Rendre commensurable l’incommensurable
Le barème du décathlon ramène dix aptitudes différentes à un seul total. À chaque réécriture, il redistribue la valeur accordée aux corps et aux techniques.
Dans cet essai
- I. Une seule compétition et cinq totaux
- II. Un barème ne constitue pas une mesure
- III. Chaque réécriture redistribue les points
- IV. À force de révisions la ligne se courbe
- V. Combien de points mérite un athlète ? La question elle-même n’est pas unique
- VI. Des coefficients officiels dont personne ne sait retracer la naissance
- VII. Comment les autres sports ont contourné le problème
- VIII. Un registre dont le passé peut être réécrit
I. Une seule compétition et cinq totaux
À Stockholm, en 1912, les dix performances de Jim Thorpe au décathlon furent les suivantes : 11,2 secondes au 100 mètres, 6,79 mètres en longueur, 12,89 mètres au poids, 1,87 mètre en hauteur, 52,2 secondes au 400 mètres, 15,6 secondes au 110 mètres haies, 36,98 mètres au disque, 3,25 mètres à la perche, 45,70 mètres au javelot et 4 minutes 40,1 secondes au 1 500 mètres.
Voilà plus d’un siècle que ces dix nombres n’ont pas bougé. Ils renvoient à ce qui s’est réellement passé pendant ces deux journées. Les juges ont mesuré, inscrit les résultats, et ces résultats n’ont plus changé.
Ce qui a changé, c’est le total.
Avec le barème de 1912, ces dix performances donnent 8 412,955 points.
En les recalculant directement à l’aide des formules du barème de 1920, on obtient environ 7 751 points.
En consultant les valeurs imprimées dans les tables de 1934, environ 6 972 points.
Avec celles de 1950, environ 6 267 points.
Et avec le barème utilisé depuis 1985, selon les formules toujours en vigueur : 6 564 points.
La même compétition, le même homme, dix performances rigoureusement identiques. Le total descend de 8 412 à 6 267, puis remonte à 6 564. Plus de deux mille points perdus, puis une partie regagnée.
Remarquons que la courbe n’est pas monotone. Elle ne descend pas sans interruption, pas plus qu’elle ne monte : elle touche un point bas, puis repart à la hausse. Les réécritures de ces barèmes ne suivent donc pas une direction commune. Elles ne les rendent ni toujours plus sévères ni toujours plus généreux. Le barème de 1950 est le moins favorable à Thorpe ; celui d’aujourd’hui se montre un peu plus aimable avec lui. Chacun a ses préférences, mais aucune ligne continue ne les relie. Au fil de ces réécritures sans direction d’ensemble, le score historique d’un athlète monte et descend, comme une courbe que plusieurs mains déplaceraient tour à tour.
Pendant ce temps, l’athlète n’a rien fait. Il est mort depuis longtemps. Ces deux journées appartiennent au passé. Aucun de ces dix sauts, lancers ou courses ne peut être recommencé, et aucun n’a besoin de l’être. Ce n’est pas lui qui change. C’est la règle avec laquelle on calcule son total.
L’essai précédent le rappelait : aucun des nombres inscrits par cette construction n’est l’événement lui-même. Chacun est l’empreinte que l’événement laisse dans un registre après être passé par un dispositif particulier. La course de Hines donne 9,9 ou 9,95 secondes selon l’étoffe qui sert à la mesurer. Nous allons ici un cran plus loin. Le total du décathlon ne dépend plus de l’étoffe employée pour mesurer une performance, mais du barème employé pour convertir dix performances sans rapport entre elles en nombres d’une même espèce, puis les additionner. Or ce barème a été modifié cinq fois.
Commençons par prendre la mesure de l’écart entre ces cinq totaux. Entre 8 412 et 6 267, il y a plus de deux mille cent points. Au décathlon, c’est le genre d’écart qui peut séparer un champion olympique d’un athlète très loin de pouvoir rivaliser au plus haut niveau. Sauf qu’ici, il ne sépare pas deux athlètes : il sépare deux évaluations de la même compétition du même athlète. Autrement dit, changer de barème peut faire varier le score davantage que les différences réelles entre bien des concurrents. Le choix du taux de change pèse plus lourd que la performance elle-même.
II. Un barème ne constitue pas une mesure
Il faut d’abord préciser ce qu’est ce barème.
Ce n’est pas une mesure naturelle qui attendait qu’on la découvre. C’est un dispositif fabriqué par une instance dirigeante pour définir des équivalences entre des épreuves différentes. Quel progrès en course vaut combien de centimètres supplémentaires au saut en longueur ? La nature ne répond pas à cette question. Il n’existe aucun taux de change entre le 100 mètres et le saut en longueur. C’est le barème qui le fixe.
