Non DubitoEssays in the Self-as-an-End Tradition
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Commentaire Dazhi du Daodejing
Chapitre 11 · sur 81

Laisser de la place

Qin Han (Dazhi) · Han Qin

Trois objets, une même leçon

Trente rayons convergent vers le moyeu, mais c’est l’espace central qui permet à la roue de tourner. On façonne l’argile, mais c’est la cavité qui fait du vase un récipient. On perce portes et fenêtres, et l’espace intérieur rend la maison habitable. Le chapitre ne proclame pas la supériorité mystique du vide sur la matière : chacun des trois objets a besoin simultanément de la forme pleine et de l’ouverture.

Sans rayons, pas de roue ; sans centre libre, pas de rotation. Sans paroi, pas de vase ; sans cavité, rien à recevoir. Le vide n’est donc ni néant ni défaut. C’est une place déterminée, bordée et volontairement non occupée. Sa précision fait partie de l’objet autant que ce qui le remplit.

Le vide appartient au projet

On pense souvent à ménager de l’espace après avoir trop rempli : retirer des réunions d’un agenda saturé, simplifier une interface encombrée, dégager une pièce. Laozi inverse l’ordre. La place libre doit être décidée au moment même où le construct se forme. Elle n’est pas une réparation ultérieure, mais l’une de ses composantes.

Une architecture logicielle qui ne laisse aucun point d’extension, une institution qui règle à l’avance tous les cas, une relation où chaque silence doit être interprété sont des formes sans cavité. Elles paraissent complètes mais ne peuvent plus accueillir leur propre reste. La qualité d’un construct se mesure aussi à ce qu’il a choisi de ne pas occuper.

Deux fonctions positives

Le texte distingue la forme, qui procure la prise et l’usage, de l’absence, qui permet le fonctionnement. Dans le mot ancien correspondant à « utilisation », ces deux dimensions restaient sensibles. Réduire la formule à « l’être donne le profit, le non-être donne l’utilité » risque de réinstaller une hiérarchie et de faire du plein un moyen inférieur.

Or les deux sont actifs. La structure oriente ; l’ouverture rend possible. Accompagner quelqu’un ne consiste donc pas à s’effacer entièrement, pas plus que bâtir une maison ne consiste à supprimer les murs. Il faut donner assez de forme pour soutenir et assez de vide pour que l’autre puisse habiter. Le non-agir est cet art de construire avec une réserve intérieure.