Non DubitoEssays in the Self-as-an-End Tradition
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Cycle Ciseau–Construct · Athlétisme · Réécriture française
Essai 14 / 23

Il faut classer pour fonctionner

En soixante ans, les critères d’admission dans la catégorie féminine ont changé à plusieurs reprises. Le recours de World Athletics au test du gène SRY, en 2025, le montre avec une netteté nouvelle : classer ne consiste pas à découvrir une frontière naturelle, mais à choisir une frontière institutionnelle.

Han Qin (秦汉)
Dans cet essai

I Une décision à prendre avant la course

Avant qu’une épreuve féminine puisse commencer, il reste une chose à faire. Les organisateurs doivent décider qui peut entrer dans cette catégorie.

Cette décision ne peut pas attendre la fin de la compétition. L’inscription en dépend, le contrôle avant le départ aussi, tout comme l’homologation des records et l’attribution des médailles. Avant même le coup de pistolet, chaque personne présente sur la ligne de départ a déjà été déclarée en droit de s’y trouver. La catégorie féminine est d’abord une classification d’admissibilité, avant d’être un fait physiologique : une décision binaire, applicable, qui doit être rendue avant l’épreuve.

Cet essai porte sur cette décision et sur la ligne qui lui sert de fondement, déplacée à maintes reprises en soixante ans.

Dans le treizième épisode, la construction se trouvait devant un fait physiquement inexistant, cet athlète pourvu de membres biologiques, et se repliait sur la répartition de la charge de la preuve. Ici, le problème est voisin, mais différent. La construction n’a pas devant elle un fait inexistant. Elle doit procéder à une classification. Or le critère sur lequel elle s’appuie prend place dans une réalité physiologique continue, faite de distributions qui se chevauchent et de facteurs multiples, que l’on ne peut pas partager nettement.

Il faut d’abord préciser ce que cet essai entend faire, et ce qu’il ne fera pas.

Il ne dira pas qui a raison. Il ne donnera pas la véritable définition de la femme : aucun essai ne pourrait la fournir, et aucun tribunal arbitral ne l’a jamais donnée. Il entend consigner un fait établi : en soixante ans, les critères chargés de répondre à la question « Qui peut entrer dans la catégorie féminine ? » ont connu au moins sept grandes étapes. Cette histoire est faite de substitutions répétées. On n’y trouve pas simplement une mesure toujours plus précise du critère précédent, mais des changements de ce que l’on choisit de mesurer.

Ce constat, en lui-même, n’impose aucune prise de parti. Quelle que soit la position que l’on défende, ces sept étapes de l’histoire des critères peuvent être vérifiées. Et c’est précisément ce fait qui donne à voir la situation de la construction dont il sera question ici.

Poser cela d’emblée importe, car toute la mesure de cet essai se joue là. On peut être fermement convaincu que la catégorie féminine doit avoir des frontières explicites. On peut être tout aussi convaincu que la frontière actuelle passe au mauvais endroit. Ni ces deux positions, ni les nombreuses positions intermédiaires, ne seront départagées ici. Ce qui nous intéresse n’est pas de savoir quelle frontière est juste, mais de regarder la difficulté que rencontre la construction chaque fois qu’elle en trace une : il lui faut une décision binaire, claire, applicable avant la compétition, alors que chacun de ses critères provient d’une réalité physiologique qui ne se partage pas elle-même en deux moitiés bien distinctes. Cette difficulté vaut pour toutes les positions.

II Sept étapes dans l’histoire des critères

Commençons par dérouler cette histoire des substitutions. Elle constitue le socle de cet essai.

Vers 1966, certaines compétitions internationales expérimentent des examens visuels, physiques ou gynécologiques pratiqués par des médecins. Le critère retenu est l’apparence du corps.

En 1967, l’athlétisme international commence à utiliser le test de la chromatine sexuelle, autrement dit la recherche du corpuscule de Barr. On prélève des cellules de la muqueuse buccale pour y chercher la chromatine formée par un chromosome sexuel inactivé. Le critère passe de l’apparence extérieure à un marqueur chromosomique présent dans la cellule.

Dans les années 1990, le Comité international olympique adopte l’amplification en chaîne par polymérase, ou PCR, pour détecter des séquences propres à un chromosome sexuel. La cible est généralement une séquence génétique intervenant dans la détermination du sexe, ou une autre séquence d’ADN spécifique. Le critère n’est plus la chromatine sexuelle, mais une séquence génétique particulière.

En 2011, la Fédération internationale d’athlétisme publie un règlement sur l’admissibilité des femmes présentant une hyperandrogénie. À la séquence génétique succède le taux de testostérone sérique, accompagné d’une évaluation de la sensibilité aux androgènes.