L’histoire officielle le montre sans ambiguïté : le barème a fait l’objet de travaux de commissions successives, de décisions de congrès, de remplacements d’un système d’équivalences par un autre. En 1983, à Prague, un groupe de travail l’a explicitement traité comme un dispositif à repenser en fonction d’objectifs définis : permettre les comparaisons, convenir à tous les niveaux, conserver à l’avenir une certaine stabilité.
Autrement dit, ses concepteurs ne l’ont jamais traité comme une vérité. Ils l’ont traité comme un outil. Un outil sert une fin. Que cette fin change, ou que change la manière de la comprendre, et l’on refait l’outil.
Dans les archives officielles, cette possibilité de modification recouvre au moins quatre choses différentes.
Premièrement, on peut changer les performances de référence auxquelles les points sont rattachés. La performance qui vaut mille points n’est pas immuable.
Deuxièmement, on peut changer la forme mathématique de la conversion. La fonction qui transforme une performance en points peut être linéaire, progressive, fortement progressive ; elle peut se courber dans des directions différentes selon les épreuves.
Troisièmement, on peut décider que le barème servira uniquement aux épreuves combinées, ou qu’il servira aussi, plus généralement, à comparer les performances d’une discipline à l’autre.
Quatrièmement, on peut changer le sens et l’intensité de la progressivité. Pour un même progrès de la performance, combien de points faut-il ajouter à bas niveau, combien à haut niveau ? Cela aussi se règle.
Quatre possibilités de modification, donc quatre occasions de réécrire. Le barème les a toutes exploitées.
Mises côte à côte, elles font apparaître une chose : presque rien, dans ce barème, n’est intouchable. On peut changer les performances de référence, la forme mathématique, le champ d’application et le sens de la progressivité. Que reste-t-il alors d’invariable ? Une coquille vide : le principe consistant à convertir les résultats de dix épreuves en points, puis à les additionner. Tout ce qui remplit cette coquille est un paramètre ajustable. Difficile de dire qu’un dispositif dont on peut changer les points d’ancrage, la forme, le champ et la direction mesure une grandeur objective. Il ressemble bien davantage à une convention que l’on peut reconfigurer indéfiniment.
Une version simplifiée, assez répandue, voudrait que les points du décathlon aient été fixés une fois pour toutes en 1912, sur la décision d’un homme. Elle est trompeuse. Les archives officielles racontent une succession de réécritures institutionnelles : en 1920-1921, en 1934, en 1950-1952, en 1962, en 1984, puis à travers quelques ajustements plus limités des tables.
Quant à savoir qui a conçu le premier barème, celui de 1912, aucune réponse certaine n’est disponible. Les formules de 1912 que l’on peut consulter donnent la méthode et les références, mais elles ne permettent pas d’identifier avec assurance un auteur unique. L’histoire officielle publiée par la suite décrit une proposition des organisateurs, une consultation d’experts et, au bout du processus, l’adoption d’un barème linéaire. La formulation la plus sûre est donc celle-ci : les organisateurs de Stockholm ont soumis la proposition initiale, consulté des experts et abouti à un barème linéaire qui a été adopté. Les sources de première main accessibles ne suffisent pas à attribuer avec certitude ces mathématiques à une personne précise.
Cette absence d’auteur est plus troublante qu’il n’y paraît. Le barème est la règle centrale de la discipline ; depuis plus d’un siècle, il décide du sort de chaque décathlonien. Et pourtant, on ne sait pas clairement qui l’a établi au départ. En face, les athlètes qu’il note ont tous un nom, des performances et des places consignés avec soin. La construction documente avec une précision extrême ce qu’elle mesure, mais reste vague sur ce qui fonde sa propre mesure. Cette asymétrie revient dans toute la série. Elle saute ici particulièrement aux yeux, puisque l’incertitude porte cette fois sur l’origine de la règle elle-même.
C’est la même sorte de lacune que celles rencontrées dans les essais précédents. Cette construction exige des pièces justificatives pour chaque performance, mais, s’agissant de l’auteur de son barème le plus fondamental, les pièces lui manquent.
III. Chaque réécriture redistribue les points
Pour voir le plus clairement possible ce qui change dans un barème, il suffit de fixer les dix performances d’un athlète et de faire varier le barème. C’est ainsi que l’on obtient les cinq totaux de Thorpe. Mais plus instructive encore que la variation du total est celle des scores de chaque épreuve.
Avec le barème de 1912, le saut en hauteur de Thorpe à 1,87 mètre rapporte 958 points, et ses 15,6 secondes au 110 mètres haies, 943 points. Deux énormes contributions dans ce système.
Que représentent ces 958 points en hauteur ? Faisons la conversion. Le barème de 1912 attribue mille points au record olympique de 1908 de chaque épreuve. Si les 1,87 mètre de Thorpe lui valent 958 points, c’est que, sur cette échelle linéaire, sa performance est déjà très proche du niveau du record olympique de l’époque. Les mêmes 1,87 mètre ne valent plus que 687 points aujourd’hui. La barre n’est pas devenue plus basse : c’est l’estimation du saut en hauteur au sein des dix épreuves qui a été revue à la baisse. Cette performance si proche du record de son temps s’échange contre moins de points. Elle n’a pas bougé ; son poids dans le total a diminué.
