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NON DUBITO · Architecture · Architecture occidentale

Le palais des Lions de l’Alhambra : au-delà de la colonnade, le canal continue

Au bord inférieur de la photographie, un étroit canal passe entre deux colonnes et se dirige vers la fontaine des Lions, dans la cour.

Dans cet essai
Un canal traverse la colonnade vers la fontaine des Lions et le pavillon opposé ; le pavement de marbre restauré est visible.
Un canal traverse la colonnade vers la fontaine des Lions et le pavillon opposé ; le pavement de marbre restauré est visible. Crédit: Jacobo Hernández / age fotostock. © Jacobo Hernández / age fotostock. Source / image complète. L’autorisation de reproduction n’a pas été obtenue.Voir le bâtiment et ses images sur le site officiel ↗

Au bord inférieur de la photographie, un étroit canal passe entre deux colonnes et se dirige vers la fontaine des Lions, dans la cour. Les bases des colonnes s’écartent de part et d’autre, les fûts montent verticalement, tandis que le canal poursuit son chemin au ras du sol. Au premier plan se trouve une galerie couverte, au milieu la cour à ciel ouvert et, au fond, un pavillon dont la toiture s’avance. Le canal relie ces distances sur une même ligne. Voir cette photographie officielle

La fontaine attire fortement l’attention, mais elle n’est pas assez grande pour masquer les bâtiments derrière elle. Le bord de sa vasque traverse les fûts à mi-hauteur ; douze lions de pierre entourent la partie basse et les ouvertures lointaines restent visibles au-dessus. L’œil peut s’arrêter sur les lions ou les dépasser pour chercher où conduit le canal.

L’intérêt du palais des Lions réside précisément dans cette disposition. La cour n’est pas seulement un vide à l’extérieur de quelques salles somptueuses. La colonnade donne à ces salles un front commun, puis le canal traverse ce front pour relier les petits bassins intérieurs, les fontaines sous les galeries et la grande fontaine de la cour. Chaque lieu possède sa forme et son centre propres ; le lien n’en fait pas des espaces identiques.

Ce palais se trouve dans la cité palatiale de l’Alhambra, à Grenade, dans l’Espagne actuelle. Il fut construit pendant le second règne du sultan nasride Muhammad V, entre 1362 et 1391, et appartient à la tradition palatiale islamique d’al-Andalus dans la péninsule Ibérique. Le propos porte ici sur la cour des Lions et les salles voisines, non sur l’ensemble de l’Alhambra. Les sculptures, les circuits d’eau et les sols des photographies actuelles ont connu un long entretien ; le dallage en marbre et le système de fontaines comprennent également les travaux de restauration achevés en 2012. Présentation architecturale par l’organisme gestionnaire ; présentation de la restauration de 2012

La colonnade possède sa propre épaisseur

Une autre vue frontale montre plus clairement les chapiteaux proches et le décor au-dessus des arcs. Les fûts élancés s’élargissent en chapiteaux carrés, sur lesquels s’élèvent encore des éléments verticaux sculptés. Les ouvertures courbes et les motifs serrés se raccordent entre ces éléments. En bas, les colonnes sont séparées une à une ; en haut, l’ensemble devient continu. Les deux échelles se rencontrent près des chapiteaux. Voir la relation entre chapiteaux et arcades

Il ne faut pas les réduire à une frange décorative suspendue aux quatre côtés de la cour. À gauche et à droite de l’image, les colonnes se superposent : certaines vont par paires rapprochées, d’autres se décalent en profondeur. À travers un entrecolonnement, on rencontre souvent une autre colonne. Le bord de la cour acquiert ainsi une profondeur : on peut le longer, mais aussi le traverser en regardant vers la cour.

