Voir le fruit sans oublier la racine
De la mère aux enfants, des enfants à la mère
Le monde a un commencement que Laozi appelle sa mère. Connaître la mère permet de connaître les enfants ; connaître les enfants sans perdre la mère permet de traverser la vie sans danger. Le mouvement est double : comprendre comment les phénomènes naissent, puis ne pas laisser leur multiplicité faire oublier la condition qui les rend possibles.
Courir d’un résultat, d’une tendance ou d’un chiffre à l’autre donne une connaissance fragmentée. Revenir à la racine ne signifie pas mépriser les fruits, mais les relier à la chaîne de relations, de ressources et de temps qui les a produits. Un résultat sans sa genèse devient une idole impossible à reproduire autrement que par imitation.
Fermer les ouvertures de la saisie
« Boucher les ouvertures, fermer les portes » n’ordonne pas une réclusion sensorielle. Les ouvertures sont celles par lesquelles le sujet se disperse en saisies extérieures sans retour. Chaque nouveauté promet une explication, chaque désir une complétude ; la fuite continue laisse pourtant le centre plus vide.
Ouvrir sans cesse ces issues et multiplier les affaires rend le secours impossible, non parce que l’action est mauvaise, mais parce qu’aucune action ne revient à la question qui la motivait. Fermer un moment signifie interrompre l’extraction afin de voir ce que l’information, l’achat ou le mouvement sont réellement censés nourrir.
Voir le petit, garder le souple
Voir ce qui est minuscule est clarté ; garder le souple est force. La compréhension ne vient pas seulement des grands phénomènes mais du point presque invisible où une orientation se forme. La force ne vient pas de la rigidité mais de la capacité à rester transformable au contact de ce point.
Employer la lumière puis la ramener à la clarté évite le malheur. Nous pouvons projeter, analyser et agir au-dehors ; il faut ensuite réunir cette lumière à la position qui voit, faute de quoi nos outils deviennent des maîtres. Le fruit doit être regardé avec précision, puis rapporté à la racine où son sens peut encore être corrigé.