Avec le barème actuel, ces deux mêmes performances donnent donc 687 points en hauteur et 751 points sur les haies.
Mais c’est la perche qui encaisse la plus forte baisse. Les 3,25 mètres de Thorpe valaient 751,6 points en 1912. Les formules actuelles leur en accordent 418.
De 751 à 418. Toujours les mêmes 3,25 mètres. Plus de trois cents points en moins. Presque la moitié envolée.
La performance sportive n’a pas changé. C’est le dispositif de conversion qui a changé. Pour le barème de 1912, franchir 3,25 mètres à la perche valait quelque sept cent cinquante points ; pour celui d’aujourd’hui, cela en vaut à peine plus de quatre cents. Deux estimations du même saut, et l’une vaut presque le double de l’autre.
Laquelle est juste ? La question n’a pas de réponse, parce qu’aucune juste valeur objective n’attend ici d’être mesurée. Combien de points doit valoir un saut à la perche de 3,25 mètres ? Cela dépend du poids que le barème veut donner à la perche dans l’ensemble du décathlon. C’est un choix de politique sportive, pas un fait.
Ce mécanisme a une conséquence qu’il faut noter : il peut jouer dans les deux sens. Le total de Thorpe descend à son minimum, 6 267 points, avec le barème de 1950, puis remonte à 6 564 avec celui d’aujourd’hui. Une réécriture peut donc faire baisser le score d’une performance historique, mais aussi le faire monter.
On trouve aussi des exemples de hausse. Le décathlon qui a valu à Yang Chuan-kwang sa médaille d’argent olympique en 1960 représente 8 010 points dans un système de cotation ultérieur. Celui qui a donné le titre à Daley Thompson en 1984 valait 8 798 points avec le barème alors en vigueur ; les statistiques actuelles l’affichent à 8 847. Le même décathlon, un autre barème, quelques dizaines de points de plus.
Réécrire le barème ne revient donc ni à dévaluer systématiquement le passé ni à le revaloriser systématiquement. Cela revient à redistribuer. Chaque réécriture redistribue entre les dix épreuves les points qu’elles peuvent rapporter. Appliquée à une performance historique particulière, cette redistribution peut produire une hausse ou une baisse, selon les points forts de l’athlète à l’époque.
Thorpe était fort en hauteur et sur les haies. Or le barème actuel a précisément réduit la valeur attribuée à ces deux épreuves ; son total a donc baissé dans l’ensemble. Pour un athlète particulièrement fort au poids et au disque, le passage au barème actuel pourrait au contraire se traduire par une hausse. Chaque réécriture modifie discrètement les décathloniens auxquels l’histoire accorde le plus de valeur.
De là découle une conséquence inquiétante. Au terme de sa carrière, un athlète croit savoir quelle place il occupe dans l’histoire : il possède un total, comparable à ceux de ses prédécesseurs et de ses successeurs. Mais cette place n’est pas fixe. Quelques années plus tard, un changement de barème entraîne le recalcul de son score comme de tous les autres. Il peut monter ou descendre dans la hiérarchie historique sans rien pouvoir y faire ; peut-être est-il même déjà mort. Le nombre dans lequel se condense l’effort de toute une vie n’est pas un nombre qu’il peut verrouiller. Il appartient à ceux qui réécriront le barème après lui.
IV. À force de révisions la ligne se courbe
Ces cinq barèmes ne diffèrent pas seulement par leurs valeurs. Leur forme elle-même a été plusieurs fois bouleversée. Et ces changements de forme enregistrent une évolution de ce que la construction entend par équité.
Le barème de 1912 est linéaire. Dans chaque épreuve, le record olympique de 1908 vaut mille points. Toute performance supérieure ou inférieure s’écarte de cette référence selon une pente constante, vers le haut ou vers le bas.
Que signifie « linéaire » ? Quel que soit votre niveau, une même amélioration rapporte le même nombre de points. Passer de très mauvais à un peu moins mauvais rapporte autant que passer de très bon à encore meilleur.
Le barème de 1920 reste linéaire. Il remplace simplement les références de 1908 par les records olympiques de 1912, toujours fixés à mille points. On change le point d’ancrage, pas la forme.
Le barème de 1934 rompt avec la ligne droite. Issu de travaux finlandais, calculé par Ohls en 1931, utilisé en Finlande à partir de 1932, il est adopté par l’IAAF en 1934. Il est progressif et poursuit un principe : des performances de même valeur dans des épreuves différentes doivent rapporter autant de points.