Une photographie oblique du livret pédagogique de l’organisme gestionnaire rend cela particulièrement net. Un groupe de colonnes proche occupe le centre de l’image ; un autre se trouve derrière, et la paroi de la galerie opposée n’apparaît qu’au fond. Des intervalles de largeurs différentes séparent les groupes, tandis que le décor au-dessus de la tête change de direction aux angles. Qualifier simplement les colonnes de « fines » ferait manquer leur manière de se regrouper, puis de s’écarter. Photographie oblique de la colonnade, page 64 du livret, page 66 du PDF

Cette épaisseur s’accroît encore aux extrémités est et ouest de la cour. Deux pavillons s’avancent depuis les galeries périphériques vers l’intérieur ; ils possèdent leur propre toit, et leurs faces avant comme leurs côtés sont composés d’ouvertures entre colonnes. Les longs côtés de la cour se poursuivent ainsi, tandis que les petits côtés font un pas vers le centre. Les pavillons ne sont pas fermés comme des pièces indépendantes : leurs intervalles latéraux permettent aux galeries périphériques de continuer à s’y raccorder. Vue latérale d’un pavillon, page 58 du livret, page 60 du PDF

De ce point de vue, la valeur de la colonnade ne se mesure pas à sa transparence maximale. Colonnes, chapiteaux et parois au-dessus des arcs conservent une part importante d’occultation tout en laissant suffisamment de passages au regard. La face du pavillon peut se concentrer sur la fontaine ; ses côtés reconduisent le regard vers les ailes. Centre et périphérie ne se rejoignent pas à travers une étendue entièrement dégagée, mais par ces intervalles orientés et épais.

Les quatre lignes n’aboutissent pas aux mêmes lieux

Un plan daté d’environ 1929, conservé dans les archives de l’Alhambra, représente ensemble la cour et les salles qui l’entourent. C’est un relevé architectural postérieur à la construction, utile pour vérifier les positions relatives. Deux axes perpendiculaires se croisent à la fontaine centrale. En suivant le grand axe vers l’est et l’ouest, on traverse les deux pavillons en saillie ; en suivant le petit axe vers le nord et le sud, on franchit les galeries pour entrer dans deux salles carrées. Plan des archives officielles et notice du dessin

Plan d’archives du palais des Lions, vers 1929 ; salle des Deux Sœurs en haut, salle des Abencérages en bas.
Plan d’archives du palais des Lions, vers 1929 ; salle des Deux Sœurs en haut, salle des Abencérages en bas. Crédit: [Leopoldo Torres Balbás]; Archivo del Patronato de la Alhambra y el Generalife, P-000158. Source / image complète. L’autorisation de reproduction n’a pas été obtenue.Voir le bâtiment et ses images sur le site officiel ↗

Les quatre directions ne correspondent donc pas à quatre dispositions strictement identiques.

Sur ce plan d’archives, la salle des Deux Sœurs est en haut, celle des Abencérages en bas. Toutes deux ont pour noyau une salle principale carrée, flanquée d’espaces plus petits. À gauche, la salle des Muqarnas est allongée ; à droite, la salle des Rois s’étend également le long d’un petit côté de la cour, mais son intérieur est divisé en séquences par plusieurs séparations transversales, avec de petites pièces supplémentaires à l’arrière. Les bâtiments autour de la cour ne répètent pas quatre fois une même forme.

Ces différences sont aussi liées à l’organisation de la vie de cour. L’organisme gestionnaire décrit le palais comme deux unités résidentielles au nord et au sud, complétées par deux autres espaces ayant également une fonction de réception. La salle des Rois est particulièrement associée aux conversations, aux audiences et aux fêtes. Son plan allongé comprend une succession de petits espaces reliés ; au nord et au sud, l’association d’une salle principale et de pièces latérales offre une autre manière d’accueillir les activités. La cour les relie, les galeries assurent une continuité périphérique, tandis que chaque salle possède son entrée et ses lieux où s’installer à l’intérieur. Notice officielle de la salle des Rois ; explication de la disposition du palais

Les photographies donnent d’abord une impression d’unité grâce aux colonnades continues et aux décors proches. Le plan déploie ensuite cette impression : derrière des fronts semblables, certaines salles se concentrent en profondeur, d’autres s’étendent latéralement le long du bord. La colonnade les accorde sans effacer leur organisation propre.