En 2018, le règlement est recentré sur certaines différences du développement sexuel. Il vise des situations précises, énumérées dans le texte, auxquelles doivent s’ajouter un taux de testostérone sérique égal ou supérieur à un seuil et une sensibilité suffisante aux androgènes. Le critère se resserre : d’une testostérone élevée en général, on passe à une catégorie particulière de situations corporelles.

En 2023, le plafond de testostérone est encore abaissé, et le champ du règlement s’étend d’un nombre limité de courses à l’ensemble des épreuves des compétitions comptant pour le classement mondial. Au même moment, les règles concernant les athlètes transgenres ne se fondent plus seulement sur le nombre d’années de suppression de la testostérone : elles prennent en compte le fait d’avoir ou non connu une puberté masculine. L’histoire du développement entre dans les critères.

En 2025, World Athletics revient à la détection de cette séquence génétique, au moyen d’un test à effectuer une seule fois, et remplace l’ancien dispositif qui traitait séparément les différences du développement sexuel et les athlètes transgenres. Le critère a bouclé la boucle : il revient à une séquence génétique. Mais celle-ci sert désormais de dépistage préalable unifié, réalisé une fois pour toutes.

L’apparence, la chromatine sexuelle, une séquence propre à un chromosome sexuel, la testostérone sérique, certaines différences du développement sexuel, la puberté masculine, puis le retour à la séquence génétique. Sept étapes, au cours desquelles l’objet du contrôle change, quitte à revenir à un objet antérieur pour lui confier une fonction nouvelle.

Il faut relever ici un point qui passe facilement inaperçu. Ces sept étapes ne racontent pas le perfectionnement continu d’un seul et même test. Mesurer toujours plus précisément la même chose, voilà ce que serait un perfectionnement. Mais, dans les substitutions qui jalonnent cette histoire, c’est la chose mesurée qui change. L’apparence n’est pas la chromatine ; la chromatine n’est pas la testostérone ; la testostérone n’est pas l’histoire de la puberté. Dire que « la catégorie féminine a toujours existé » est donc exact, mais cela ne revient pas à dire que « la définition scientifique de l’admissibilité féminine est restée la même ». La catégorie demeure. Les critères sont remplacés. Et ces remplacements portent sur l’objet, pas seulement sur la précision.

La distinction a une conséquence pratique qui mérite qu’on s’y arrête. Si ces sept étapes correspondaient à une mesure toujours plus fine du même objet, le dernier critère devrait être une version améliorée de tous les précédents : il mesurerait encore la même chose, mais mieux. Or ce n’est pas ce qui se passe. Le nouveau dépistage génétique ne mesure ni la testostérone avec plus de précision, ni la chromatine avec plus de finesse. Il recherche autre chose : la présence ou l’absence d’une séquence génétique. Il ne perfectionne pas le critère de la testostérone, il le remplace. Si, un jour, le critère génétique cède à son tour la place à un autre, ce sera encore une substitution, et non une amélioration de la mesure du gène. Cette construction n’avance pas toujours plus loin sur le même chemin. Elle change régulièrement de chemin.

Nous retrouvons ici, sous une forme plus aiguë, le problème de la table de cotation du décathlon étudiée au septième épisode. Là, une même question, celle de la conversion entre épreuves, avait reçu cinq réponses différentes. Ici, une même question, celle de savoir qui compte comme femme, traverse sept configurations successives des critères. Mais la table modifie une règle de conversion. Ici, ce qui change est le fondement même de la porte d’entrée : ce qui décide si une personne pourra ou non concourir.

III Aucun critère ne mesure directement ce qu’il cherche à établir

L’examen des limites scientifiques de chaque critère fait apparaître une constante : aucun ne mesure directement la chose qu’il s’agit, au fond, de déterminer.

Cette chose, selon les défenseurs du règlement, est la suivante : dans une épreuve donnée, une athlète possède-t-elle un avantage compétitif suffisamment important, issu de l’action des androgènes au cours d’une puberté masculine ?

Or chacun des critères mesure autre chose.

Le test du corpuscule de Barr recherche la présence visible, dans une cellule, d’un chromosome sexuel inactivé. Il ne mesure ni les capacités sportives, ni la fonction des gonades, ni l’action des androgènes. Certaines femmes dépourvues de corpuscule de Barr peuvent être déclarées inadmissibles à l’issue du premier dépistage. Certaines personnes qui en possèdent un, mais ont subi une action androgénique importante, peuvent au contraire passer le test. Celui-ci n’établit de manière fiable ni le fait d’être une femme, ni l’existence d’un avantage sportif. Un article de recherche paru en 1991 estimait que ce type de dépistage pouvait exclure injustement environ une athlète féminine sur 504.

