apportaient toutefois un élément nouveau : une partie de leurs ressources religieuses venait de l’extérieur, du christianisme, même si Hong Xiuquan en avait produit une version extrêmement déformée. C’était la première fois que la version 3.5 affrontait une force intérieure qui organisait la révolte à l’aide de ressources idéologiques importées. Les instruments de gestion idéologique de la version 3.5 — éducation confucéenne, intégration par les concours impériaux, récit du mandat céleste — fonctionnaient contre les dissidences inscrites dans le cadre confucéen. Ils ne fonctionnaient pas contre quelqu’un qui se proclamait « fils de Dieu ». On ne parlait tout simplement pas dans le même univers de discours.
Il y a de la taille, il y a de la construction, mais la construction est mal conçue.
À la différence du mouvement de Li Zicheng, les Taiping n’étaient pas une organisation vouée uniquement à la taille. Ils avaient tout un projet institutionnel : le Système agraire de la dynastie céleste, avec partage égal des terres, égalité des sexes et propriété collective ; un régime politique fondé sur l’investiture de rois, avec un Roi céleste, des rois de l’Est, de l’Ouest, du Sud et du Nord, et un Roi auxiliaire ; un ordre social, avec séparation des hommes et des femmes en camps distincts, interdiction de l’opium et interdiction du bandage des pieds.
La construction imaginée par les Taiping était fortement utopique. Sur le papier, leur système agraire était plus « avancé » que toutes les déclinaisons de la version 3.5 : il promettait la mise en commun intégrale des terres et l’égalité entre hommes et femmes. Mais ce projet n’avait aucune prise sur la réalité et ne fut jamais sérieusement appliqué. Dans les territoires contrôlés par les Taiping, principalement sur les cours moyen et inférieur du Yangzi, le gouvernement effectif n’avait presque rien à voir avec les institutions couchées sur le papier. Les dirigeants eux-mêmes ne respectaient pas leurs propres règles : le harem de Hong Xiuquan dépassait de très loin, par sa taille, celui des empereurs Qing.
Encore un cas où « la direction est peut-être bonne, mais l’exécution ne suit absolument pas ». On retrouve le même défaut structurel que dans les réformes archaïsantes de Wang Mang : la construction ne part pas du réel, en diagnostiquant d’abord le problème pour concevoir ensuite une solution. Elle part d’un idéal : on dessine d’abord un plan parfait, puis on essaie d’y faire entrer la réalité.
Zeng Guofan et l’armée du Hunan : l’institutionnalisation des milices locales.
Les forces régulières des Qing, les Huit Bannières et l’armée de l’Étendard vert, étaient incapables d’écraser les Taiping. Le déclin militaire révélé par la révolte du Lotus blanc se montrait désormais dans toute son ampleur. La cour dut autoriser les notables locaux à lever leurs propres troupes pour combattre les armées taiping.
L’armée du Hunan de Zeng Guofan fut la plus efficace de ces forces locales. Ce n’était pas une armée de l’État : c’était une force privée, recrutée, entraînée et commandée personnellement par Zeng Guofan. Il devait lui-même trouver de quoi payer la solde : en partie grâce aux crédits de la cour, mais surtout grâce aux contributions locales et au lijin, une taxe locale sur le commerce prélevée pour financer les troupes. Les soldats étaient fidèles à Zeng Guofan en personne, pas à la cour.
Du point de vue de la construction, l’apparition de l’armée du Hunan marque un changement fondamental dans le système d’exploitation version 3.5 : le pouvoir central a perdu son monopole de la violence.
Le monopole central de la force militaire était l’un des principes essentiels de la version 3.5. De l’enregistrement des foyers sous les Qin aux généraux démis de leur commandement autour d’une coupe de vin sous les Song, du système des garnisons militaires des Ming aux Huit Bannières et à l’armée de l’Étendard vert des Qing, chaque génération avait cherché à faire du centre, c’est-à-dire de l’empereur, l’unique détenteur légitime de la force.
Après la guerre des Taiping, ce monopole avait de fait pris fin. Les fondateurs de l’armée du Hunan, de l’armée de la Huai de Li Hongzhang et de l’armée du Chu de Zuo Zongtang étaient devenus des potentats régionaux disposant de forces militaires autonomes. Ils obéissaient nominalement à la cour, tout en possédant des troupes que celle-ci ne pouvait pas contrôler.
