Le titre d’une même inscription est écrit deux fois au début du rouleau. D’abord, dix-huit grands caractères en écriture sigillaire, répartis en six colonnes de trois. Plus à gauche, l’écriture devient régulière et beaucoup plus petite : dix-neuf caractères en trois colonnes de huit, huit et trois. Le caractère supplémentaire est 之, « de » : 帝师碑, « stèle du Précepteur impérial », devient 帝师之碑, avec cette relation explicitée par la particule.
Le nom est presque identique, mais les yeux ne peuvent pas le parcourir du même pas. Les longues lignes des caractères sigillaires descendent ; leurs courbes délimitent des espaces intérieurs assez larges, et chaque case accueille un grand caractère. Dans l’écriture régulière, les traits obliques se terminent en pointe, tandis que les courtes horizontales et les longues verticales ont des poids différents. La hauteur qui contenait trois caractères en contient maintenant huit. Le titre ne nous a pas encore fait entrer dans le récit que le rouleau nous a déjà fait changer d’échelle.

Le nom courant 胆巴碑, « Stèle de Danba », peut d’abord faire penser à la pierre. Nous regardons pourtant ici un rouleau à l’encre sur papier conservé au Musée du Palais, à Pékin : le texte d’une inscription de stèle écrit par Zhao Mengfu, avec un titre en écriture sigillaire et un corps en écriture régulière. Il ne s’agit pas d’un estampage tiré d’une pierre gravée. À la fin figure 延祐三年……月立石, « pierre érigée au […] mois de la troisième année de Yanyou », soit 1316. Le papier conserve des mots et une écriture organisés pour une stèle ; nous pouvons encore voir directement comment les lignes d’encre prennent place dans la couleur du papier. Musée du Palais : notice de l’œuvre, en chinois
L’inscription honore Danba, moine du bouddhisme tibétain étroitement lié à la cour Yuan, mort en 1303. Zhao Mengfu reçut l’ordre de composer et d’écrire ce texte pour le monastère de Longxing, dans la circonscription de Zhending. Il raconte les activités du moine et l’histoire du monastère, puis s’achève sur un éloge et des vœux de bénédiction pour la maison impériale et les êtres vivants. Le texte s’inscrit dans une commande précise, commémore une personne précise et possède un lieu d’installation déterminé. Sa solennité tient à ses formulations autant qu’aux places attribuées à ses différentes sortes d’écriture.
Le titre donne un nom, les qualités précisent qui parle
Lisons d’abord exactement ce que disent les deux écritures au début du rouleau. Les transcriptions suivantes emploient des caractères chinois simplifiés d’usage courant. Les barres obliques marquent les changements de colonne de la pièce originale, et non une ponctuation. Les images conservent les formes historiques : ainsi, 赐 correspond à 賜, « accorder » ; 龙 à 龍, « dragon », dans le nom Longxing ; 师 à 師, « précepteur » ; 阁 à 閣, « pavillon » ; 铜 à 銅, « cuivre » ; 铸 à 鑄, « fondre » ; 钱 à 錢, « monnaie » ; et 寿 à 壽, « longévité ». Les caractères imprimés aident à retrouver l’écriture sans prétendre en reproduire exactement la forme. Chaque colonne se lit de haut en bas, et les colonnes se succèdent de droite à gauche.
Titre en écriture sigillaire :
大元敕/赐龙兴/寺大觉/普慈广/照无上/帝师碑
« Stèle du monastère de Longxing en mémoire de celui que la Grande dynastie Yuan a honoré par décret du titre posthume de “Précepteur impérial insurpassable du Grand Éveil, de la Compassion universelle et de la Vaste Illumination”. »
Titre répété en écriture régulière :
大元敕赐龙兴寺大/觉普慈广照无上帝/师之碑
« Stèle du monastère de Longxing en mémoire de celui que la Grande dynastie Yuan a honoré par décret du titre posthume de “Précepteur impérial insurpassable du Grand Éveil, de la Compassion universelle et de la Vaste Illumination”. » Le 之 ajouté exprime « de » ; il ne change pas la personne commémorée.