La PCR détecte la présence ou l’absence d’une séquence génétique précise. Elle est plus directe que la recherche du corpuscule de Barr, mais ne permet toujours pas, à elle seule, de savoir si cette séquence s’exprime normalement, si le corps répond aux androgènes, quelles transformations du phénotype se sont produites à la puberté, ni quel avantage en résulte dans une épreuve donnée. Elle augmente la sensibilité de la détection d’un fragment d’ADN. Elle ne résout pas la question du passage de ce résultat à l’admissibilité. Aux Jeux olympiques d’Atlanta, en 1996, 3 387 athlètes féminines ont été testées. Huit résultats initiaux ont nécessité un examen complémentaire. Les huit athlètes ont finalement été autorisées à concourir. La détection de matériel propre à ce chromosome sexuel n’a donc pas été assimilée à une exclusion certaine.

La testostérone semble plus proche du mécanisme physiologique, mais elle n’en constitue pas davantage un indicateur complet. Elle ne mesure directement ni la réponse musculaire aux androgènes, ni le développement pubertaire, ni la performance dans une épreuve précise. Une analyse de prélèvements effectués après compétition chez 693 athlètes de haut niveau a d’ailleurs montré que, dans certaines conditions de mesure et avec certains seuils, les distributions des taux de testostérone des hommes et des femmes pouvaient se chevaucher. Cela réfute l’affirmation absolue selon laquelle les valeurs sériques mesurées une seule fois chez tous les hommes et toutes les femmes ne se recoupent jamais. Mais cela ne dit pas, à soi seul, quelle est la réponse aux androgènes, l’histoire pubertaire ou l’avantage sportif de chaque personne située dans la zone de recoupement.

La séquence génétique est le critère le plus récent, et c’est avec lui que la dissociation entre le test et l’avantage apparaît le plus nettement. Le premier filtre du nouveau règlement consiste à rechercher cette séquence dans l’échantillon. Il ne mesure pas la testostérone actuelle d’une athlète et n’estime pas son avantage individuel. Le test peut déterminer avec une très grande exactitude si la séquence cible est présente. Cette exactitude ne lui donne pas pour autant la même capacité à estimer une performance sportive. Le règlement doit d’ailleurs prévoir une exception en cas d’insensibilité complète aux androgènes. C’est bien la preuve que la présence d’un marqueur génétique et l’action fonctionnelle des androgènes ne se correspondent pas terme à terme.

Les critères mobilisés au fil de ces sept étapes ont donc un trait commun. Ils portent sur quelque chose que l’on peut observer ou mesurer clairement : une apparence, de la chromatine, un gène, une hormone. Mais aucun ne mesure directement ce qu’il doit permettre de décider : l’existence d’un avantage compétitif suffisamment important dans une épreuve précise. Chacun est un indicateur de substitution. Une chose mesurable en remplace une autre qui se laisse difficilement mesurer. Et entre cet indicateur et ce dont il tient lieu subsiste un fossé qui n’a jamais été franchi.

Ce fossé ne tient pas simplement à une science encore insuffisamment développée. Sa raison d’être est plus structurelle. L’objet de la décision, un avantage compétitif suffisamment important dans une épreuve donnée, n’est pas lui-même une grandeur unique qu’une seule mesure pourrait saisir. Il résulte de l’action conjointe de nombreux facteurs : le développement pubertaire, la réponse musculaire aux hormones, la structure du squelette et de l’appareil cardiorespiratoire, puis la manière dont tout cela se traduit en performance dans une discipline particulière. Qu’il porte sur l’apparence, les gènes ou les hormones, un critère ne saisit qu’un maillon de cette longue chaîne. Faire tenir la chaîne entière dans un seul maillon, c’est nécessairement en laisser d’autres de côté. L’arrivée d’un meilleur test ne suffira donc pas à combler ce fossé. Il tient à la nature composite de l’objet à déterminer.

IV Cette ligne n’a jamais été le résultat d’un calcul

À l’époque où la testostérone servait de critère, ce fossé prenait la forme d’une question très concrète : comment avait-on fixé le seuil ?

Le règlement de 2011 ne convertissait pas un pourcentage donné d’avantage en une valeur numérique unique rendue publique. Il prenait pour frontière de base la plage normale des valeurs masculines, puis y ajoutait l’appréciation de la sensibilité aux androgènes. Le seuil venait donc d’intervalles de référence cliniques et de catégories, non d’un calcul établissant combien de secondes permettait de gagner chaque unité supplémentaire de testostérone.

Le règlement de 2018 fixait, lui, une valeur précise. La Fédération internationale d’athlétisme la présentait comme une limite applicable, nettement supérieure au taux de l’immense majorité des femmes sans différence du développement sexuel, mais inférieure à la plage masculine habituelle. Cette limite devait ménager une marge pour les erreurs de mesure et les fluctuations individuelles. Dans le dossier arbitral, les experts situaient les femmes sans syndrome des ovaires polykystiques dans une plage très basse, et les hommes dans une plage beaucoup plus haute. La valeur retenue n’était ni la moyenne des deux groupes, ni le résultat mathématique de la taille d’effet observée dans l’étude des compétitions.