La structure est exactement la même que celle de la fragmentation en pouvoirs militaires régionaux après la révolte des Turbans jaunes, à la fin des Han orientaux, ou de la montée des seigneurs de la guerre après la révolte de Huang Chao, à la fin des Tang. L’histoire reproduisait une fois de plus le même enchaînement : insuffisance des forces centrales → autorisation donnée aux régions de s’armer pour faire face à la crise → montée en puissance des armées locales → nouvel affaiblissement de l’autorité centrale.
Mais, cette fois, un facteur nouveau intervenait : ces hommes forts des provinces étaient aussi des réformateurs. Zeng Guofan, Li Hongzhang, Zuo Zongtang, Zhang Zhidong : tout en faisant la guerre, ils se posaient une question. Pourquoi sommes-nous incapables de battre les étrangers ? Cette réflexion donna naissance au mouvement d’auto-renforcement.
II. Les trois niveaux de la découverte
Il fallut environ soixante-dix ans aux Qing pour découvrir les insuffisances de la version 3.5. Cette découverte peut se décomposer en trois niveaux, chacun plus profond et plus douloureux que le précédent.
Premier niveau, les techniques : « Nos armes sont moins bonnes que les leurs. »
La leçon immédiate de la guerre de l’Opium et de la seconde guerre de l’Opium, de 1856 à 1860, était simple : les fusils et les canons des étrangers étaient plus puissants que les nôtres. La solution paraissait tout aussi simple : acheter leurs fusils et leurs canons, construire des arsenaux, fabriquer des navires de guerre.
Ce fut le point de départ du mouvement d’auto-renforcement, qui s’étend approximativement de 1861 à 1895. Li Hongzhang, Zuo Zongtang, Zhang Zhidong et d’autres créèrent dans différentes régions des arsenaux — ceux du Jiangnan, de Jinling et de Hanyang —, des chantiers navals — ceux de Fuzhou et du Jiangnan — et des écoles militaires. La flotte du Beiyang, la plus grande marine moderne d’Asie, était elle aussi un produit de ce mouvement.
Le mot d’ordre de l’auto-renforcement était : « Le savoir chinois pour fondement, le savoir occidental pour l’usage. » Le savoir chinois, c’est-à-dire le confucianisme, le régime impérial et les valeurs traditionnelles, constituait le socle ; les techniques occidentales, fusils, canons, navires à vapeur et télégraphe, n’étaient que des outils. On pouvait utiliser les outils des étrangers sans changer de régime ni de culture.
Du point de vue de la construction, ce « fondement chinois, usage occidental » consistait à importer des composants pour améliorer certaines fonctions du système, sans toucher au cadre de la version 3.5. C’était comme brancher une carte graphique neuve sur un vieil ordinateur : on avait amélioré le matériel, mais le système d’exploitation restait le même.
Est-ce que cela pouvait marcher ?
En 1895, la guerre sino-japonaise apporta la réponse : non.
La marine japonaise anéantit la flotte du Beiyang. Les Qing signèrent l’humiliant traité de Shimonoseki, qui amputait leur souveraineté. Trente ans d’auto-renforcement : tous les acquis militaires réduits à néant en une bataille navale.
Le choc de cette guerre fut beaucoup plus profond que celui de la guerre de l’Opium. Dans cette dernière, l’adversaire était la Grande-Bretagne, un pays lointain, inconnu, qu’on pouvait ranger parmi les « barbares ». Cette fois, c’était le Japon : un voisin géographiquement tout proche, issu d’un même fonds culturel que la Chine et qu’elle regardait encore de haut quelques décennies auparavant. Avec la restauration de Meiji, commencée en 1868, le Japon était passé en un peu plus de vingt ans d’un pays féodal à un État moderne industrialisé. Si le Japon en était capable, pourquoi pas la Chine ?
La question mérite qu’on s’y arrête. Vu sous l’angle de la taille et de la construction, le choix de trajectoire japonais offre un point de comparaison particulièrement éclairant. Et ses conséquences allaient directement façonner les pressions extérieures auxquelles toutes les forces politiques chinoises seraient confrontées après la fin de l’empire.
Le Japon rencontrait le même défi que la Chine : le choc de la civilisation industrielle sur les sociétés agraires d’Asie orientale. Mais sa réponse fut radicalement différente.