敕赐, « conféré par décret impérial », renvoie ici à l’attribution du titre posthume, non au don d’une stèle au monastère ; 龙兴寺 est le monastère de Longxing ; 大觉普慈广照无上帝师 est le titre honorifique du personnage commémoré. La stèle célèbre donc celui qui a reçu cet honorifique. Le titre lui-même ne contient pas 胆巴, « Danba ». C’est la suite qui précise qui était ce précepteur.
L’écriture sigillaire ne maintient pas chaque groupe de mots de l’honorifique dans une colonne distincte. 寺大觉, « monastère / grand éveil », 普慈广, « compassion universelle / vaste », et 照无上, « illumination / insurpassable », sont coupés puis prolongés selon la répartition en trois caractères. Visuellement, nous rencontrons d’abord six colonnes de grands signes de hauteur presque égale. Cette régularité appartient au nombre des caractères et à leur disposition ; elle ne correspond pas directement au découpage du sens.
Regardons 帝师碑, « stèle du Précepteur impérial », dans la colonne la plus à gauche du grand titre sigillaire. Chaque caractère possède de longues lignes descendantes, sans se relier au suivant par un seul trait continu. En haut, 帝, « impérial », présente une horizontale et plusieurs longues lignes qui se séparent en dessous ; au milieu, 師, « précepteur », associe une partie gauche arrondie à une droite plus rectiligne ; en bas, 碑, « stèle », se déploie vers le bas. Chacun organise des blancs différents. L’épaisseur assez uniforme des lignes nous rend plus attentifs à leur manière d’entourer et de diviser. L’intérieur du caractère n’est pas une masse remplie de noir.
La reprise du titre en écriture régulière resserre la lecture. 大元敕赐龙兴寺大 occupe la première colonne du haut jusqu’en bas ; 覺普慈廣照無上帝 se poursuit dans la voisine ; enfin, 師之碑, « stèle du précepteur », n’occupe que trois positions. Ces colonnes portent le titre intégralement traduit plus haut, même lorsque leurs limites en séparent les groupes de mots. Dans la dernière colonne, 師, « précepteur », est en haut ; 之, « de », s’ouvre depuis une partie supérieure étroite vers le bas à droite ; 碑, « stèle », réunit son composant gauche 石, « pierre », et sa partie droite en une structure plus dense. Le blanc sous ces trois caractères fait véritablement s’arrêter le titre sur le papier.
Viennent ensuite le nom et les qualités de l’auteur :
集贤学士资德大/夫臣赵孟頫奉/敕撰并书篆
« Votre serviteur Zhao Mengfu, académicien de l’Académie Jixian (Académie des Sages assemblés) et grand dignitaire pour le soutien de la vertu (Zide), a composé ce texte sur ordre impérial et en a écrit le corps ainsi que le titre sigillaire. » Sont indiqués ses titres savants et officiels, puis sa désignation respectueuse devant l’empereur, 臣, « votre serviteur ». 大夫, « grand dignitaire », traverse une limite de colonne : le 大 final de l’une et le 夫 initial de la suivante ne sont pas deux fonctions différentes.

L’identification n’a pas été réduite à une petite note marginale. Elle reste écrite dans une écriture régulière nette et consistante, mais ses trois colonnes commencent environ une position plus bas. Du papier reste libre au-dessus de 集, début de « Jixian » ; de 夫, qui complète « grand dignitaire » ; et de 敕, « ordre impérial », écrit ici 勅. Juste après, 皇, « impérial », premier caractère du corps, revient au bord supérieur. Avant même d’avoir lu chaque mot, nous distinguons donc les points de départ du titre, de l’identité de l’auteur et du texte principal.