Que signifie « progressif » ? Plus le niveau est élevé, plus une même amélioration rapporte de points. Gagner encore un tout petit peu au sommet vaut beaucoup plus que gagner ce même tout petit peu à bas niveau.
Pourquoi abandonner le linéaire pour le progressif ? Parce que l’on a compris que, selon les épreuves, la difficulté de progresser n’augmente pas au même rythme à mesure que le niveau s’élève. Le linéaire ne rendait pas compte de cette différence. La progressivité cherchait à rapprocher les points de la difficulté réelle.
Le barème de 1950-1952 conserve cette philosophie, mais l’accentue fortement. Une commission des tables de cotation est nommée en 1946, et la refonte est réalisée par les Suédois Holmér et Jörbeck. Ils portent le sommet de chaque table à mille cinq cents points, fixent à mille trois cents points une performance de référence essentielle pour établir les équivalences et tentent de remplacer une partie des jugements d’experts par des courbes empiriques, notamment celles des vitesses correspondant aux records du monde en course.
Arrive alors un tournant sur lequel il vaut la peine de s’arrêter. Le barème de 1962 réagit à la progressivité excessive du barème masculin de 1950-1952. Le nouveau barème masculin reprend un principe déjà utilisé chez les femmes : une progressivité modérée dans les courses, une dégressivité modérée dans les concours.
La dégressivité est l’inverse de la progressivité. Pour les sauts et les lancers, elle signifie que plus le niveau est élevé, moins une même amélioration rapporte de points.
Ainsi, en une trentaine d’années à peine, cette construction aura donné trois réponses différentes à la même question. Le linéaire dit : chaque pas vaut autant que les autres. Le progressif dit : plus haut on monte, plus le pas vaut cher. Et la dégressivité appliquée aux concours en 1962 dit : plus haut on monte, moins le pas vaut cher.
Aucune de ces trois réponses n’est fausse, car aucune ne répond à une question de fait. Elles répondent à une question de politique sportive : que veut-on récompenser ? Une polyvalence dont toutes les composantes recevraient leur part, ou la percée qui rapproche un athlète de la limite humaine dans une épreuve ? Selon la réponse, le barème ne prend pas la même forme. En une trentaine d’années, la construction a adopté trois positions successives. Et chaque changement de position a entraîné une nouvelle hiérarchie des totaux historiques.
On aperçoit là une propriété plus générale de cette construction. Beaucoup des problèmes qu’elle rencontre se présentent comme des problèmes techniques, qui demanderaient la bonne formule. Ce sont en réalité des questions de valeur, qui exigent de prendre parti. Or la différence est fondamentale : un problème technique admet des réponses justes ou fausses ; une question de valeur appelle un arbitrage. Lorsqu’une construction traite une question de valeur comme un problème technique, elle part à la recherche de la bonne formule. Cette recherche ne peut jamais aboutir : aucune bonne formule ne l’attend, seulement une série de choix dont chacun a un coût. Si le barème du décathlon est réécrit sans fin, c’est en partie parce qu’il cherche une bonne réponse qui n’existe pas.
V. Combien de points mérite un athlète ? La question elle-même n’est pas unique
Aujourd’hui encore, c’est le barème issu de la réécriture de 1984 qui commande les calculs. Et les critiques qui lui sont adressées mettent précisément au jour le fond du problème : il n’y a pas même d’accord sur ce que doit signifier « équitable ».
La refonte de 1984 est la réécriture décisive de l’époque moderne. Le groupe de travail demande un barème réservé aux épreuves combinées, des points comparables pour des performances comparables, une légère progressivité dans toutes les disciplines et un maintien à peu près inchangé des totaux du plus haut niveau mondial. Le congrès de Los Angeles adopte ces tables, qui entrent en vigueur en 1985.
Regardons bien comment ce groupe définit l’équité. Il ne la définit ni comme une égale rareté au sens statistique strict, ni comme un investissement égal dans l’entraînement, ni comme un coût physiologique égal. Sa définition relève davantage du compromis : des performances comparables doivent donner des scores comparables ; le barème doit convenir aussi bien aux débutants qu’à l’élite ; les données des spécialistes de chaque discipline doivent contribuer à sa conception, sans qu’une spécialité puisse écraser à elle seule toute l’épreuve combinée.
Or ce compromis a ensuite été accusé d’avoir perdu son équilibre.
La critique contemporaine la plus forte ne dit pas simplement que le barème de 1984 a vieilli. Elle dit qu’il est devenu déséquilibré. Certains travaux soutiennent que le système actuel est intrinsèquement instable : certaines épreuves, notamment la longueur, le 110 mètres haies et le 100 mètres, seraient structurellement favorisées, tandis que les lancers et le 1 500 mètres seraient sous-évalués. Le fond de cette critique est philosophique : un même score devrait représenter une difficulté véritablement comparable.
Le problème, c’est qu’il existe plusieurs façons incompatibles de définir cette difficulté véritablement comparable.