La réponse chinoise fut progressive et étagée : apprendre d’abord les techniques avec l’auto-renforcement ; lorsque cela ne suffit plus, apprendre les institutions avec la réforme de 1898 ; lorsque celles-ci ne suffisent plus, adopter un autre modèle de civilisation avec la révolution de 1911. On ne se résignait à descendre d’un niveau qu’après l’échec du précédent. Trois pas en soixante-dix ans, chacun plus douloureux que le précédent.
La réponse japonaise fut globale, menée d’un seul élan. La restauration de Meiji avança presque simultanément sur les trois plans des techniques, des institutions et de la culture : abolition des domaines féodaux et création des préfectures pour les institutions ; conscription pour l’armée ; réforme de l’impôt foncier pour l’économie ; Constitution et Parlement pour la politique ; mission Iwakura en Europe et aux États-Unis pour les connaissances ; mouvement de « civilisation et d’ouverture » pour la culture. Le Japon n’a pas épluché l’oignon couche par couche. Il l’a avalé tout entier.
Pourquoi le Japon pouvait-il le faire, et pas la Chine ?
Pas parce que les Japonais étaient plus intelligents ou plus ouverts. Parce que les deux pays ne partaient pas de la même construction.
La Chine était un empire unifié en fonctionnement depuis deux mille ans. Le système d’exploitation version 3.5 avait des racines profondes et pénétrait chaque recoin de la société. Le changer exigeait de vaincre deux millénaires d’inertie institutionnelle. Et la Chine était immense : toute réforme devait être appliquée à une société au territoire gigantesque, à la population très nombreuse et aux intérêts extraordinairement enchevêtrés. Les résistances s’y multipliaient en progression géométrique.
Le Japon était un pays féodal, où le pouvoir se partageait entre le shogunat et les domaines. L’empereur possédait le titre, sans le pouvoir effectif, un peu comme le Fils du Ciel sous les Zhou orientaux. Le pouvoir réel se répartissait entre plusieurs centaines de seigneurs. Cette structure paraissait arriérée, plus « primitive » que la centralisation chinoise. Mais, face au choc extérieur, elle devenait un atout : la répartition du pouvoir permettait l’expérimentation locale. Certains domaines, Satsuma, Chōshū, Tosa et Hizen, pouvaient prendre l’initiative des réformes sans attendre que tout le pays se mette en marche. Leurs réussites pouvaient être reprises ailleurs. Un échec restait l’échec d’un domaine ; il n’entraînait pas le pays entier dans sa chute.
De plus, le féodalisme japonais faisait de l’autorité impériale une autorité nominale. Comme le Fils du Ciel des Zhou orientaux, l’empereur avait la légitimité, sans disposer du pouvoir réel. La « restauration du gouvernement impérial » de Meiji lui rendit ce pouvoir. Formellement, on rétablissait un régime ancien ; en réalité, on utilisait la légitimité impériale pour mener des réformes entièrement nouvelles. L’empereur devenait un instrument de la réforme plutôt qu’un obstacle, puisque son autorité venait de la tradition, mais son programme appartenait à la modernité.
Cette possibilité n’existait pas en Chine. L’empereur chinois possédait à la fois la légitimité et le pouvoir réel, et le fonctionnement de ce pouvoir constituait précisément le cœur de la version 3.5. On ne peut pas se servir de l’empereur pour renverser le système impérial. L’instrument avec lequel on voudrait réformer est lui-même ce que la réforme doit transformer.
La réussite japonaise avait pourtant un coût profond. Dans la perspective de la taille et de la construction, ce coût n’apparaissait pas encore lors de la guerre sino-japonaise ; il se révélera pleinement dans la période abordée par l’essai de conclusion.
On peut appeler la construction de Meiji une « construction étatiste » : elle transformait le pays tout entier en une machine moderne de mobilisation. Les quatre caractères de la devise « pays riche, armée forte » disent tout. Enrichir le pays est le moyen ; renforcer l’armée, la fin. L’individu sert l’État, et l’État sert la puissance militaire. L’empereur n’existe pas pour le peuple. Le peuple existe pour l’empereur, c’est-à-dire, en pratique, pour l’État.
Cette construction présente une ressemblance structurelle frappante avec celle des Qin : mobilisation totale, objectif unique — la capacité de faire la guerre — et subordination de l’individu au collectif. La différence est que les Qin utilisaient le contrôle coercitif des légistes. Le Japon associait le contrôle souple du culte impérial, fondé sur une refonte moderne du shintoïsme et du bushidō, au contrôle coercitif de l’appareil d’État moderne. La combinaison des deux était encore plus efficace.