Dans la première colonne de qualités, 集贤学士资德大, les caractères complexes 集, « assembler », 賢, « sage » ou « digne », et 學, « étude », qui participent au nom de l’académie et au titre d’académicien, voisinent avec les plus simples 士, « lettré », et 大, « grand ». Dans 士, quatrième caractère en partant du haut, une verticale traverse deux horizontales, dont la supérieure s’étend des deux côtés. Plus bas, 德, « vertu », rassemble de nouveau de nombreux traits courts ; le 大 final s’ouvre à l’aide de deux diagonales. La direction de la colonne se maintient, tandis que la manière dont le noir occupe le papier ne cesse de changer. Le départ abaissé exprime une différence de rang ou de rôle ; les resserrements et les ouvertures internes donnent encore à cette distinction des formes que l’on peut examiner de près.
Huit caractères de suite ne font pas huit blocs identiques
Une fois entré dans le récit, on rencontre de nombreuses colonnes voisines de huit caractères, dont les limites supérieures et inférieures sont proches. Un quadrillage tracé est bien visible sur le rouleau. Ces lignes fines donnent des positions sans découper le contour extérieur de chaque caractère en carré.
Regardons le passage consacré à la statue du Bodhisattva de la Grande Compassion du monastère de Longxing. Pour donner leur contexte complet à 铸钱, « fondre des monnaies », 复造, « refaire », 七十三尺, « soixante-treize chi », et 大阁三重, « un grand pavillon de trois niveaux », lisons d’abord tout le passage. La ponctuation est moderne et les caractères sont donnés dans leurs formes imprimées usuelles ; la disposition ne reproduit pas les colonnes du manuscrit :
龙兴寺建于隋世,寺有金铜大悲菩萨像。五代时,契丹入镇州,纵火焚寺,像毁于火,周人取其铜以铸钱。宋太祖伐河东,像已毁,为之叹息。僧可传言,寺有复兴之谶。于是为降诏复造其像,高七十三尺,建大阁三重以覆之。旁翼之以两楼,壮丽奇伟,世未有也。
Le monastère de Longxing fut fondé à l’époque des Sui. Il possédait une statue en cuivre doré du Bodhisattva de la Grande Compassion. Durant les Cinq Dynasties, les Khitan entrèrent dans Zhenzhou et incendièrent le monastère. La statue fut détruite par le feu, et les gens des Zhou de cette époque prirent son cuivre pour fondre des monnaies. Lorsque Taizu des Song partit en campagne contre Hedong, la statue avait déjà été détruite, et il en déplora la perte. Le moine Kechuan déclara qu’une prophétie annonçait le renouveau du monastère. Un édit impérial ordonna alors de refaire la statue, haute de soixante-treize chi, et de construire un grand pavillon de trois niveaux pour l’abriter. Deux bâtiments à étages le flanquaient. Sa splendeur et sa magnificence extraordinaire n’avaient jamais eu d’égales dans le monde.
Ce passage raconte que le monastère fut fondé sous les Sui et possédait à l’origine une statue en cuivre du Bodhisattva de la Grande Compassion. Les guerres des Cinq Dynasties détruisirent le monastère et la statue ; le cuivre fut ensuite prélevé pour fabriquer de la monnaie. Taizu des Song déplora cette destruction, et le moine Kechuan évoqua une prophétie de restauration. La cour ordonna alors une nouvelle statue de soixante-treize chi, un pavillon de trois niveaux pour la couvrir et des bâtiments latéraux. Le chi est une unité de longueur historique ; nous conservons la mesure du texte sans lui imposer de conversion moderne. Nous rapportons ici la manière dont l’inscription raconte l’histoire du monastère, sans transformer la prophétie qu’elle mentionne en fait confirmé indépendamment.

Repérez cette colonne, 十三尺建大閣三重, dans la figure 3. Au sommet, la longue horizontale de 十, « dix », croise sa verticale et laisse beaucoup de blanc autour. Juste dessous, les trois horizontales de 三, « trois », diffèrent par leur longueur, leur épaisseur et leur espacement. Plus bas, l’extension oblique de 尺, l’unité chi, ouvre le bas à droite ; 建, « construire », enchaîne un intérieur fait de tournants avec un trait final qui se déploie vers la droite ; 大, « grand », élargit sa base à l’aide de deux diagonales. En dessous, le cadre extérieur de 閣, « pavillon », enferme de courts traits : le noir et le blanc s’organisent alors en espaces plus étroitement emboîtés.