C’est le point central de cette section. Aucun modèle dose-réponse public ne démontre qu’au-dessus de cette valeur apparaît nécessairement un avantage d’au moins un certain pourcentage, alors que juste en dessous cet avantage n’apparaîtrait pas. Les experts de la partie requérante ont expressément soulevé cette objection au cours de l’arbitrage. L’institution a répondu en invoquant surtout les intervalles de référence, la physiologie des androgènes et la possibilité d’appliquer administrativement la règle. On peut donc expliquer le seuil comme une frontière normative et clinique. On ne peut pas le présenter comme une valeur exactement déduite d’effets allant d’un peu plus de 1 % à un peu plus de 4 %.

En 2023, la valeur a encore été abaissée. L’explication officielle présentait le nouveau seuil comme plus proche de la borne supérieure de l’intervalle féminin habituel. Le règlement public précisait les obligations et les délais. Il ne fournissait pas de calcul reliant, point par point, ce nouveau taux à un pourcentage déterminé d’effet sur les performances. Aucun modèle public n’expliquait non plus pourquoi toutes les épreuves d’athlétisme devaient adopter exactement la même valeur hormonale.

En 2025, avec le passage à la séquence génétique, le problème demeure sous une autre forme. L’exactitude du test est une exactitude analytique : il répond avec précision à la question de la présence de cette séquence. Mais il ne dit toujours pas quelle relation quantitative relie sa détection à un avantage précis dans une épreuve donnée. Le critère est passé d’une valeur hormonale continue à la présence ou à l’absence d’un gène. Le calcul de la taille de l’effet manque toujours. À aucun moment cette lacune n’a été comblée.

C’est le même fil que dans les épisodes précédents. Au septième, aucune dérivation complète des coefficients de la table du décathlon n’était rendue publique. Au douzième, la limite des quarante millimètres pour les chaussures de course ne s’accompagnait d’aucune dérivation publique. Au treizième, l’avantage net global des prothèses était un critère juridique appliqué aux preuves, et non une variable directement mesurée. Ici, aucun des seuils de testostérone n’a été calculé à partir d’une taille d’effet.

Quatre endroits, quatre lignes précises. Et pour chacune, impossible d’établir pourquoi c’est exactement là qu’elle doit passer. Il ne s’agit pas de la négligence d’une institution particulière, mais de la condition commune de ces frontières. Ce qu’elles doivent séparer est continu. Il n’existe aucun point de rupture naturel où tout deviendrait soudain inacceptable après avoir été acceptable. Dans un continuum, toute ligne est nécessairement une coupure que l’on pratique. Une telle coupure peut s’expliquer. Elle peut se défendre. Elle ne peut pas se démontrer.

V Un écart collectif qui ne se distribue pas entre les individus

Cet essai ne tranchera pas. Mais s’abstenir de trancher ne dispense pas d’exposer les arguments les plus forts des deux camps. Cette section et la suivante placent côte à côte les meilleurs arguments des défenseurs du règlement et de ses adversaires, sans arbitrer entre eux.

Partons d’un fait que les deux camps reconnaissent, mais dont ils font des usages opposés.

Dans la plupart des épreuves de force, de vitesse et d’endurance, l’écart de performance entre hommes et femmes au niveau de l’élite adulte est de l’ordre de 10 à 12 %. Les défenseurs du règlement voient dans les transformations de la masse musculaire, de l’hémoglobine, du squelette et de l’appareil cardiorespiratoire induites par la testostérone à la puberté l’un des principaux mécanismes de cet écart. Cet écart collectif est le fondement empirique central de la création d’une catégorie féminine.

Ce constat est le point de départ commun des deux raisonnements. Il comporte cependant une limite essentielle, admise des deux côtés : pris isolément, l’écart entre les groupes ne prouve pas directement qu’une femme en particulier dispose d’un avantage de 10 à 12 %.

Le groupe et l’individu sont deux choses différentes. Un écart moyen de 12 % entre deux groupes ne signifie pas que chaque membre de l’un soit 12 % plus rapide que chaque membre de l’autre. Les distributions se chevauchent, les individus sont dispersés. Entre un écart collectif solidement établi et l’avantage d’un individu précis, il reste donc un pas à franchir. Le chiffre collectif ne peut pas, à lui seul, le franchir.

Voyons maintenant ce que chacun des deux camps fait de ce pas manquant.

Les défenseurs du règlement disent : c’est précisément parce qu’il est impossible de tester chaque athlète pour chiffrer exactement son avantage personnel qu’il faut recourir à une règle de catégorie administrable. L’admissibilité exige, avant la compétition, une décision binaire et applicable. Les variables scientifiques, elles, sont souvent continues, se chevauchent et ne fournissent que des indicateurs imparfaits. Toute frontière produit des cas limites. L’institution soutient donc qu’un règlement n’a pas à démontrer que chaque personne concernée possède exactement le même avantage à chacune de ses compétitions. Il lui suffit d’établir que le critère de substitution retenu à l’échelle de la catégorie est raisonnable, les preuves suffisantes et la procédure cohérente.