La construction des Qin avait remporté le tournoi à élimination des Royaumes combattants, parce que tous ses adversaires jouaient au même jeu et que personne n’avait trouvé de stratégie asymétrique. La construction japonaise remporta, elle aussi, la compétition pour la modernisation en Asie orientale : elle battit la Chine lors de la guerre sino-japonaise, puis la Russie lors de la guerre russo-japonaise.
Mais la leçon de l’essai sur les Royaumes combattants reste valable : gagner ne vaut pas démonstration. La construction des Qin, qui misait tout sur une seule carte, bénéficiait d’une fenêtre historique ; une fois celle-ci refermée, elle cassa net. La construction étatiste japonaise disposait de la même façon d’une fenêtre historique. Dans un monde de rivalité entre puissances, un régime de mobilisation totale avait un avantage à court terme. Mais ses fragilités étaient structurellement les mêmes que celles des Qin : nécessité d’une expansion permanente pour nourrir le système, impossibilité d’accueillir la dissidence intérieure, effondrement général dès que survient la défaite militaire.
La facture de cette fragilité arriva à échéance en 1945. Mais, dans la première moitié du XXe siècle, le Japon était encore dans sa fenêtre favorable. Sa construction étatiste paraissait irrésistible, et sa poussée expansionniste formait directement l’environnement extérieur auquel toutes les forces politiques chinoises de l’après-empire devaient répondre. La compétition entre les nouvelles constructions chinoises ne se déroulait pas dans le vide. Elle se déroulait sous cette énorme contrainte extérieure qu’était la pression militaire japonaise, et cette contrainte façonnait profondément les choix offerts à chacun.
La réponse à la question de la réussite japonaise portait donc la réflexion au deuxième niveau.
Deuxième niveau, les institutions : « Notre système est moins bon que le leur. »
Après la guerre sino-japonaise, de nombreux intellectuels chinois, parmi lesquels Kang Youwei, Liang Qichao, Tan Sitong et Yan Fu, aboutirent à une conclusion que le mouvement d’auto-renforcement n’avait jamais atteinte : emprunter les seuls outils des étrangers ne suffisait pas. Il fallait emprunter leurs institutions.
Le Japon n’avait pas battu la Chine parce que ses fusils et ses canons étaient meilleurs : l’équipement de la flotte du Beiyang n’était pas inférieur au sien. Il l’avait battue parce qu’il disposait d’une organisation étatique plus efficace : régime constitutionnel, administration moderne, instruction pour tous, institutions économiques modernes. Ces institutions lui permettaient de mieux mobiliser ses ressources, d’organiser la production et de commander ses armées.
En 1898, sous l’impulsion de Kang Youwei et de ses compagnons, l’empereur Guangxu lança la réforme des Cent Jours. En une centaine de jours, il tenta de faire avancer toute une série de réformes institutionnelles : réformer les concours impériaux, ouvrir des écoles modernes, supprimer les postes administratifs superflus. Le programme des réformateurs comportait également un projet d’assemblée représentative.
La réforme ne dura que cent trois jours. L’impératrice douairière Cixi y mit fin par un coup d’État. Tan Sitong et cinq autres réformateurs furent exécutés. Guangxu fut emprisonné.
La cause immédiate de l’échec était une lutte de pouvoir : Cixi ne voulait pas renoncer au sien. Mais la cause profonde était structurelle. Réformer les institutions revenait à toucher au cœur de la version 3.5, au système de concentration du pouvoir lui-même. La création d’une assemblée impliquerait que l’empereur partage la décision avec des représentants élus. Réformer les concours signifiait changer la manière de former les fonctionnaires depuis quelque mille trois cents ans. Supprimer les postes superflus signifiait retirer leur gagne-pain à une foule de gens.
Chaque réforme avait face à elle un groupe d’adversaires puissants. Et tous ces adversaires avaient une protectrice commune : l’impératrice douairière Cixi, qui représentait l’ensemble des intérêts établis de l’ancien régime.
On retrouvait l’impasse des réformes de Zhang Juzheng sous les Ming : une réforme menée à l’intérieur de la construction a besoin du soutien de celui qui concentre le pouvoir, mais ce détenteur du pouvoir fait lui-même partie de ce que la réforme doit modifier. On ne peut pas attendre de quelqu’un qu’il soutienne une réforme destinée à affaiblir son propre pouvoir.