Ces caractères ne grandissent pas proportionnellement à leur nombre de traits. 閣 en possède beaucoup, mais ne repousse pas les deux signes qui le bordent en haut et en bas. 十 en possède peu, sans que le blanc autour de lui donne l’impression qu’il perd sa place. Dans des positions comparables, le caractère simple établit son étendue par de longs traits ; le complexe loge davantage de détails dans un intérieur dense. Le regard peut ainsi descendre le long de la colonne tout en modifiant sans cesse sa manière de s’arrêter dans un caractère.
Les deux 三, « trois », de cette même colonne ont des voisinages différents. Celui du haut suit 十, « dix », et participe au nombre « treize » ; celui du bas est pris entre 閣, « pavillon », et 重, « niveaux », dans un environnement déjà beaucoup plus chargé d’encre. Si l’on ne fixe que leurs trois horizontales, on risque d’oublier le papier particulier auquel chacun fait face.
Vers la droite, la colonne 取其銅以鑄錢宋太, « prirent son cuivre pour fondre des monnaies / Song Tai… », offre une alternance semblable. 銅, « cuivre », 鑄, « fondre », et 錢, « monnaies », réunissent de nombreux traits courts dans le composant du métal à gauche et dans leur partie droite. Entre les deux premiers, 以, « pour », laisse une ouverture bien visible. Le 太 final, « grand », qui appartient au nom impérial Taizu, déploie de plus longues diagonales. Dire seulement que le passage est « régulier » décrit l’aspect général des colonnes. Voir ces largeurs et ces espaces intérieurs permet de comprendre pourquoi cette régularité ne devient pas une suite de carrés noirs identiques.
Le terme traditionnel 结体, jieti, « structure du caractère », prend ici un sens concret : comment les traits se font place, comment un côté dense cohabite avec un côté ouvert, où une extension s’arrête avant le caractère voisin. 章法, zhangfa, « composition », replace ces signes dans les colonnes, dans le titre et les qualités, puis dans le rouleau entier. Ces deux regards se rejoignent sans qu’il faille d’abord attacher un mot psychologique à chaque trait.
Dans l’éloge, un même vers se partage entre deux colonnes
Après le récit, l’inscription passe à un éloge en vers de cinq caractères. Il célèbre la pratique religieuse et la puissance protectrice de Danba et souhaite des bénédictions à la maison impériale et aux êtres vivants. Voici le passage final que nous examinons. La présentation en vers de cinq caractères facilite la compréhension ; elle ne reproduit pas les colonnes du manuscrit :
法力所护持,国土保安静。
皇帝皇太后,寿命等天地。
王宫诸眷属,下至于含生。
归依法力故,皆证佛菩提。
成就众善果,获无量福德。
臣作如是言,传布于十方。
下及未来世,赞叹不可尽。
Protégée par la puissance du Dharma,
que la terre demeure paisible et calme.
Que l’empereur et l’impératrice douairière
vivent aussi longtemps que le ciel et la terre.
Depuis tous les membres de la maison royale
jusqu’au moindre être vivant,
parce qu’ils prennent refuge dans la puissance du Dharma,
que tous réalisent l’éveil du Bouddha,
accomplissent tous les fruits du bien
et obtiennent bénédictions et mérite sans mesure.
Moi, votre serviteur, je compose ces paroles
pour les répandre dans les dix directions,
jusqu’aux âges à venir,
en un éloge qui ne saurait s’épuiser.
Le passage demande à la puissance de l’enseignement bouddhique de préserver la paix du territoire et souhaite à l’empereur et à l’impératrice douairière une vie aussi longue que celle du ciel et de la terre. De la famille du palais à tous les êtres vivants, chacun doit pouvoir, par le refuge dans le Dharma, atteindre l’éveil, accomplir de bons fruits et recevoir des bénédictions. Le serviteur de l’empereur écrit ces paroles pour qu’elles se propagent partout, avec un éloge qui se prolonge dans l’avenir. 十方, « les dix directions », désigne toutes les régions dans le vocabulaire bouddhique ; 含生 signifie les êtres qui possèdent la vie.