Les adversaires du règlement répondent : on ne peut pas attribuer directement à une femme en particulier l’écart global entre hommes et femmes. La testostérone sérique ne représente entièrement ni la réponse musculaire, ni le développement pubertaire, ni la performance propre à une épreuve. Les échantillons d’athlètes présentant des différences du développement sexuel sont, de surcroît, extrêmement restreints. Les principales études sont observationnelles, ou ont été menées sur des populations qui ne présentent pas ces différences. Le règlement devrait démontrer que la caractéristique qu’il encadre produit un avantage suffisamment important, suffisamment propre à l’épreuve et suffisamment reproductible. Il ne devrait pas extrapoler à partir de données masculines générales.

Les deux arguments partent du même fait : cet écart collectif de 10 à 12 %, assorti de l’impossibilité de le répartir entre les individus. Et de ce même fait, ils tirent des conclusions contraires. Pour les uns, puisqu’on ne peut pas mesurer l’individu, il faut passer par la catégorie. Pour les autres, puisqu’on ne peut pas mesurer l’individu, on ne peut pas l’exclure au moyen d’une catégorie construite par extrapolation à partir du groupe.

Cet essai ne décide pas lequel de ces deux raisonnements est juste. Chacun se tient. Chacun constitue une réponse différente à la même limite.

Pour comprendre pourquoi cela importe, remarquons ce qui n’est pas en débat : l’existence de l’écart collectif. Les deux camps acceptent les 10 à 12 %. Leur désaccord porte sur ce qu’il convient de faire lorsqu’un fait collectif établi ne peut pas être attribué à des individus précis. L’un répond : rabattons-nous sur la catégorie, puisque l’individu ne peut pas être mesuré et que seule la catégorie permet une décision applicable. L’autre répond : on ne peut justement pas exclure l’individu par la catégorie, car sa situation réelle peut être très éloignée de la moyenne du groupe. Ce sont deux manières de traiter l’incertitude, et non deux versions incompatibles des faits. Le désaccord ne se situe pas au niveau de la science. Il se situe au niveau où, une fois épuisé ce qu’elle peut dire, il faut encore décider. Et aucune science supérieure ne vient trancher à ce niveau-là.

VI Des preuves qui ne coïncident pas avec la règle

Sur les preuves scientifiques concrètes, la divergence est tout aussi nette. Et l’un des points de désaccord constitue le noyau le plus solide de cet essai.

L’étude centrale invoquée à l’appui du règlement est une analyse publiée en 2017. Elle porte sur plus de deux mille observations d’athlètes lors de deux éditions des championnats du monde d’athlétisme. Hommes et femmes y sont répartis séparément en groupes selon leur testostérone libre, puis leurs performances sont comparées. Dans l’échantillon féminin, le groupe aux taux élevés devance le groupe aux taux faibles, dans plusieurs épreuves, d’un peu plus de 1 % à un peu plus de 4 % environ.

Il s’agit d’une analyse observationnelle de données de compétition, non d’un essai randomisé. Elle a suscité plusieurs types de critiques.

La première série concerne la qualité des données. Des chercheurs qui ont réexaminé les données publiques ont relevé des doublons, des performances impossibles ou erronées, ainsi qu’un manque de transparence dans les corrections. Le dossier arbitral indique aussi qu’une proportion importante des athlètes apparaît aux deux éditions des championnats, que certains échantillons n’ont pas pu être classés et que le facteur du dopage n’a pas fait l’objet d’une analyse distincte. Les chercheurs soutenant le règlement ont corrigé certaines erreurs, tout en contestant que ces problèmes invalident la relation générale observée.

Une autre critique touche au point de cet essai qui mérite le plus qu’on s’y arrête.

L’étude recensait, parmi les épreuves féminines présentant un effet significatif, plusieurs courses, mais aussi le lancer du marteau et le saut à la perche. Or le règlement de 2018 couvrait les courses du 400 mètres au mile, sans inclure le marteau ni la perche. À l’inverse, pour le 1 500 mètres et le mile, bien couverts par le règlement, l’étude initiale ne faisait pas état de différences significatives correspondantes.

Autrement dit, les résultats de l’étude présentée comme le fondement du règlement et les épreuves effectivement réglementées ne coïncidaient pas. Certaines épreuves pour lesquelles l’étude trouvait un effet restaient hors du règlement. Certaines épreuves comprises dans le règlement n’étaient pas assorties, dans l’étude, d’un effet mis en évidence.