Voici les principales doctrines de l’équité qui s’affrontent dans les travaux consacrés à la question.
L’une demande une égale difficulté. Des performances aussi difficiles à atteindre dans des épreuves différentes doivent rapporter le même nombre de points.
Une autre demande une égale rareté. Des performances aussi rares dans des épreuves différentes doivent rapporter le même nombre de points.
Une troisième demande une égale valorisation de la polyvalence. Aucune épreuve ne doit dominer systématiquement le total ; les points doivent récompenser un athlète complet.
Une conception plus ancienne invoque encore une même loi d’entraînement : l’évaluation doit respecter une progression cohérente de la charge d’entraînement. Ses défenseurs reprochent aux conversions linéaires ou quasi linéaires de violer ce principe.
La littérature ne converge vers aucune de ces doctrines.
C’est le point le plus important de cet essai. Dans les précédents, on ne parvenait pas à attribuer une performance à ses causes, ou bien une valeur dépendait de l’étoffe utilisée pour la mesurer. Il s’agissait encore de questions claires auxquelles on ne trouvait pas de réponse certaine. Ici, on franchit un pas supplémentaire : la question elle-même n’est plus unique. Égale difficulté et égale rareté sont deux critères différents, qui produisent des barèmes différents ; la polyvalence en fournit un troisième, la loi d’entraînement un quatrième. Avant de dire si un barème est équitable, il faut choisir le sens que l’on donne à l’équité. Et aucun critère supérieur ne permet de trancher entre ces sens.
Insistons, car nous touchons là à l’une des racines de toute la série. Mesurer suppose que l’on sache clairement ce que l’on veut mesurer. On peut mesurer une longueur parce que l’on sait ce qu’est une longueur. Mais la chose que les épreuves combinées prétendent mesurer, le « niveau d’athlète complet », n’a pas cette clarté. Est-ce la difficulté moyenne des dix épreuves ? La rareté cumulée des dix performances ? Un équilibre sans spécialité privilégiée ? Ces candidats diffèrent entre eux, et aucun ne peut être désigné comme le véritable niveau d’athlète complet. La difficulté ne vient donc pas d’une mesure insuffisamment précise. Elle vient de ce que l’objet à mesurer n’est lui-même pas défini. La construction attribue des scores précis à une chose mal définie, et la précision masque l’absence de définition.
« Un même score doit représenter une difficulté véritablement comparable » : l’exigence semble claire. Mais elle abrite une question sans réponse : comparable en quel sens ? En 1984, la construction a retenu une définition de compromis. Elle ne l’a pas fait parce qu’elle avait trouvé la bonne réponse. Entre plusieurs critères dont aucun ne pouvait être démontré, elle devait en choisir un qui permette de fonctionner.
Elle devait en choisir un qui permette de fonctionner : voilà la clé du barème tout entier. La construction n’ignore pas qu’il existe plusieurs critères d’équité, et elle ne manque pas de moyens pour en débattre. Son problème est que, quel que soit celui qu’elle adopte, un autre permettra de lui reprocher une injustice. Elle ne peut pourtant pas renoncer à fournir un barème : pour que le décathlon ait lieu, il faut pouvoir en calculer le total. Elle ne trouve donc pas la bonne réponse. Parmi plusieurs solutions dont aucune ne repose sur un sol assuré, elle retient celle que chacun peut à peu près accepter et qui permet de continuer. Ce n’est pas un échec. Face à un problème sans solution, c’est la seule chose que puisse faire une construction tenue de fonctionner.
VI. Des coefficients officiels dont personne ne sait retracer la naissance
Les formules actuelles du décathlon masculin ont une forme pour les courses, une autre pour les concours. Elles comportent toutes un jeu de coefficients, et leur résultat est arrondi à l’entier inférieur.
Ces coefficients sont publics. Les trois coefficients de chaque épreuve sont imprimés dans les règles.
Mais il n’existe pas de dérivation officielle expliquant comment ils ont été obtenus.
On ne trouve aucune dérivation publiée par l’instance officielle qui permettrait de reconstruire, depuis le départ, chacun des coefficients du système de 1984 toujours en vigueur. Les chercheurs qui se sont ensuite penchés sur la question ont régulièrement signalé cette absence de dérivation transparente. Les coefficients sont officiels ; remonter intégralement le processus de leur fabrication reste, dans la documentation accessible, une entreprise largement opaque.
Soyons précis : cette opacité ne signifie pas nécessairement qu’on a voulu cacher quelque chose. Il est plus probable qu’un groupe de travail ait combiné une masse de résultats, des avis d’experts et quelques principes, puis procédé à des ajustements successifs. Or cette mise au point n’obéissait peut-être pas elle-même à une logique nette que l’on puisse écrire sous forme de formule. Il s’agissait d’un travail d’ingénierie, pas d’une déduction. Un résultat d’ingénierie peut être précis sans que sa fabrication laisse une voie entièrement reproductible. Volontaire ou non, l’opacité a toutefois le même résultat : ces règles qui gouvernent la discipline sont utilisables, mais on ne peut pas remonter jusqu’à leurs premiers principes.