Le manuscrit ne place pas les cinq caractères 皇帝皇太后, « empereur et impératrice douairière », dans une même colonne. D’abord, 國土保安靜, les cinq caractères souhaitant paix et calme au territoire, se termine et laisse du papier libre en dessous. La colonne suivante ne contient que 皇帝, avec un espace vide encore plus long. Celle d’après commence par 皇太后, puis continue avec 壽命等天地, « une vie aussi longue que le ciel et la terre », jusqu’au bord inférieur. Un vers complet de cinq caractères se répartit donc en deux et trois positions ; sa seconde partie se lie en outre au vers suivant.
Ce blanc permet à « empereur » et « impératrice douairière » de commencer séparément en haut, présentant les titres avec solennité. La hiérarchie cérémonielle des mots trouve ainsi des positions visibles. 皇帝 ne se détache pas ici parce que ses caractères seraient plus grands ou plus noirs. Sous ces deux signes, il n’y a presque plus d’encre pour disperser notre attention ; la longue colonne voisine rend cet espace libre encore plus perceptible.
À l’intérieur de 皇太后壽命等天地 subsiste une autre graduation. 壽, « longévité », quatrième caractère depuis le haut, rassemble de nombreuses horizontales et de nombreux tournants en une zone dense. Juste dessous, 命, « vie », possède une longue verticale centrale qui donne une direction descendante nette. Puis vient 等, « égal à » ; ensuite, 天, « ciel », ouvre ses diagonales, et le 地 final, « terre », rapproche ses deux composants latéraux. La colonne de huit caractères formule entièrement le vœu sans remplir chaque étape de la même forme.
Pour moi, ce qui rend ce rouleau si durablement intéressant à regarder, c’est précisément que ces relations à différentes échelles peuvent tenir ensemble. De loin, titre, qualités et corps possèdent des niveaux reconnaissables. De près, les ouvertures et les fermetures dans les caractères ne sont pas absorbées par cette hiérarchie. En suivant les mots, les phrases franchissent à leur tour cases et colonnes. Cette clarté résulte de nombreuses différences concrètes. La réduire à « les caractères sont écrits très correctement » ferait disparaître une grande partie de ce que nous voyons.
Après « ériger la pierre », d’autres mains restent sur le papier
L’éloge s’achève sur 赞叹不可尽, « l’éloge ne peut s’épuiser ». Les deux derniers caractères, 可尽 (écrits 可盡), « peut s’épuiser », se trouvent en haut d’une colonne distincte, sans autre texte de louange en dessous. Viennent ensuite 延祐三年, « troisième année de Yanyou », et 月, « mois », séparés par un espace vide. Enfin, 立石, « ériger la pierre », forme encore une courte colonne à part.

立石 nomme l’acte vers lequel se tourne l’inscription, mais nous avons toujours devant nous un rouleau de papier. Il nous montre la forme manuscrite du texte, sans l’intermédiaire d’une surface de pierre et d’un estampage. Les bords de l’encre se terminent parfois en pointe, tandis que d’autres tournants sont plus ronds et plus épais. Le quadrillage, le titre et les intervalles entre les textes restent présents dans la même image que les lignes d’encre.
La petite écriture serrée à gauche appartient déjà à quelqu’un d’autre. Elle commence par 吳興書此碑…, « Wuxing écrivit cette stèle… », et commente l’œuvre ; plus à gauche suivent les colophons, ou commentaires ajoutés, de plusieurs lecteurs ultérieurs. Le catalogue du Musée du Palais cite notamment, parmi les auteurs de l’époque Qing, Yao Yuanzhi, Yang Xian et Li Hongyi. Ils nous aident à comprendre comment on regardait plus tard la calligraphie de Zhao. Mais on ne peut pas les rattacher à son 立石 comme s’ils poursuivaient sans interruption le texte principal d’une seule main.