L’échec des Cent Jours démontrait que, dans le cadre de la version 3.5, une réforme institutionnelle était presque impossible à mener pacifiquement. Chacune de ses étapes exigeait l’accord des détenteurs du pouvoir, alors que son but était précisément de modifier la répartition de ce pouvoir.
Troisième niveau, le discours : « C’est tout notre modèle de civilisation qu’il faut changer. »
Après l’échec de 1898, une partie des intellectuels en vint à une conclusion plus radicale. Les techniques et les institutions n’étaient pas les seules choses à changer : il fallait récuser et remplacer de fond en comble le modèle de civilisation lui-même, avec son régime impérial, son confucianisme, sa société organisée autour de la famille et sa mentalité d’Empire céleste.
Le programme révolutionnaire de Sun Yat-sen en fut l’expression politique : ne pas améliorer, renverser. Cesser de poser des correctifs sur la version 3.5 et changer entièrement de système d’exploitation. République, démocratie, constitutionnalisme : il ne s’agissait pas de rustines pour la version 3.5, mais d’une construction radicalement différente.
En 1905, les concours impériaux furent abolis. L’un des composants centraux de la version 3.5 était officiellement démonté. En fonctionnement depuis mille trois cents ans, des Sui à la fin des Qing, le système des concours était l’institution la plus durable de la Chine impériale. Sa suppression retirait à la version 3.5 son assise sociale, la classe des fonctionnaires lettrés issus des concours.
Les conséquences de cette abolition furent immenses. Jusque-là, les intellectuels disposaient d’une voie d’ascension clairement balisée : étudier, réussir les concours, devenir fonctionnaire. Cette voie orientait les esprits les plus brillants de la société vers la défense du régime. Une fois les concours supprimés, elle fut coupée. Les intellectuels formés dans les écoles modernes n’avaient plus ce débouché : l’ancien système ne voulait pas d’eux, et le nouveau n’existait pas encore. Ils formaient désormais le groupe le plus dangereux de la société : instruits, idéalistes, capables, mais sans avenir.
Des intellectuels qui ne trouvent leur place nulle part sont le meilleur carburant d’une révolution. Nombre d’organisateurs et de participants de la révolution de 1911 venaient de ce milieu : étudiants formés à l’étranger, diplômés des nouvelles écoles, lettrés privés de leur voie traditionnelle après l’abolition des concours.
1911, la révolution. 1912, l’abdication de Puyi. La fin du régime impérial.
Les trois niveaux de la découverte, techniques, institutions et discours, correspondent à trois niveaux du système d’exploitation version 3.5. L’apprentissage technique de l’auto-renforcement ne touchait pas au système lui-même : c’était donc le plus facile, mais aussi le plus limité dans ses effets. La réforme institutionnelle des Cent Jours touchait à sa structure : elle rencontrait donc la résistance la plus forte et ne pouvait presque pas aboutir pacifiquement. La révolution du discours portée par 1911 récusait l’ensemble du système : c’était la plus radicale, mais aussi la plus incontrôlable.
Chaque niveau ne fut atteint qu’après l’échec du précédent. Si l’auto-renforcement avait réussi, si la guerre sino-japonaise n’avait pas été perdue, peut-être personne n’aurait-il mis les institutions en cause. Si la réforme de 1898 avait réussi, si Cixi n’avait pas fait son coup d’État, peut-être personne ne serait-il allé jusqu’à la révolution. Le niveau suivant n’était pas meilleur parce qu’il était plus profond. Il fallait aller plus profond parce que le niveau précédent ne suffisait pas.
III. La révolution de 1911 : la fin de la forme impériale de la version 3.5
Le 10 octobre 1911 éclata le soulèvement de Wuchang. Dans les semaines suivantes, les provinces du Sud proclamèrent l’une après l’autre leur indépendance. Le 1er janvier 1912, la République de Chine fut fondée. Le 12 février, l’édit d’abdication de Puyi fut publié.
Le régime impérial avait existé en Chine pendant deux mille cent trente-deux ans, depuis que Qin Shi Huang s’était proclamé empereur en 221 avant notre ère, jusqu’en 1912.
Ni les opérations militaires ni l’organisation de la révolution de 1911 n’avaient grand-chose d’« héroïque ». Le soulèvement de Wuchang comportait même une part d’accident : le plan initial ayant été éventé, il fallut agir plus tôt que prévu. Dans bien des provinces, l’« indépendance » fut un ralliement opportuniste des hommes forts locaux, plutôt qu’un véritable acte révolutionnaire. Les négociations de paix entre le Nord et le Sud débouchèrent sur un compromis : Yuan Shikai força l’empereur Qing à abdiquer, et Sun Yat-sen céda la présidence de la République à Yuan Shikai.
