Stratégie, intrigue, jeu ouvert et tromperie
Quatre positions techniques
La stratégie organise le calcul, la préparation et la disposition des forces. Elle élève la collision au niveau du jugement. L’intrigue cache une intention, fabrique une apparence et tire profit de l’erreur adverse. Elle peut réussir vite, mais une fois découverte elle dévalue tous les signaux futurs.
Le jeu ouvert annonce au contraire son intention et son prochain mouvement. L’autre les comprend sans pouvoir les empêcher, parce que la force vient d’une différence réelle de ressources, de temps, de géographie ou d’institutions, non d’un angle mort. Le mensonge exige une maintenance croissante ; une structure réelle demeure cohérente avec elle-même. Le temps travaille donc pour le jeu ouvert.
Ce que la tromperie cache à l’intérieur
Une feinte ponctuelle ne constitue pas encore la tromperie au sens fort. Celle-ci apparaît lorsqu’un système ne peut maintenir son opération qu’en cachant l’ensemble à ses propres soldats, citoyens ou représentants. Tromper l’adversaire relève de l’intrigue ; faire de sa propre population une collection d’exécutants qui n’ont pas besoin de savoir constitue la tromperie structurelle.
Son premier dommage porte donc sur la subjectivité de son propre camp. Elle bloque également toute progression : pas de dispute sans vérité intérieure, pas d’examen de soi lorsque toute l’attention vise l’ennemi, pas de retrait lucide, pas de reconnaissance des siens comme fins. Une technique efficace à court terme enferme ainsi une civilisation au niveau le plus bas.
Prolonger Sunzi plutôt que le juger
Sunzi avait déjà distingué l’attaque des plans de l’attaque des troupes ou des villes. Reconnaître une hiérarchie à l’intérieur de la guerre fut une avancée majeure. Il serait absurde de lui reprocher de ne pas disposer d’un vocabulaire élaboré vingt-trois siècles plus tard.
On peut en revanche expliciter la différence qu’il avait perçue : la stratégie ne supprime pas nécessairement les sujets ; la tromperie transforme les siens en instruments. La première tire sa force d’un jugement réel, la seconde d’une privation d’information. C’est cette distinction qu’il faut poursuivre.