Le canal mérite tout particulièrement d’être suivi. Sur le schéma officiel, l’eau est figurée en bleu : elle passe par les parties à ciel ouvert, les galeries et les portes pour atteindre les bassins des salles nord et sud. Sur le grand axe, les lignes d’eau traversent les petites fontaines des pavillons. Les lignes continues du sol et les divisions de l’architecture au-dessus coexistent donc : les parcours d’eau peuvent franchir les limites projetées par les toitures, tandis que les pièces restent séparées par leurs murs et leurs portes. Sur ce schéma, le nord se trouve à gauche de la feuille ; on peut le comparer au plan d’archives en se repérant aux noms des salles. Plan schématique officiel, page 53 du livret, page 55 du PDF

Voilà aussi pourquoi l’ensemble ne peut se réduire à une jolie croix. Une croix dessinée sur le papier n’a besoin que d’un croisement et de quatre bras ; dans le palais, ces lignes passent, selon les endroits, entre des bases de colonnes, par des portes, des petits bassins et une grande fontaine. Chaque raccord change l’espace qui les entoure. Les travaux hydrauliques de 2011 ont concerné les conduites d’alimentation et les canaux de surface de la cour, des galeries, des deux pavillons et des salles nord et sud : il s’agit bien d’un système qui fonctionne et demande à être entretenu. Compte rendu officiel de la restauration du réseau d’eau

Les salles prolongent vers le haut les liens du sol

Sur la photographie intérieure de la salle des Abencérages, le petit bassin est très bas : son bord dodécagonal s’élève à peine au-dessus du sol. Derrière, une pièce latérale s’ouvre par deux arcs, séparés par une seule colonne fine. Le bassin est au centre de la salle principale, mais le double arc porte le regard vers le côté. La pièce possède donc à la fois un lieu de concentration et une profondeur latérale qui se déploie à partir de lui. Bassin intérieur et pièce latérale, page 66 du livret, page 68 du PDF

Bassin bas et pièce latérale à deux arcs dans la salle des Abencérages ; photographie à la page 66 du livret.
Bassin bas et pièce latérale à deux arcs dans la salle des Abencérages ; photographie à la page 66 du livret. Crédit: Yolanda del Pino. © Junta de Andalucía / Patronato de la Alhambra y el Generalife. Source / image complète. L’autorisation de reproduction n’a pas été obtenue.Voir le bâtiment et ses images sur le site officiel ↗

La différence avec la fontaine de la cour est claire. Dans la cour, la grande vasque donne l’image d’être portée par un cercle de lions ; son véritable support est un pilier central qui dissimule aussi la conduite d’alimentation. Le petit bassin intérieur reste, lui, tout près du dallage, entouré de murs, de pièces latérales et d’une couverture en hauteur. Tous deux occupent une position centrale, mais leur échelle et leur arrière-plan changent. Documentation officielle sur la restauration de la fontaine

La salle des Abencérages, légèrement surélevée par rapport à la cour, s’ouvre vers celle-ci par une large porte. Une photographie officielle prise d’en bas montre sa partie haute : des fenêtres élevées, des parois verticales et des muqarnas qui s’avancent vers l’intérieur en couches successives. On appelle souvent les muqarnas des décors en nid d’abeilles ou en stalactites ; ces termes saisissent la densité de leurs creux et saillies. En regardant plus attentivement, on distingue de petites niches, des surfaces de coupoles et des arêtes qui s’articulent entre elles pour former, au-dessus de la salle carrée, une couverture en étoile à huit branches. Photographie de la partie haute de la salle ; notice officielle de la salle

Le lien entre les salles nord et sud n’existe pas seulement sur le plan. Le livret pédagogique publie aussi une photographie prise depuis la salle des Abencérages vers la cour : la porte proche est sombre, le canal se prolonge en bas ; dans la lumière apparaît la fontaine des Lions et, plus loin encore, l’entrée de la salle des Deux Sœurs. Une suite d’ouvertures s’aligne sans se fondre en une seule porte. Porte proche, cour et porte lointaine conservent leurs bords respectifs ; le canal relie les distances qui les séparent. Relation nord-sud entre les salles, page 68 du livret, page 70 du PDF

Depuis la salle des Abencérages, vue à travers la cour vers la salle des Deux Sœurs ; canal et portes sont alignés.
Depuis la salle des Abencérages, vue à travers la cour vers la salle des Deux Sœurs ; canal et portes sont alignés. Crédit: Yolanda del Pino. © Junta de Andalucía / Patronato de la Alhambra y el Generalife. Source / image complète. L’autorisation de reproduction n’a pas été obtenue.Voir le bâtiment et ses images sur le site officiel ↗

À l’entrée de la salle des Abencérages subsistent aussi des vantaux en bois restaurés. C’est parce que la porte est ouverte que la longue perspective de la photographie existe ; une fois fermée, la salle peut s’enclore de façon autonome. La continuité du canal et la possibilité de fermer la porte relèvent de deux dispositions différentes qui peuvent coexister. La fontaine centrale n’exige donc pas que toutes les salles restent exposées à elle en permanence : galeries et portes laissent à chacune ses propres limites.