Voilà une situation singulière, qui mérite qu’on la regarde pour elle-même.
Un barème gouverne toute une discipline. Chacun de ses nombres est public. N’importe qui peut les utiliser et calculer un score au point près. Mais ce sur quoi repose le choix de ces nombres n’est pas public ; ou plutôt, cela n’a jamais été intégralement consigné. La construction en est donc là : elle applique des règles précises dont elle ne sait pas elle-même expliquer clairement l’origine.
On retrouve quelque chose de l’affaire racontée dans le troisième essai. Le principe d’amateurisme s’était justifié par une Antiquité qui n’avait jamais existé, sans que le caractère fictif de cette Antiquité affaiblisse son pouvoir un seul jour. Ici, la situation est proche, mais plus subtile. Les coefficients n’ont pas une fausse origine : ils n’ont tout simplement pas d’origine mise par écrit. Le système fonctionne tout aussi précisément, décide tout aussi sûrement de l’issue de chaque décathlon et ramène tout aussi bien la perche de Thorpe de sept cent cinquante à quatre cents points. Les règles d’une construction peuvent être d’une précision incontestable, sans que personne sache expliquer jusqu’au bout pourquoi elles comportent ces nombres-là plutôt que d’autres.
Être précis et être fondé sont deux choses différentes. Le barème est extrêmement précis : l’écart en points entre deux performances se calcule sans ambiguïté. Mais cette précision ne signifie pas que les nombres reposent sur une justification dont on puisse remonter le fil. Elle signifie seulement qu’une fois ces nombres acceptés, aucun calcul ultérieur ne souffre d’indétermination. La construction recouvre son absence de fondement par sa précision, et ceux qui l’utilisent prennent souvent cette précision pour un fondement.
VII. Comment les autres sports ont contourné le problème
Le décathlon n’est pas le seul sport qui doive réunir des épreuves différentes pour comparer les concurrents. Regarder comment les autres s’y prennent permet de voir à quel point la voie qu’il a choisie est particulière.
Le pentathlon moderne procède autrement. Il conserve des points pour les premières épreuves, puis, au moment du laser-run final, transforme les écarts de points en écarts de départ. Le meneur part le premier ; ses poursuivants s’élancent ensuite à raison d’une seconde de retard par point de moins. La compétition s’achève donc par une course dont l’ordre d’arrivée attribue directement les médailles.
Le combiné nordique fait de même. La méthode Gundersen convertit les points du saut à ski en retards au départ du ski de fond. Pour les courses individuelles de cinq à quinze kilomètres, la conversion officielle est de quatre secondes par point. Là encore, c’est le premier passage de la ligne qui tranche, pas l’addition finale d’un tas de sous-scores hétérogènes.
Du point de vue du résultat, le triathlon évite pour l’essentiel le problème de mise en équivalence qui est au cœur du décathlon. Il ne convertit pas la natation, le cyclisme et la course à pied en unités de points séparées avant de les additionner. Les athlètes sont classés selon leur temps sur un parcours continu et leur ordre d’arrivée. Selon les règles, un athlète a terminé lorsqu’il a effectué le parcours et franchi la ligne ; le classement se fait selon les temps à l’arrivée.
Ces trois sports ont un trait commun : ils ne conservent pas indéfiniment l’hétérogénéité sous forme de points. Le pentathlon moderne et le combiné nordique traduisent les différences entre les épreuves en écarts de départ pour une poursuite finale, puis laissent une vraie course trancher. Le triathlon prend directement le temps cumulé. Dans les trois cas, les conversions aboutissent à une chose sur laquelle tout le monde s’entend : qui a passé la ligne en premier ?
Le décathlon n’a pas fait ce choix.
Il s’agit probablement moins d’un choix délibéré que d’un hasard de l’histoire. Le décathlon est né avant le chronométrage électronique et les mécanismes précis permettant d’organiser une poursuite. Convertir les performances en points puis les additionner était sans doute alors la seule méthode praticable. Quand d’autres sports ont ensuite développé la solution plus nette de la poursuite, le décathlon avait déjà des dizaines d’années de tradition comptable et une longue série de records et de classements exprimés en totaux. Passer à la poursuite aurait signifié abandonner toute cette histoire. Il a donc gardé ses points, non parce qu’ils étaient meilleurs, mais parce qu’il s’était trop engagé dans cette voie pour en revenir.
Il laisse l’hétérogénéité là où elle est et la traite au moyen d’une échelle abstraite de points appelée à durer. La longueur et le poids ne deviennent pas des secondes au sein d’une même course. Ils deviennent des points que l’on additionne, et leur somme est un nombre auquel ne correspond aucune course réelle.