Du début jusqu’ici, le titre sigillaire, le titre répété en régulière, les qualités, l’inscription, la date et les colophons remplissent des fonctions différentes. Leur montage dans un même rouleau n’a pas aboli ces différences. Revenir maintenant au début permet de voir dans les deux titres davantage qu’une répétition : le premier établit une entrée solennelle avec six colonnes de grands signes ; le second fait passer le nom à l’échelle plus petite de l’écriture régulière. Les qualités puis le récit commencent ensuite, chacun à sa manière.
La beauté du Rouleau de la stèle de Danba n’a pas besoin d’attendre qu’un caractère rompe l’organisation d’ensemble. Elle est déjà dans un 十, « dix », aéré, dans un 閣, « pavillon », dense, dans des qualités qui commencent plus bas et dans une colonne soudain raccourcie. Le papier distingue les places et préserve les différences. Une fois l’inscription comprise, nous pouvons encore voir comment chaque caractère trouve la sienne sans devenir semblable à tous les autres.
Lecture facultative : reconnaître les textes, puis regarder leurs places
Revenez à la figure 2 et repérez d’abord trois choses seulement : où se trouve le titre, où sont les qualités de l’auteur et où commence le corps. Comprendre les mots permet d’accomplir très vite cette reconnaissance.
Puis, un instant, ne demandez plus quelle information transmet chaque groupe de mots : suivez leurs bords supérieurs. Les trois colonnes du titre commencent en haut ; les trois colonnes de qualités descendent d’une position ; 皇, début du mot « empereur » dans le corps, revient à la hauteur initiale. Regardez ensuite plus bas : le papier reste libre sous 師之碑, « stèle du précepteur » ; les colonnes de qualités se terminent à des endroits différents ; les places vides du corps ne sont pas non plus identiques. Savoir à quoi sert chaque texte n’a pas regardé pour nous ces hauteurs et ces longueurs.
Dans « As the Light Fades, the Garden Appears Differently », soit « Quand la lumière baisse, le jardin apparaît autrement », j’ai écrit sur la manière dont la couleur mérite encore notre attention après que nous avons reconnu une fleur bleue. La « beauté de la perception » de SAE, Self-as-an-End, peut nous ramener ici au papier une fois que les mots ont transmis leur information. Les qualités de l’auteur ne sont pas seulement un moyen de « me dire qui a écrit ». Elles ont un point de départ plus bas, plusieurs types de blancs intérieurs et une distance particulière par rapport au titre voisin. L’essai intégral lié est en anglais ; son original chinois est également disponible.
Il ne s’agit pas d’oublier la cérémonie et l’usage. Savoir ce que signifient 臣, « votre serviteur », et 奉敕, « par ordre impérial », aide à remarquer les différences de position. Mais terminer l’explication d’un usage n’épuise pas la forme. Laisser les titres rester des titres et permettre à la hauteur d’une seule position de caractère de se présenter clairement au regard offre déjà une manière de voir à laquelle il vaut la peine de s’attarder.
Notes sur les images et la lecture, avec les dimensions et le traitement des images
Cet essai est fondé sur une lecture rapprochée des images numériques haute résolution publiées par le Musée du Palais, et non sur une observation de l’original en personne. Photographie et écran modifient la perception de la couleur du papier, de l’encre et de l’échelle. Les comparaisons portent surtout sur les formes, les traits et les intervalles au sein d’une même image.
- L’objet étudié est 赵孟頫楷书帝师胆巴碑卷, « Rouleau de l’inscription de la stèle du Précepteur impérial Danba en écriture régulière, par Zhao Mengfu », encre sur papier, Musée du Palais, numéro d’inventaire 新00153386. Le titre sigillaire, l’inscription régulière et les colophons ultérieurs sont distingués comme des couches séparées. « Stèle » fait partie du nom habituel de l’œuvre ; l’objet n’est assimilé ni à une pierre gravée ni à un estampage.