La salle des Deux Sœurs possède elle aussi un bassin central relié à la cour par un canal, mais son plafond déploie une autre composition dense de muqarnas. Sur la vue rapprochée officielle, des motifs de fleurs et de feuilles bleu-vert, brun-rouge et clairs occupent les creux et leurs bordures. Les motifs suivent le contour de chaque petite unité, tandis que les unités s’orientent selon des angles différents : les inflexions du décor peint s’entrelacent avec celles de la surface. Vue rapprochée du plafond de la salle des Deux Sœurs

Sur une vue en contre-plongée plus complète, de hautes fenêtres se répartissent autour de la base de la coupole, et les petites unités s’accumulent au-dessus d’elles jusqu’au sommet. Le motif qui semblait suffire à remplir toute l’image rapprochée n’occupe ici qu’une petite partie de la couverture. Ces changements constants d’échelle permettent à l’œil de s’arrêter sur un creux, puis réinscrivent ce creux dans l’ensemble du toit. Vue en contre-plongée de la salle des Deux Sœurs, page 74 du livret, page 76 du PDF

Les lignes de la cour se poursuivent horizontalement au sol ; les décors des salles concentrent l’attention vers le haut. Entrer dans une salle signifie rejoindre un autre espace pourvu de son propre centre, tandis que le bassin relié à la cour demeure en dessous. Le palais peut réunir les salles en un tout précisément parce que le lien n’exige pas partout le même degré d’ouverture ni le même type de couverture.

La fontaine possède aussi sa propre voix

Cette « voix » est d’abord celle des mots gravés dans la pierre. Sur le bord de la vasque des Lions figure un poème d’Ibn Zamrak, poète de la cour de Muhammad V. Il loue le sultan et décrit les matériaux de la fontaine ainsi que son eau. La traduction espagnole publiée par l’organisme gestionnaire compare l’eau qui coule à de l’argent liquide ; elle décrit les reflets proches de l’eau et de la vasque comme une scène où mouvement et immobilité deviennent difficiles à distinguer. Puis elle rapproche l’eau dirigée vers les lions des faveurs que le souverain accorde à ses guerriers. Présentation officielle du poème ; texte arabe et traduction espagnole, page 4 du PDF

Le sens de la fontaine devient ainsi plus précis. Elle appartient à un palais islamique qui possède son souverain, ses poètes de cour et son cérémonial politique. Les lions entourent le pied de la vasque, l’eau s’écoule de leur bouche et les mots du rebord inscrivent cet ensemble dans l’éloge du sultan. L’eau possède ici des conduites et un débit, mais elle entre aussi dans le langage par lequel la cour se représente.

Le poème ne fait pourtant pas réellement disparaître la différence entre la pierre et l’eau. Sur la photographie prise d’un point de vue bas et publiée avec le texte, les deux bords du canal visent directement la fontaine ; les pattes avant des lions se tiennent nettement dressées, les minces filets d’eau se courbent vers le bas à la sortie des gueules et le large rebord de la vasque reste horizontal. La ressemblance évoquée par le poème peut justement être lue avec ces différences visibles : l’eau coule, change de forme et reflète d’autres choses ; la pierre lui donne un bassin, des bouches et des chemins.

En revenant ainsi à la fontaine centrale, on ne voit plus seulement une sculpture que l’on contemple depuis la cour. Le bord de la vasque, les gueules des lions et les canaux au sol répartissent l’eau à des hauteurs différentes ; les pavillons et les salles alentour prolongent cette disposition dans l’architecture. Si l’on quitte les lions en suivant le canal jusqu’à une galerie ou une porte, le centre reste relié à ces lieux. À l’intérieur, un petit bassin plus bas prend le relais, tandis qu’au-dessus se déploie déjà une autre couverture minutieusement composée.

