Non DubitoEssays in the Self-as-an-End Tradition
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Commentaire Dazhi du Daodejing
Chapitre 43 · sur 81

L’eau traverse la pierre sans devenir dure

Qin Han (Dazhi) · Han Qin

Traverser n’est pas vaincre

Ce qu’il y a de plus souple sous le ciel « galope » à travers ce qu’il y a de plus dur. Laozi n’emploie pas le verbe vaincre. L’eau ne bat pas la pierre dans un duel ; elle suit son contour, entre dans ses fissures, goutte et recommence. À la fin, la matière la plus tendre a ouvert un passage dans la plus ferme sans avoir adopté sa rigidité.

Le dur possède une forme nette, donc une frontière où l’on peut le frapper. Ce qui n’a pas de forme fixe entre là où aucune ouverture n’était visible, parce qu’il peut devenir la forme du passage. La souplesse n’est pas moindre intensité : elle est une plus grande variété de réponses.

Du phénomène au non-agir

Les manuscrits gardent un « c’est pourquoi je sais » que la tradition abrège. Laozi tire explicitement une conclusion : parce que le souple traverse le dur et que le sans-forme entre dans l’absence d’intervalle, je sais l’utilité du non-agir. Celui-ci n’est donc ni croyance mystique ni passivité, mais inférence depuis une expérience observable.

Ne pas forcer veut dire ne pas ajouter la pose « cela doit céder à ma forme ». Dans un conflit, la souplesse cherche ce que la coque adverse protège ; dans une impasse, elle recule pour voir le terrain entier ; devant un obstacle, elle essaye une autre voie, attend une montée des eaux ou demande de l’aide. Elle change de méthode sans abandonner le mouvement.

Un enseignement sans pression

Laozi rapproche cette puissance de « l’enseignement sans paroles ». Une conduite peut faire voir ce qu’un sermon ne transmet pas. Le maître ne remplit pas l’élève d’une règle ; il crée une expérience dont la compréhension pourra sourdre. Comme l’eau, son influence passe sans fracasser la frontière personnelle.

Peu de gens, dit-il, atteignent ce point. La phrase ne méprise pas la majorité ; elle reconnaît la difficulté de ne pas répondre au dur par plus dur. La douceur est exigeante : elle demande d’observer assez longtemps pour distinguer la forme de l’obstacle, de supporter un effet lent et de renoncer au spectacle de la victoire.