- La notice de l’exposition spéciale du musée de 2017 indique 33,6 centimètres de hauteur et 563 centimètres de largeur. Aucune dimension indépendante du corps, du montage ou des colophons n’est déduite du rapport largeur-hauteur de l’image numérique. Les longueurs de 166 ou 400 centimètres rencontrées ailleurs en ligne ne sont pas non plus reprises comme celles de la même unité de catalogue.
- Le titre sigillaire comporte dix-huit caractères en six colonnes de trois ; sa répétition en régulière, dix-neuf caractères en colonnes de huit, huit et trois, avec l’ajout de 之, « de ». Les formes imprimées courantes sont des aides à la lecture, pas des fac-similés. 敕, « ordre impérial », apparaît dans l’image sous la forme 勅. Là où figure ici 隋, nom de la dynastie Sui, le musée transcrit 陏. Une ponctuation moderne a été ajoutée aux passages de prose cités.
- Il existe bien, sur le papier, un blanc avant 月, « mois », dans 延祐三年……月立石, « pierre érigée au […] mois de la troisième année de Yanyou ». Le musée transcrit □月. Aucun mois fourni par une autre chronologie n’est ajouté au manuscrit. La date de l’« érection de la pierre » n’est pas davantage identifiée sans preuve au jour ou au moment précis de l’écriture.
- La présentation de l’éloge en vers de cinq caractères facilite la lecture du sens ; elle n’établit pas une correspondance entre un vers et une colonne du manuscrit. Les extraits comprennent intégralement le passage d’histoire du monastère et la fin de l’éloge examinés ici, chacun accompagné d’une traduction française complète. La transcription de l’inscription entière est disponible sur la page de l’œuvre du musée.
- Les cinq détails ont été obtenus en reconstituant les tuiles DeepZoom publiques du musée à leurs coordonnées originales, puis en effectuant des recadrages rectangulaires qui conservent les colonnes voisines. Une vue d’ensemble de repérage et un index séquentiel en six bandes sont également joints. Les opérations se limitent à l’assemblage des tuiles, au retrait de leurs bords dupliqués, à la réduction proportionnelle et à l’encodage JPEG. Aucun trait n’a été ajouté ou retouché, aucun caractère modifié, aucun sceau supprimé ; ni accentuation de netteté, ni modification des couleurs, ni génération de calligraphie par IA n’ont été appliquées. Les limites des recadrages et les empreintes SHA-256 figurent dans le manifeste des images joint.
- Ces images ont été réunies pour un dossier local de relecture. Aucune autorisation écrite supplémentaire du musée n’a été obtenue pour une publication publique ou une utilisation commerciale. La mention de la source et les liens officiels ne valent pas autorisation. Les droits applicables doivent être vérifiés avant toute publication ; voir le document joint sur les autorisations et les crédits.
Vue d’ensemble de repérage : le titre sigillaire commence à droite, les colophons ultérieurs se terminent à gauche. Index séquentiel du rouleau en six bandes : suivez les bandes numérotées de haut en bas ; dans chacune, lisez de droite à gauche et descendez à l’intérieur de chaque colonne. Les nombres désignent les bandes et les coordonnées de l’image, pas des dates historiques ni des dimensions physiques. L’index conserve l’ordre original, depuis le titre sigillaire jusqu’aux colophons ultérieurs.
Autres images et lectures
- Musée du Palais : rouleau de la stèle de Danba de Zhao Mengfu : description de l’objet à l’encre sur papier, transcription, colophons et accès aux images, en chinois.
- Musée du Palais : visionneuse haute résolution du rouleau : titre sigillaire, corps et colophons ultérieurs peuvent être agrandis.
- Conditions d’utilisation du site du Musée du Palais : règles d’utilisation des documents du site ; leur présence dans ce dossier ne confère aucune nouvelle autorisation de publication.
- Han Qin, « As the Light Fades, the Garden Appears Differently » : version anglaise complète de l’essai utilisé dans la lecture facultative ; l’original chinois est aussi disponible.