Mais la portée historique de cette révolution dépasse largement son déroulement effectif. Elle mit fin à une forme : le régime impérial. Dès lors, toute tentative de restauration se heurtait à un problème fondamental de légitimité : comment justifier le retour de ce que l’histoire avait déjà récusé ?
La tentative de restauration de Yuan Shikai, en 1915-1916, en apporta la preuve : quatre-vingt-trois jours. Celle de Zhang Xun, en 1917, dura encore moins longtemps : douze jours. Chaque retour de la forme impériale eut une vie plus brève que le précédent. La transition de phase était déjà accomplie au niveau de la forme. Même la forme ancienne n’était plus récupérable.
Mais la fin d’une forme n’est pas la fin d’une logique. Nous l’avons déjà évoqué dans l’essai précédent : la forme impériale de la version 3.5 s’est arrêtée en 1912. Mais sa logique sous-jacente — concentration du pouvoir, décision en un point unique, contrôle du haut vers le bas, répression de la dissidence — s’est-elle arrêtée elle aussi ?
La question devint particulièrement aiguë dans la bonne dizaine d’années qui suivit la révolution. Car, une fois l’empire renversé, personne ne savait par quoi le remplacer.
La République était fondée, mais « République » n’était encore qu’une coquille vide. Quel système fallait-il mettre dedans ? Une république, oui, mais laquelle ? Un régime présidentiel à l’américaine ? Un régime parlementaire à la française ? Autre chose encore ?
En 1917, six ans à peine après la révolution de 1911, une réponse inattendue arriva du Nord.
La révolution d’Octobre, en Russie. Les bolcheviks renversèrent le gouvernement provisoire qui avait succédé au tsar et instaurèrent le pouvoir soviétique. Pour la Chine, le choc ne fut pas moindre que celui de la guerre sino-japonaise, mais il portait sur une tout autre dimension.
La guerre sino-japonaise avait imposé le constat : « Nos techniques et nos institutions sont moins bonnes que les leurs. » La révolution d’Octobre posait une autre question : « La voie occidentale est-elle la seule possible ? »
Jusque-là, tous les projets de réforme débattus par les intellectuels chinois partageaient un présupposé. Qu’il s’agisse d’emprunter les techniques britanniques avec l’auto-renforcement, les institutions japonaises avec la réforme de 1898 ou la république américaine avec la révolution de 1911, modernisation voulait dire occidentalisation. Pour devenir fort, il fallait devenir semblable à l’Occident. Seule variait la quantité à emprunter : les techniques, le minimum ; les institutions, un peu plus ; le modèle de civilisation entier, la totalité.
La révolution d’Octobre ouvrait une possibilité entièrement nouvelle : on pouvait ne pas suivre la voie occidentale. On pouvait même prendre une voie antioccidentale. Pas de capitalisme, pas de démocratie parlementaire ; une construction nouvelle pour organiser la société, associant dictature du prolétariat, économie planifiée et parti léniniste. Et cette voie se présentait comme plus avancée que l’Occident : elle ne prétendait pas lui servir de substitut, mais le dépasser.
Du point de vue de la construction, la révolution d’Octobre apportait davantage qu’un nouveau projet : elle apportait une nouvelle logique de construction. Toutes les constructions examinées jusque-là, de la transmission du pouvoir par abdication à l’empire, puis à la république, étaient des reprises successives à l’intérieur d’une même tradition de civilisation. La construction marxiste-léniniste issue d’Octobre venait d’une tradition intellectuelle entièrement différente : philosophie allemande, économie politique britannique et pratique révolutionnaire russe. Son cadre conceptuel — classe, plus-value, matérialisme historique, dictature du prolétariat — ne trouvait aucun équivalent dans le système chinois des connaissances.
Cela signifiait que la compétition entre les constructions de l’après-empire n’opposerait pas seulement « différentes mises à niveau de la version 3.5 ». Elle opposerait des logiques de civilisation fondamentalement différentes. Le capitalisme occidental ouvrait une voie ; le socialisme de la Russie soviétique en ouvrait une autre ; et les deux mille ans de tradition impériale chinoise, même abolie dans sa forme, demeuraient présents comme logique de fond. Ces trois logiques allaient se heurter, se pénétrer et se transformer mutuellement.
