SAE · Théorie de l’action · Introduction
Devant une décision
Une affaire se présente. Personne ne décide à sa place, aucune règle toute faite non plus, et il ne veut pas se remettre entre d’autres mains. Cette série lui parle : ce qu’elle n’est pas, ce qu’elle ne choisit pas pour lui, ce qu’elle propose.
À qui ces essais s’adressent
Cette série s’adresse à une personne devant une décision. Une affaire se présente, personne ne décide pour elle, aucune règle toute faite ne le fait non plus, et elle ne veut pas se remettre tout entière à autre chose.
La dernière partie est décisive. Beaucoup préfèrent alors s’en remettre au supérieur, à l’habitude, à une formule ou au groupe. Ces essais ne les condamnent pas ; ils ne leur parlent simplement pas. Ils parlent à quelqu’un qui a déjà remarqué qu’il possède un soi qu’il pourrait remettre, et préfère ne pas le faire.
Nous regardons comment cette personne agit selon sa propre loi. Dans ce système, « sa propre loi » désigne toujours celle qu’une personne se donne et qui ne régit qu’elle-même. Même si celle d’un autre a exactement le même contenu, il y est arrivé lui-même. Je ne la lui ai pas donnée.
Une phrase traverse l’ensemble, que le deuxième essai dépliera : résister intérieurement à la colonisation, chercher extérieurement à soutenir l’épanouissement. Au-dedans, ne pas laisser les fins d’autrui remplacer sa loi propre. Au-dehors, aider la loi de l’autre à se déployer sans y substituer la sienne. On verra que ces deux moitiés sont une même chose regardée des deux côtés.
Ce texte placé en tête a été écrit en dernier. Ce n’est qu’après les neuf essais que l’on pouvait vérifier les engagements tenus. Il accomplit quatre tâches simples : dire ce que la série n’est pas et ne fait pas à la place du lecteur ; ce qu’elle offre et à qui ; reprendre les renvois reçus des séries précédentes ; enfin présenter chaque essai en une phrase.
Quatre choses qu’elle n’est pas
Ce n’est pas une méthode de réussite. Elle n’optimise pas l’efficacité pour atteindre un objectif déjà fixé. Aucun procédé n’y assure qu’une affaire aboutira. Il s’agit de la ligne qu’une personne trace dans une situation. Après cela, le succès lui échappe souvent.
Ce n’est pas une liste de comportements justes pour tout le monde. Aucun tableau n’associe une situation à ce qu’il faudrait y faire. Quand plusieurs manières d’agir apparaissent, le texte précise sur place qu’il ne s’agit pas d’une liste à reproduire.
Ce n’est pas un ordre de mobilisation adressé par l’histoire à l’individu. Le neuvième essai parle d’une transition de phase commune et longue : une direction vers laquelle on peut aller ensemble, non une fin supérieure autorisée à réquisitionner quelqu’un. Les petites choses d’avant — ne pas écrire le nom d’un collègue sur une liste, protéger une personne, travailler le bois sur son balcon — n’ont pas besoin de servir une grande cause pour compter.
Ce n’est pas non plus une démonstration selon laquelle il suffirait d’avoir le cœur bon pour ne plus examiner sa manière de traiter les autres. Reconnaître intérieurement les personnes comme fins ne signifie pas les traiter effectivement ainsi dans une affaire. La série revient sans cesse aux actes. Le texte fondateur du système énonce le minimum sans détour : ne pas mentir ; dire ce qu’on a fait et pour qui on l’a fait.
Quatre tâches qu’elle n’accomplit pas à la place du lecteur
Elle ne choisit pas son action. Quelqu’un fait face à une affaire ; on décrit cette place, sans choisir pour lui ni pour le lecteur.
Elle ne fournit pas de règles. Une règle peut entrer dans le jugement. Mais appliquer la règle à cette affaire ne peut pas être à nouveau accompli par une règle. Le premier essai pose ce point.
Elle ne fournit pas de critère garantissant la clôture. Aucun critère n’assure qu’en le suivant on saura nécessairement trancher, et trancher juste.
Elle ne juge pas si l’action précise du lecteur est juste. Elle parle de structures : elle peut relever une incompatibilité avec les prémisses déclarées ou une description fausse. Elle ne tranche pas la justesse de la conduite de quelqu’un dans cette affaire.
Pourquoi ne faire aucune de ces quatre choses ? Le texte fondateur ne pose qu’un lemme : « On ne peut pas ne pas se donner soi-même, et à soi seul, sa loi. » Il n’en ajoute pas un second : toute règle supplémentaire déduite du premier serait poussée de l’extérieur vers le lecteur et contredirait ce lemme. Faire une seule de ces quatre choses placerait la série à l’extérieur de la loi du lecteur.
Trois choses qu’elle propose
D’abord une idée : appliquer négation et reste à l’action. Décider, c’est nier ; après un jugement, certaines choses demeurent. Le premier essai commence à déployer cette idée.