La différence est fondamentale. Au pentathlon moderne, changer le barème change le nombre de secondes que chacun doit céder à l’autre dans la poursuite de cette compétition. Une fois celle-ci terminée, le barème a rempli son office pour cette fois. Il ne revient pas en arrière pour changer le nom du champion de l’édition précédente, puisque ce champion est celui qui a franchi le premier la ligne de cette poursuite-là. Ce fait est désormais fixé.
La comparaison fait apparaître un avantage de la ligne d’arrivée qu’un score abstrait n’aura jamais. Ce qui se passe sur cette ligne est un fait physique : le torse de quelqu’un a atteint le premier ce plan vertical. Une fois survenu, le fait ne peut plus changer ; il ne dépend d’aucune conversion ultérieure. Un total abstrait, lui, n’est pas un fait physique. C’est le résultat d’un calcul, et un calcul peut être refait. Attachez la victoire à un fait physique, elle se verrouille à cet instant. Attachez-la à un calcul, elle reste à jamais exposée à la possibilité d’être recalculée. Le décathlon a choisi cette seconde voie. Chacune de ses conclusions historiques devient dès lors révisable.
Au décathlon, un changement de barème peut revenir modifier les scores de toutes les compétitions du passé. Le résultat n’est pas un premier passage sur la ligne : c’est un total, produit par ce barème. Que celui-ci change, et tous les totaux historiques changent avec lui. Voilà d’où viennent les cinq totaux de Thorpe.
La singularité du décathlon tient donc à ceci : il a fait du barème de conversion lui-même la pièce centrale de sa constitution. Les autres sports se servent de la conversion comme d’un outil ponctuel, que l’on range après usage ; c’est la ligne d’arrivée qui décide vraiment du vainqueur. Le décathlon en a fait un registre permanent. Or les règles de tenue de ce registre peuvent être réécrites. Qu’elles le soient, et toutes ses anciennes entrées repassent au calcul.
VIII. Un registre dont le passé peut être réécrit
Rassemblons les fils de cet essai.
La construction se trouve face à un problème réellement insoluble. Entre le 100 mètres et le saut en longueur, il n’y a pas de taux de change. Ce n’est pas qu’on ne l’ait pas encore trouvé : il n’existe pas. Courir vite et sauter loin sont deux choses différentes. Aucun rapport objectif de conversion ne les attend dans la nature.
Le décathlon exige pourtant que l’on additionne ces deux choses pour obtenir un total. Il faut donc inventer un taux de change. L’inventer, pas le découvrir.
Ce taux de change inventé, c’est le barème. Parce qu’il est inventé, on peut le réinventer. Parce qu’on peut le réinventer, on l’a réinventé cinq fois. Et aucune de ces réinventions ne corrigeait une erreur : chacune remplaçait une politique par une autre. Telle version voulait récompenser la polyvalence, telle autre les percées exceptionnelles ; telle version accordait beaucoup de poids à la perche, telle autre beaucoup moins.
Nous retrouvons ici un motif qui traverse toute la série. Ce que le barème veut accomplir, c’est une clôture : donner aux dix épreuves incommensurables une commune mesure, sous la forme d’un total que l’on puisse comparer. Et il y parvient. On peut départager n’importe quels deux décathlons à partir de leur total. La clôture a bel et bien eu lieu.
Mais elle a un prix : elle repose sur un choix soustrait au regard. Si l’on peut calculer le total, c’est que quelqu’un a fixé un taux de change pour les dix épreuves, et que ce taux est un choix de politique sportive dépourvu de fondement objectif. La clôture tient à condition de ne pas demander pourquoi le taux est celui-là. Dès qu’on le demande, on découvre qu’il pourrait être autre. Et s’il était autre, tous les totaux, tous les classements, toute l’histoire seraient différents.
Le cinquième essai décrivait une sorte de reste : la construction accueillait une performance, puis découvrait que le nombre qu’elle avait inscrit contenait quatre choses impossibles à séparer. Ici, le reste est d’une autre sorte. La construction produit un total précis, mais ce total dépend d’un taux de change dont elle ne sait pas elle-même retracer clairement l’origine. Le total est précis, le taux de change est arbitraire. La précision du total repose sur l’arbitraire du taux ; ceux qui utilisent le total voient la première sans apercevoir le second sous leurs pieds.
Revenons à la nature de ce registre.
Dans le deuxième essai, la construction avait d’abord appris à ajouter. Personne ne lui avait appris à retrancher. Ici, les choses se compliquent. Le registre du décathlon peut non seulement recevoir de nouvelles entrées, mais aussi être recalculé rétroactivement. Un changement de barème suffit : sans toucher à la moindre performance, on transforme automatiquement tous les anciens totaux en nombres nouveaux. C’est une capacité que nous n’avions pas encore rencontrée : changer toutes les conclusions sans modifier aucune donnée d’origine.