L’influence russe sur la Chine ne se limitait d’ailleurs pas à l’idéologie. Sur le plan géopolitique, la Russie, puis l’Union soviétique, représentait depuis les Qing la principale menace territoriale au nord de la Chine. Du traité de Nertchinsk au XVIIe siècle aux traités d’Aïgoun et de Pékin au XIXe, la Russie avait grignoté de vastes territoires dans le Nord et le Nord-Ouest chinois. Les pressions extérieures subies par les Qing ne venaient pas d’une seule direction, celle des puissances occidentales arrivant par la mer. Elles venaient de deux côtés : Britanniques, Français et Japonais sur mer ; Russes sur terre.
Après la révolution d’Octobre, ce voisin du Nord changea complètement de visage. Au visage impérialiste de la Russie tsariste succéda le visage « internationaliste » de l’Union soviétique. Celle-ci annonça qu’elle renonçait aux privilèges tsaristes en Chine, tout en en conservant beaucoup dans la pratique. Elle exporta des théories révolutionnaires et une expérience de l’organisation, et aida les forces révolutionnaires chinoises à constituer des partis de type léniniste. La pression géopolitique passa du grignotage territorial à la pénétration idéologique. Les effets de la seconde pouvaient être encore plus profonds que ceux du premier.
La version 3.5 avait été désinstallée, mais le nouveau système d’exploitation n’était pas encore installé. Il existait au moins trois programmes d’installation possibles : la démocratie capitaliste occidentale, selon les modèles américain et britannique ; le socialisme de la Russie soviétique, selon le modèle léniniste ; enfin, une solution chinoise encore indéterminée, cherchant à combiner la tradition nationale avec les besoins de la modernisation. Cette période « sans système d’exploitation » commença en 1912 et ne sera toujours pas terminée dans la période couverte par l’essai de conclusion.
Du point de vue de la taille et de la construction, la révolution de 1911 fut une taille réussie : elle démolit l’ancienne construction. Mais démolir l’ancienne n’est pas bâtir la nouvelle. Taille et construction doivent aller ensemble ; c’était déjà la leçon du choc à trois de la fin des Ming et du début des Qing. Après 1911, la Chine se retrouvait devant ce problème d’articulation : elle avait la taille, les forces révolutionnaires capables de renverser l’empire, mais elle n’avait pas encore la construction, un nouvel ensemble d’institutions accepté par la société et capable de fonctionner efficacement.
La suite de l’histoire sera celle de plusieurs projets de construction en concurrence sur des ruines dépourvues de système d’exploitation.
IV. L’ultime contribution des Qing à la loi du cycle
La place des deux cent soixante-huit années des Qing dans la loi du cycle taille-construction peut se résumer ainsi : ce fut le dernier fonctionnement complet du système d’exploitation version 3.5, et ce fut aussi le moment où ce système atteignit la fin de sa validité historique.
Première leçon : la greffe sélective est la meilleure solution pour gouverner un peuple d’une autre origine, dans l’éventail des possibilités disponibles.
Comparée à la sinisation intégrale des Wei du Nord, dont le prix fut la révolte des Six Garnisons, et au refus de fusion des Yuan mongols, dont le prix fut quatre-vingt-dix-sept ans de fonctionnement tant bien que mal suivis de l’effondrement, la greffe sélective des Qing fut celle qui dura le plus longtemps : près de deux cents ans de fonctionnement effectif. Mais la meilleure solution n’est pas une solution sans coût. Les jointures de la greffe sont toujours restées là ; à la fin des Qing, les pressions intérieures et extérieures les ont déchirées.
Deuxième leçon : la limite du réglage, c’est le cadre lui-même.
Avec Yongzheng, le réglage de précision avait atteint le plus haut niveau possible dans le cadre impérial. Mais le réglage ne peut pas dépasser le cadre. Le cœur de ce dernier, concentration du pouvoir, institution impériale et administration lettrée recrutée par concours, est à la fois ce qui rend le réglage possible et ce qui le limite. Lorsque le cadre lui-même devient le problème, face au défi de la civilisation industrielle, le réglage revient à déplacer les chaises sur le pont du Titanic.
Troisième leçon : un système d’exploitation a une durée de validité. Elle ne dépend pas de sa qualité, mais de la vitesse à laquelle son environnement change.
