Qui prend la hache d’autrui se blesse
Lorsque la menace la plus lourde ne menace plus
Si les personnes ont été conduites à ne plus craindre la mort, comment les effrayer par la mise à mort ? La soie garde le verbe concret « tuer », repris par tout le chapitre. Le problème n’est pas une nature humaine indocile : l’ordre a été poussé jusqu’au point où les personnes n’ont plus assez de vie à protéger.
La menace est alors épuisée. La rendre plus violente ne restaure pas l’autorité ; elle révèle que l’on n’aurait jamais dû laisser la relation atteindre ce degré. Comme dans une famille ou une organisation, les ultimatums perdent leur force lorsqu’ils sont devenus le langage ordinaire.
Il existe une fonction chargée de tuer
Laozi n’est pas naïf : dans l’ordre ancien, une fonction déterminée porte la décision ultime. Il ne la divinise pas. C’est une place institutionnelle avec des procédures et une responsabilité, non l’incarnation de la volonté du ciel. Le danger est le franchissement de la limite.
Le manuscrit parle de celui qui s’est écarté ; une variante tardive en fait un être étrange, déplaçant le regard de l’acte vers l’identité. La nuance rejoint tout le commentaire : juger le mouvement et sa position, sans enfermer une personne dans le nom de déviant.
Ne pas remplacer le grand charpentier
Se substituer à la fonction de mise à mort ressemble à prendre la hache du grand charpentier. Peu de ceux qui le font évitent de se blesser la main. Le moyen extrême transporte un savoir, une limite et des conséquences que l’improvisateur ne reçoit qu’au moment où il frappe.
Ne pas franchir cette limite ne signifie pas se laver les mains de toute responsabilité. Il faut signaler, protéger, décider dans sa fonction et transmettre à la fonction compétente. Laozi ne dit pas « ne faites rien » ; il dit : ne confondez pas le sentiment d’avoir raison avec l’autorité de manier la hache. Celui qui la saisit reçoit aussi le dommage qu’elle peut produire.