Non DubitoEssays in the Self-as-an-End Tradition
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IV · De la liberté à l’institution
Essai 10 sur 15

La liberté comme « ne-pas-pouvoir-ne-pas »

Han Qin (秦汉)

Faire tout ce que l’on veut ?

« Être libre, c’est faire ce que je veux » séduit, mais ne dit rien de la provenance du vouloir. La publicité fabrique des désirs, le groupe rend la conformité naturelle et des récompenses répétées peuvent entraîner une direction jusqu’à la faire passer pour la seule impulsion possible. Si tout désir exprimait automatiquement la liberté, le consommateur parfaitement manipulé serait le plus libre des êtres.

Une seconde conception installe la liberté dans le refus : puisque je peux dire non, je suis libre. Le refus est indispensable ; il empêche l’absorption complète. Mais quelqu’un qui ne sait qu’écarter, sans rien trouver qui mérite d’être entrepris, demeure suspendu dans la négation. Toutes les portes sont ouvertes et aucune ne conduit quelque part.

SAE appelle « ne-pas-pouvoir-ne-pas » (cannot-not) une liberté plus épaisse. Cette formule ne décrit pas une force extérieure qui m’oblige. Elle désigne une fin ayant acquis de l’intérieur un tel poids que ne pas la poursuivre m’empêcherait de continuer honnêtement à être ce soi-ci.

Quand nécessité et liberté cessent de s’opposer

Le « ne-pas-pouvoir-ne-pas » ressemble à l’inverse de la liberté. Tout dépend pourtant de l’auteur de la nécessité. L’ordre externe dit : « tu dois ». L’ordre introjecté dit : « sans cette réussite, tu ne mérites pas d’exister ». Une nécessité intérieure authentique grandit à travers l’histoire des essais, refus, révisions et reconnaissances d’un sujet.

Elle peut consister à prendre soin de certaines personnes, écrire, comprendre la nature, protéger un lieu ou simplement pratiquer correctement un métier. Ces contenus ne se rangent pas dans une hiérarchie unique. La fin appartient à la liberté non parce qu’elle serait socialement noble, mais parce que le sujet l’assume et qu’elle revient encore après le retrait des récompenses et des sanctions.

La liberté n’est donc pas une infinité d’options. Elle est la capacité de former sa nécessité intérieure. Celui pour qui tout est possible, mais rien ne vaut d’être porté, dispose d’un espace de choix sans direction.

Trois épreuves d’authenticité

Aucun appareil ne distingue infailliblement notre « ne-pas-pouvoir-ne-pas » d’un devoir installé. Trois épreuves peuvent cependant orienter. Premièrement, la fin persiste-t-elle une fois retirés la récompense, la punition, les applaudissements et l’étiquette identitaire ? Deuxièmement, coexiste-t-elle avec d’autres fins importantes, ou consomme-t-elle les relations, le corps et tout l’avenir ? Troisièmement, que produit une interruption : le regret et le désir de revenir, ou la honte, la panique et l’effondrement de l’identité ?

Une nécessité authentique peut exiger des sacrifices et causer de la douleur. D’ordinaire, elle n’a pas besoin d’éliminer toutes les autres voix intérieures pour prouver sa réalité. La contrefaçon se comporte comme une armée d’occupation : elle se proclame seule fin admissible et interprète toute pause comme destruction du soi.

Ces tests ne confèrent à personne le pouvoir de juger de l’extérieur la vérité d’une vocation. Ils rendent au sujet des questions avec lesquelles il peut examiner l’auteur et le mode de présence de ce qui l’oblige.

La pluralité intérieure

Une personne est plus libre et plus sûre lorsqu’elle porte plusieurs nécessités irréductibles. Travail, amour, connaissance, création, vie corporelle et responsabilité publique peuvent former des fins qui ne s’absorbent pas. Ce n’est pas de l’indécision, mais un système intérieur de contrepoids.

Avec une fin unique, l’examiner semble revenir à détruire tout le soi. Plusieurs fins se limitent : lorsque la carrière exige tout, le soin et le corps peuvent protester ; lorsqu’une relation réclame l’abandon de toute direction indépendante, l’amitié et la création rappellent qu’il existe d’autres modes d’être.

Cette pluralité prépare aussi à reconnaître autrui. Qui éprouve que ses propres fins ne se réduisent pas à une échelle comprend mieux que celles d’un autre ne peuvent être absorbées par la sienne. La liberté n’est donc pas l’absence de toute nécessité, mais la croissance de nécessités que l’on peut appeler siennes, plurielles, examinables et incapables de se dévorer. Le « ne-pas-pouvoir-ne-pas » libre n’est plus un canon extérieur qui aurait appris à parler depuis l’intérieur du corps.

Cet essai est une réécriture autonome, destinée au grand public, de l’article fondateur 5 de SAE. L’argument complet et ses limites académiques demeurent dans l’article original. How Is the Inter-Ontological Possible. Article original ↗ · DOI ↗