La version 3.5 était de grande qualité : deux mille ans de fonctionnement en sont la meilleure preuve. Mais l’environnement avait changé. La révolution industrielle avait accéléré d’un ordre de grandeur le rythme de transformation du monde. La version 3.5 n’arrivait plus à s’adapter assez vite. Ce n’était pas sa faute. Elle avait été conçue pour suivre le rythme d’une civilisation agraire, qui se mesure en siècles, pas celui d’une civilisation industrielle, qui se mesure en décennies.
Quatrième leçon : les trois niveaux de la découverte, techniques, institutions et discours, sont les étapes par lesquelles passe toute société confrontée à un changement de paradigme de civilisation.
On commence toujours par comprendre l’écart le plus superficiel, avant de descendre peu à peu. D’abord celui des armes, facile à comprendre, car les armes sont visibles. Puis celui des institutions, plus difficile, car elles sont abstraites. Enfin celui des modèles de civilisation, le plus difficile de tous, car il oblige à redéfinir qui l’on est. Chaque découverte est plus douloureuse que la précédente parce qu’elle touche de plus près à l’identité. Changer vos fusils ne fait pas mal. Changer vos institutions commence à faire mal. Changer votre réponse à la question « Qui suis-je ? », voilà la douleur la plus profonde.
Cinquième leçon, la plus profonde : le régime impérial n’a pas pris fin parce qu’un empereur était trop mauvais ou qu’une institution était mal conçue. Il a pris fin parce que la transition de phase vers « l’être humain est une fin » s’accélérait.
Le régime impérial repose sur un postulat : il existe un homme, l’empereur, qui a le droit de décider du destin de tous les autres. Ce postulat contredit directement l’idée que « l’être humain est une fin ». Si chaque personne est une fin, personne n’a le droit de se servir des autres comme de moyens. Pas même l’empereur.
Cette contradiction a existé pendant les deux millénaires du régime impérial. Divers mécanismes amortisseurs permettaient cependant de la gérer : le discours confucéen du gouvernement bienveillant, la voie d’ascension offerte par les concours, les contraintes que la théorie de la résonance entre le Ciel et les humains imposait au souverain. Ces amortisseurs atténuaient la contradiction. Ils ne la supprimaient pas.
Avec l’arrivée de la civilisation industrielle, cette contradiction s’est exacerbée de plus en plus vite. La civilisation industrielle a libéré les individus sur le plan économique, en leur permettant d’obtenir des ressources par le marché plutôt que par la cour. Elle les a libérés sur le plan du savoir, car l’imprimerie et l’éducation nouvelle soustrayaient les connaissances au monopole d’une minorité. Elle a ouvert de nouvelles possibilités politiques, le gouvernement représentatif démontrant qu’une société pouvait fonctionner sans empereur.
Lorsque les émancipations économique, intellectuelle et politique s’accélèrent en même temps, la transition de phase vers « l’être humain est une fin » devient impossible à contenir. Le régime impérial n’a pas été renversé, même si, en apparence, il y a bien eu un renversement. Il a été éliminé par la transition de phase. Son postulat fondamental est entré dans un conflit irréconciliable avec l’idée qu’un nombre croissant de personnes se faisaient d’elles-mêmes.
Le reste ne disparaît pas. Le reste accélère. Et cette accélération va dans le sens de l’émancipation du sujet.
Le prochain essai conclura cette série. Il nous conduira de la fin des Qing aux débuts de la République, de l’effondrement de l’empire aux affrontements entre seigneurs de la guerre, des efforts d’unification à la veille de la guerre de résistance contre le Japon. Après la fin du régime impérial, plusieurs projets de construction se disputent la même scène, au milieu des ruines. Chacun répond à la même question : une fois désinstallée la version 3.5, en service depuis deux mille ans, quel nouveau système d’exploitation la Chine doit-elle installer ? Nous reviendrons enfin à ceci : qu’ont démontré deux mille ans de cycles de taille et de construction ? Pourquoi le reste ne disparaît-il pas ? Ce n’est pas que la taille manque de tranchant, ni que la construction soit insuffisamment bonne. C’est que l’être humain est une fin, et qu’aucune construction ne pourra jamais étouffer ce fait pour toujours. La construction ne se clôt pas, parce que les êtres humains se développent. La taille ne s’arrête pas, parce que le reste accélère.
Cette édition française est une réécriture autonome destinée au lecteur francophone.