Cette discordance n’est pas une simple accusation venue de critiques extérieurs. Le tribunal arbitral l’a lui-même consignée. Sa majorité a maintenu le règlement, mais a expressément fait part de ses inquiétudes quant aux preuves concernant le 1 500 mètres et le mile. Les défenseurs du texte expliquaient que le choix des épreuves reposait aussi sur les mécanismes physiologiques, les distances voisines et d’autres éléments de preuve. Les critiques répondaient que cette sélection a posteriori affaiblissait l’idée d’un règlement directement déduit des résultats de la recherche.

Cela rejoint le onzième épisode. La refonte du javelot y était justifiée à la fois par les réceptions à plat et par les distances. Une seule modification répondait aux deux problèmes, au point qu’il devenait difficile, après coup, de dire lequel avait été déterminant. Ici, le règlement est censé écarter un avantage établi par la recherche. Mais les épreuves qu’il couvre ne correspondent pas à celles que la recherche met en évidence. Difficile, dès lors, de savoir si la règle a été tirée de l’étude, ou si elle est née d’autres considérations avant de recevoir l’appui de cette étude. Entre les raisons qu’une construction donne et ce qu’elle fait réellement, une fissure apparaît.

Cette fissure n’a pas nécessairement le sens d’une tromperie. Il est plus probable qu’un règlement ne naisse jamais de la déduction linéaire d’une seule étude. Sa formation dépend à la fois d’une compréhension générale des mécanismes physiologiques, d’analogies avec les épreuves voisines, de la facilité d’application et des rapports de force entre les parties. L’étude n’est qu’un apport parmi d’autres. Le décalage entre la recherche et la règle ne prouve donc pas forcément une déformation délibérée des résultats. Il indique plus vraisemblablement que la règle n’a jamais été le produit direct de la recherche, même si on la présente souvent ainsi. On retrouve les coefficients de la table du septième épisode : derrière un objet d’apparence précise et scientifique, les origines réelles sont souvent bien plus mêlées que ne le laisse voir sa présentation. Et c’est précisément là où une justification précise serait la plus nécessaire que l’apparence de précision risque le plus de masquer la fissure entre la raison affichée et la réalité.

D’autres preuves prolongent le désaccord. Un essai randomisé contrôlé a administré de la testostérone pendant dix semaines à un groupe de jeunes femmes ne pratiquant pas le sport au niveau de l’élite. Leur temps de course jusqu’à épuisement s’est allongé, mais certains indicateurs de force et de puissance explosive ne présentaient pas de différence significative entre les groupes. Les défenseurs du règlement estiment que la randomisation apporte une preuve causale plus forte que les études observationnelles. Les critiques soulignent la petite taille de l’échantillon, l’absence d’athlètes d’élite, la durée limitée à dix semaines, et le fait que le résultat mesuré est le temps jusqu’à épuisement plutôt qu’un temps de compétition officielle. Ils ajoutent qu’une administration exogène de courte durée à des femmes en bonne santé ne reproduit pas entièrement le développement, tout au long de la vie, d’athlètes présentant des différences du développement sexuel.

Les preuves concurrentes restent côte à côte. Aucun camp ne l’a définitivement emporté sur l’autre. Cet essai ne rendra pas à leur place le jugement qu’elles n’ont pas elles-mêmes permis de rendre.

VII Quatre étapes judiciaires qui ne portent pas sur la même question

L’affaire Semenya a traversé quatre étapes procédurales. Pour comprendre pourquoi cet essai s’abstient de trancher, on peut commencer par constater qu’aucune n’a tranché la question la plus fondamentale.

La première étape est celle du Tribunal arbitral du sport. En 2019, sa majorité a jugé le règlement de 2018 discriminatoire, mais a estimé qu’au vu des preuves alors disponibles, il constituait un moyen nécessaire, raisonnable et proportionné de protéger la catégorie féminine. Le recours a donc été rejeté. Le tribunal a toutefois exprimé de sérieuses inquiétudes : la possibilité d’appliquer le règlement équitablement, la capacité des athlètes à rester durablement sous le seuil, les effets secondaires des médicaments, les risques pour la confidentialité et l’insuffisance des preuves concernant le 1 500 mètres et le mile.

Il faut regarder précisément ce qu’a fait le tribunal. Il s’est demandé si les preuves disponibles suffisaient à maintenir le règlement. Il n’a pas démontré que toutes les athlètes concernées possédaient nécessairement le même avantage. Il n’a pas davantage fourni une formule permettant de convertir exactement un taux individuel de testostérone en secondes de course. Il a expressément réservé l’avenir : si l’application du règlement se révélait impossible ou excessivement difficile, la conclusion sur sa proportionnalité pourrait changer. Il statuait sur la validité de cette règle précise au regard des preuves du moment, non sur la définition de la femme.

La deuxième étape est celle du Tribunal fédéral suisse. En 2020, il a rejeté la demande d’annulation. Mais il exerçait un contrôle extrêmement restreint de la sentence arbitrale. Sa question principale n’était pas de réexaminer l’ensemble des preuves scientifiques. Elle était de savoir si la sentence franchissait le seuil, particulièrement élevé, d’une violation de l’ordre public suisse. Il a confirmé qu’elle ne pouvait pas être annulée sur les fondements limités qu’offre le droit suisse de l’arbitrage. Il n’a pas certifié de manière indépendante l’exactitude de toutes les conclusions scientifiques.