La construction a toutefois choisi de ne pas exercer ce pouvoir jusqu’au bout. Elle n’a pas recalculé tous les décathlons de l’histoire avec le nouveau barème pour substituer juridiquement les nouveaux scores aux anciens. Dans les documents consultables, on ne trouve pas de procès-verbal de congrès où cette possibilité aurait été directement débattue. En pratique, les nouvelles tables ont servi à partir de 1985. Pour le passé, on conserve souvent les scores originaux tout en affichant, dans les récapitulatifs historiques, un score ajusté selon le barème actuel.
C’est une présentation parallèle de l’histoire, pas une substitution juridique intégrale.
Le décathlon de Thorpe possède donc aujourd’hui deux totaux côte à côte dans les registres. 8 412,955 : le score original calculé avec le barème de 1912. 6 564 : celui que donne le barème actuel. On ne supprime ni l’un ni l’autre. On les laisse l’un à côté de l’autre.
Ces deux nombres racontent deux histoires différentes. 8 412 dit quel extraordinaire athlète complet était Thorpe selon la conception de 1912 : dans presque toutes les épreuves, il approchait le niveau olympique de son temps. 6 564 dit ce que vaut la même compétition selon notre système d’évaluation actuel. Aucune des deux histoires n’est fausse. Elles reposent simplement sur des taux de change différents. Mais le lecteur venu après coup, devant ces deux nombres juxtaposés, ne peut pas découvrir dans les nombres eux-mêmes que leur écart provient entièrement du taux de change et non d’une différence de performance. Les chiffres cachent le taux et ne laissent voir que deux résultats apparemment contradictoires.
Voilà de nouveau les registres parallèles rencontrés dans le quatrième essai, et la structure qui fait coexister chronométrage manuel et électronique dans le sixième. Quand cette construction ne peut pas donner une expression unique d’une chose, elle ne choisit souvent pas entre les deux : elle les garde toutes les deux, côte à côte. Une compétition, deux totaux ; une course, deux lectures ; une épreuve, deux tables. Là où elle ne parvient pas à la clôture, elle ouvre deux colonnes.
Cette manière de faire est même l’un de ses gestes les plus caractéristiques dans toute la série. La clôture véritable est impossible, parce que ce qu’il faudrait clore n’a pas de réponse unique. Elle se rabat donc sur une autre solution : au lieu d’imposer une réponse seule, elle en aligne plusieurs et les laisse coexister. On peut y voir une forme d’honnêteté, l’aveu qu’elle ne saurait en consacrer une seule. Mais c’est aussi une esquive : le jugement qui restait à porter est abandonné au lecteur du registre. Les deux colonnes sont à la fois le lieu où la construction reconnaît l’absence de clôture et celui où elle en transfère le poids à autrui. Celui qui voit 8 412 et 6 564 côte à côte doit décider lui-même auquel se fier. La construction, elle, n’a pas à décider.
Revenons aux dix nombres qui n’ont jamais changé.
11,2 secondes au 100 mètres, 3,25 mètres à la perche, 4 minutes 40,1 secondes au 1 500 mètres. Voilà ce que Thorpe a réellement accompli : des performances précises, vérifiables, inchangées depuis plus d’un siècle. Le total qui réunit ces dix actes en un seul nombre, lui, a changé cinq fois, et il en reste encore deux affichés aujourd’hui. Les événements demeurent immobiles ; leur estimation n’a cessé de bouger. La construction sait enregistrer avec précision ce qu’un homme a fait. Elle ne sait pas dire une fois pour toutes ce que vaut chacun de ses actes.
Le constat peut s’étendre aux sept essais parcourus jusqu’ici. De la liste antique qui ne contenait que des noms à l’enregistrement des records, du tracé des conditions d’admissibilité à l’établissement de la mesure, de la conversion entre chronométrage manuel et électronique à ce barème qui donne une commune mesure à dix performances, les capacités de la construction n’ont cessé de croître. Ses inscriptions deviennent toujours plus précises, toujours plus fines. Une chose, pourtant, lui manque toujours : un critère qui n’exigerait aucun choix. Chaque fois qu’elle veut attribuer une valeur, elle doit commencer par une décision impossible à démontrer : quelle performance vaudra mille points, à quel progrès dans une autre épreuve équivaudra un gain de vitesse, quelle équité méritera le nom d’équité. Une fois ces choix faits, tout ce qui suit est d’une précision extrême. Mais aucun de ces choix ne repose sur un fondement objectif. Plus la construction devient précise, plus elle enfouit le choix sur lequel elle repose. Elle l’enfouit si profondément que ses utilisateurs croient y trouver un fait, alors qu’il n’y a là qu’une décision prise un jour.
La règle ne mesure pas encore juste. Elle continue de mesurer.