Ensuite, la posture propre de l’auteur : un exemple que l’on peut remplacer. La série sur la loi morale l’avait dit de sa posture : elle est une position donnée par l’auteur dans sa situation, non une norme ni un précepte. Le lecteur est son propre législateur, libre d’en proposer sa version. Il en va de même ici.
Enfin, un ensemble d’impossibilités de ne pas faire, attachées à des conditions. Dire cannot not signifie ici : depuis une certaine position, cette chose ne peut être annulée. Ce n’est pas un ordre. La section suivante explique la position ; le premier essai, la manière dont les conditions s’y attachent.
Il faut aussi préciser une convention d’écriture qui engage une promesse au lecteur. Les textes sur le sens renvoyaient les questions de devoir vers la loi morale, la théorie des droits et celle de l’action. La part confiée à cette série est entièrement reprise sous la forme du ne-pas-pouvoir-ne-pas et du pouvoir faire ou ne pas faire, jamais sous celle d’un devoir prescrit. Le premier essai expliquera pourquoi.
Une prémisse, énoncée une fois
Une prémisse délimite cette série : soi-même est une fin, autrui aussi. Elle est énoncée une fois ici dans le texte principal ; chaque essai suivant n’y renverra que par une phrase.
Cette prémisse est déclarée, non démontrée ici. Autrui peut avoir sa valeur propre, sans qu’un tiers la lui donne. Les textes précédents en ont fait quelque chose que chacun doit reconnaître pour lui-même. Nous ne le refondons pas. La série ne vaut pas pour qui ne se tient pas sur cette prémisse ; elle ne cherche pas non plus à l’y convertir.
La prémisse ne garantit pas davantage que, dans chaque affaire, une personne traite effectivement les autres comme fins. Dans cette affaire précise, reste à voir si elle traite effectivement les personnes comme des fins. Le domaine annoncé ne remplace pas cette vérification.
Une position n’est pas un titre de supériorité. Se tenir là ne rend pas meilleur et n’accorde pas un certificat. On nomme les personnes d’après ce qu’elles font, sans leur coller une étiquette de niveau.
Les renvois à honorer et le parcours
Vingt-neuf points ont été explicitement confiés à la théorie de l’action par celles de la valeur, du sens et du conflit. Le préambule en rend compte publiquement, selon une règle que la théorie de la valeur s’est donnée : un renvoi vers un texte à venir est une dette ; il faut l’honorer, le réaffecter publiquement avec ses raisons, ou le retirer publiquement avec ses raisons. Seuls les textes publics comptent, pas les notes de préparation internes. Vingt-huit points sont repris dans les neuf essais. Le dernier, le dialogue avec l’éthique du care, a son adresse fixée dans le texte final de dialogue, où il est honoré.
La série précise aussi son rapport à la suite : elle dit d’abord pleinement l’action, que les deuxième et troisième Critiques viendront réexaminer. Elle n’anticipe pas ces deux critiques et ne parle pas moins parce qu’un examen viendra.
Un mot sur les exemples : les essais un à six suivent un homme qui prépare des rapports, dans une histoire quotidienne fictive destinée à exposer la théorie elle-même. Les essais sept à neuf ajoutent des événements historiques réels, tous antérieurs à l’an 2000. Ce sont des actes précis, pas des statues élevées aux personnes.
Les neuf essais, une phrase chacun. Le premier pose la forme commune : décider, c’est nier ; la règle ne peut juger à notre place. Le deuxième suit la sortie des règles d’autrui : ne pas accomplir d’abord les actes par lesquels on est colonisé ; reconnaître ensuite ce qu’on ne peut pas ne pas faire ; reconnaître enfin que la part de l’autre ne peut être posée que par lui. Le troisième examine ce que les apports extérieurs peuvent faire, leurs limites, l’incertitude réelle sur le caractère propre d’une préoccupation et le retour honnête sur ce qui a été fait. Le quatrième traite du corps, des émotions, des capacités, des habitudes et de l’hésitation : commencer, maintenir, interrompre ou changer une action, ne pas y parvenir cette fois, puis ne plus pouvoir du tout.
Le cinquième regarde la valeur propre qui se déploie dans le temps sans devoir prouver extérieurement son utilité. Le sixième porte sur la non-colonisation et l’épanouissement comme direction laissant nécessairement un blanc : ce que l’autre en reçoit est à lui. Le septième étudie compromis, discrétion, sortie, protection et résistance dans l’émergence, le renversement et l’établissement. Le huitième cherche l’autre qui vit sa loi propre : l’accord n’est pas l’identité, agir ensemble ne crée pas un seul sujet. Le neuvième fait de la transition de phase commune une direction partageable, non une réquisition ; veiller signifie empêcher que les personnes soient de nouveau réduites à des moyens. La série s’y clôt. Après les neuf vient encore un texte qui se place en dehors d’eux pour dialoguer avec les traditions existantes.
Source et note de lecture
Texte théorique d’origine : Qin, Han (2026), Ce que l’action n’est pas, préambule à la théorie SAE de l’action. self-as-an-end.net ↗ · DOI : 10.5281/zenodo.22970747