Les troisième et quatrième étapes se situent devant la Cour européenne des droits de l’homme. En 2023, une chambre a conclu, par quatre voix contre trois, que la Suisse avait violé la Convention. Mais le gouvernement suisse a demandé le renvoi devant la Grande Chambre. Ce renvoi a été accepté. L’arrêt de chambre n’est donc pas devenu définitif.

Le 10 juillet 2025, la Grande Chambre a rendu l’arrêt définitif. Par quinze voix contre deux, elle a constaté une violation par la Suisse de l’article 6 § 1 de la Convention, qui garantit le droit à un procès équitable. Semenya était, en pratique, soumise à la compétence exclusive du Tribunal arbitral du sport sans disposer d’un libre choix. Le litige touchait à des droits fondamentaux de la personne et à son intégrité physique. Or l’interprétation extrêmement restrictive de l’ordre public retenue par le Tribunal fédéral n’avait pas offert de garanties suffisantes.

Il faut ici la plus grande prudence, car cette étape est particulièrement facile à mal comprendre.

La Grande Chambre a constaté une violation du droit à un procès équitable. Mais elle a aussi déclaré irrecevables les griefs relatifs à la discrimination, à la vie privée et au recours effectif, au motif que, pour ces griefs et en l’absence du lien territorial requis, Semenya ne relevait pas de la juridiction de la Suisse. Il s’agit d’une conclusion sur la juridiction, et non d’un jugement établissant que le règlement sur les différences du développement sexuel ne serait pas discriminatoire sur le fond. La Grande Chambre n’a pas annulé la sentence arbitrale, n’a pas déclaré invalide le règlement de la fédération et n’a pas directement accordé à Semenya le droit de concourir dans les épreuves féminines.

Il y a donc quatre étapes procédurales, dont les objets et les portées diffèrent. La première examine la validité du règlement au regard des preuves de l’époque. La deuxième, la possibilité d’annuler la sentence arbitrale. La troisième examine des griefs tirés de la Convention, mais son arrêt ne devient pas définitif après le renvoi. La quatrième examine l’équité de la procédure judiciaire offerte par la Suisse. Aucune n’a donné de réponse abstraite et définitive à la question fondamentale : qui doit être considérée comme une femme admise à participer aux compétitions féminines ? Une victoire procédurale ne vaut pas invalidation de la règle sur le fond. Et après ces quatre étapes, cette question de fond demeure sans réponse définitive.

Cette répartition des rôles révèle quelque chose de général sur les questions de cette nature. Aucune des instances ne veut ni ne peut régler la question fondamentale une fois pour toutes. Le tribunal arbitral se borne à apprécier la validité du règlement au regard des preuves du moment ; le tribunal suisse, à déterminer si la sentence peut être annulée ; la Cour des droits de l’homme, dans son arrêt définitif, à statuer sur l’équité de la procédure. Chacune se retire d’un pas et traite une question plus étroite, relevant de sa compétence, en laissant la plus vaste là où elle était. Ce n’est pas une dérobade. Chaque institution sait que la grande question, celle de savoir qui doit compter comme femme pouvant participer aux compétitions féminines, ne peut pas être réglée une fois pour toutes par le droit ou par l’arbitrage. Chacune prend donc en charge la petite part qu’elle peut traiter. Le reste demeure en suspens.

VIII Où qu’on la trace, la ligne coupe un continuum

Rassemblons les fils de cet essai. Les rassembler ne consistera toujours pas à donner une réponse.

Cette construction doit accomplir une tâche qu’elle ne peut pas accomplir proprement. Avant la compétition, elle doit répartir tous les inscrits entre deux catégories. Impossible d’y échapper : organiser l’épreuve exige une décision binaire et applicable. Or son critère de séparation, qu’il soit l’apparence, la chromatine, un gène, une hormone ou l’histoire pubertaire, prend place dans une réalité physiologique continue, faite de chevauchements et déterminée par de multiples facteurs.

Voilà le reste propre à cet épisode. Il ne prend la forme d’aucun des précédents.

Dans les épisodes antérieurs, le reste était fait de noms absents d’une liste, de causes impossibles à démêler, de techniques sur lesquelles on ne statuait pas, d’options non retenues, de performances incomparables, de corps inexistants. Ces restes avaient chacun leur manière de subsister. Ici, le reste est cette continuité que le critère lui-même ne parvient pas à loger. Les caractéristiques physiologiques liées au sexe ne forment pas, dans la population, deux tas séparés et sans recoupement. Elles dessinent un terrain de distributions continues et chevauchantes, façonné par de nombreux facteurs. Classer exige pourtant de pratiquer sur ce terrain une coupure bien nette.

