Un outil ou une meilleure méthode réduit de moitié une tâche. L'entreprise voit cinq heures disponibles et les remplit immédiatement. Du point de vue du tableau, le progrès est évident : davantage de production pour le même salaire.

Mais le gain vient souvent de l'expérience du salarié, de son effort d'apprentissage et des ajustements qu'il a inventés. Si chaque minute économisée devient aussitôt une nouvelle demande, l'amélioration ne rend jamais le travail plus respirable pour celui qui l'a produite.

Cette règle crée un paradoxe. On demande d'innover, tout en enseignant que l'innovation n'apportera qu'une accélération supplémentaire. Les personnes cachent alors leurs raccourcis ou ralentissent volontairement pour préserver un peu de marge.

Le temps gagné peut être partagé : une part pour davantage de résultats, une part pour la qualité, la formation, l'exploration, l'entraide ou la récupération. La proportion dépend du contexte, mais elle doit être discutée plutôt que supposée.

L'efficacité est un bien collectif lorsque ses fruits le deviennent aussi. Un progrès qui augmente seulement la vitesse de la machine tout en densifiant chaque journée n'a pas supprimé le coût ; il l'a déplacé vers l'attention et le corps des travailleurs.