Lecture complémentaire facultative | Comment voir ce qui « porte » ?

Dans « Naming the Stars Does Not Finish the Sky », essai en anglais, Han Qin examine comment plusieurs descriptions fondées peuvent tenir ensemble sans que l’une s’arroge le pouvoir de tout expliquer. La fontaine des Lions offre une comparaison petite et précise : comment la structure porteuse réelle, l’image visible du soutien et la métaphore du poème se rencontrent-elles sur un même objet ?

Ouvrons d’abord la photographie de la fontaine complète. Les pattes avant des lions sont verticales, leurs corps se dirigent sous la vasque et leurs têtes se tendent vers l’extérieur ; le large rebord forme un cercle derrière eux. L’impression de « lions portant la vasque » vient de la façon dont ces parties se raccordent.

La fontaine des Lions complète, avec douze lions sculptés disposés sous la large vasque.
La fontaine des Lions complète, avec douze lions sculptés disposés sous la large vasque. Crédit: Le photographe n’est pas identifié dans la source citée. Copyright © 2026 PATRONATO DE LA ALHAMBRA Y GENERALIFE. Source / image complète. L’autorisation de reproduction n’a pas été obtenue.Voir le bâtiment et ses images sur le site officiel ↗

Regardons ensuite la photographie officielle de restauration après le retrait des lions. La vasque reste en place ; sous elle apparaît un pilier central court et épais, entouré d’une plateforme de travail temporaire. Cette vue concorde avec la structure porteuse décrite dans la documentation de restauration. Le jugement formé au premier regard sur ce qui supporte réellement le poids de la vasque doit ici être révisé.

Restauration après le retrait des lions : le support central sous la vasque et la plateforme provisoire sont visibles.
Restauration après le retrait des lions : le support central sous la vasque et la plateforme provisoire sont visibles. Crédit: Le photographe n’est pas identifié dans la source citée. Copyright © 2026 PATRONATO DE LA ALHAMBRA Y GENERALIFE. Source / image complète. L’autorisation de reproduction n’a pas été obtenue.Voir le bâtiment et ses images sur le site officiel ↗

Que change le retour à la photographie complète ? On peut désormais chercher le pilier central entre les lions, mais l’agencement des pattes avant, des dos et du rebord reste clair. Une fois le véritable support reconnu, le cercle d’animaux ne se réduit pas forcément à un écran superflu. Le pilier se tient en retrait derrière les lions ; sur le pourtour, sous le rebord de la vasque, douze figures se déploient vers les alentours. En comparant ensuite les lions aux guerriers du souverain, le poème ajoute à ce cercle d’orientations une signification de cour fondée sur un texte.

La beauté du chaos selon SAE (Self-as-an-End) ne désigne ici ni le désordre ni un renoncement à l’exactitude. On peut poser séparément les questions : qu’est-ce qui porte le poids ? Qu’est-ce qui semble porter la vasque ? Comment le poème interprète-t-il ce cercle d’animaux ? Le pilier central répond à la première ; la relation entre les dos des lions et le rebord, ainsi que le poème de la vasque, méritent toujours d’être regardés. L’œil peut reconnaître le support caché à l’intérieur et parcourir aussi, à l’extérieur, les faces tournées une à une vers le dehors.


Images et sources

Cette lecture attentive repose sur les photographies du site officiel de l’organisme gestionnaire, les images de son livret pédagogique et un plan d’archives ; il ne s’agit pas d’un récit de visite. Les documents architecturaux et les images renvoient tous à l’organisme gestionnaire de l’Alhambra ; la lecture complémentaire SAE renvoie au site de l’auteur.

Références (en anglais)

English

The Palace of the Lions belongs to the Nasrid court of Muhammad V, during his second reign, 1362–1391. The essay distinguishes the central supporting cylinder from the visible lions, and describes the inscribed poem as courtly praise, not hydraulic evidence.

The linked institutional records provide historical and material context. Interpretive comparisons belong to the essay and are not claims about an architect’s unrecorded intentions.

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Credit: Jacobo Hernández / age fotostock

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Credit: [Leopoldo Torres Balbás], catalog attribution; Archivo del Patronato de la Alhambra y el Generalife, P-000158

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