Où que passe cette ligne, elle traverse un continuum dépourvu de rupture naturelle. C’est ce qui éclaire les remplacements successifs des critères au fil des sept étapes. Ces étapes ne sont pas sept approches de plus en plus proches de la véritable ligne : aucune véritable ligne n’attend là qu’on la découvre. Ce sont sept configurations successives d’une coupure pratiquée là où il n’existe pas de séparation naturelle. Ses appuis mesurables changent, ou reviennent sous une autre forme. Et aucune de ces configurations ne peut démontrer qu’elle occupe la seule position juste, parce que cette position n’existe pas.

C’est une version plus fondamentale du problème rencontré au douzième épisode. Là, l’avantage des chaussures de course était continu, sans rupture naturelle. La ligne des quarante millimètres ne pouvait donc qu’être tracée, et non démontrée. Ici, les caractéristiques physiologiques liées au sexe sont continues, sans rupture naturelle. Chaque critère, chaque seuil, ne peut donc lui aussi qu’être choisi comme lieu de coupure, sans pouvoir être démontré. Mais les enjeux changent d’échelle. Pour la chaussure, une frontière mal placée engage l’homologation d’une performance réalisée avec un équipement. Ici, sa position engage le corps d’une personne, sa carrière, sa dignité, son identité. Elle décide si cette personne pourra concourir telle qu’elle a toujours été. Chaque déplacement de la ligne pèse donc bien plus lourd qu’une spécification d’équipement.

C’est précisément ce poids qui exige ici une retenue particulière. Il serait facile de faire de cet essai un texte de camp et d’ajouter sa voix à une querelle déjà assez bruyante. Ce n’est pas le propos de cette série. Elle observe ce que fait la construction devant ce qu’elle ne parvient pas à refermer ; elle ne prononce pas à sa place le jugement qu’elle-même ne parvient pas à rendre. Sur cette question, son geste est clair : elle doit classer, elle ne trouve aucune ligne de classement qui puisse se démontrer, alors elle remplace encore et encore ses critères. Chaque fois, elle donne des raisons. Chaque fois, celles-ci sont contestées. Chaque fois, le terme du chemin lui échappe. Observer ce mouvement et prendre part à la querelle sont deux choses différentes. Cet essai s’en tient à la première.

Il faut respecter jusqu’au bout la règle posée au début. Cet essai ne décide pas où la ligne devrait passer. Il consigne ses déplacements au long d’au moins sept étapes en soixante ans. À chacune, l’institution qui trace la ligne donne ses raisons. À chacune, ces raisons sont contestées. Et jamais un jugement final n’est venu déclarer : cette fois, la coupure passe enfin au bon endroit.

Lorsqu’il évoque des personnes précises, cet essai s’en tient à ce qu’elles ont elles-mêmes dit publiquement. Dans un article publié en 2005, une athlète décrivait les tests génétiques de routine comme un obstacle supplémentaire à l’entrée des femmes dans le sport. Dans son témoignage devant un tribunal arbitral, une autre insistait sur le fait qu’elle était une femme, et non un homme. Une athlète soutenait, au cours d’un arbitrage, que le corps avec lequel elle était née ne devait pas servir de motif à son exclusion en l’absence de preuves suffisantes d’un avantage. Ce sont leurs positions et leurs expériences, qu’elles ont choisi d’exprimer, et non des informations divulguées par une institution. Cet essai ne reproduit aucun dossier médical qu’elles n’auraient pas elles-mêmes rendu public. Pas plus que ces tribunaux n’ont finalement réduit le problème à une réponse que l’on pourrait lire dans un résultat de test.

Aujourd’hui, les organisations sportives ne placent pas toutes la coupure au même endroit. Certaines se fondent sur l’histoire pubertaire, d’autres sur les gènes ; certaines créent une catégorie ouverte, d’autres changent encore de critères. Cette diversité des positions indique à elle seule qu’il n’existe pas de solution unanimement admise que l’on pourrait lire directement dans la science. S’il en existait une, toutes y auraient déjà convergé, comme, dans chaque discipline, on finit par se référer à une même ligne, celle du record du monde. Elles n’ont pas convergé, parce que le point vers lequel il faudrait converger n’existe pas.

Cette construction peut mesurer le taux de testostérone d’une personne. Elle peut détecter la présence d’une séquence génétique. Elle peut chiffrer l’écart moyen de performance entre des groupes. Elle ne peut pas mesurer le point où devrait exactement passer la frontière de la catégorie féminine, sur ce terrain continu et fait de recoupements. Car ce point n’est pas un fait mesurable. C’est une ligne qu’il faut tracer, et dont aucun emplacement ne peut être démontré comme le seul juste. En soixante ans, cette construction lui a donné sept configurations successives.

La règle n’a pas encore trouvé la juste mesure. Elle mesure toujours.